L'annonce a eu l'effet d'un coup de massue. Il est minuit passé de dix minutes ce lundi 29 juillet et, au quartier général de l'opposition, sur les hauteurs bourgeoises de Caracas, le rêve de changement vient de virer au cauchemar. Les chiffres officiels l'affirment : Nicolás Maduro remporte le scrutin présidentiel qui vient de se dérouler, avec 51,2% des voix. « C'est une fraude qui dure depuis vingt-cinq ans ! éructe María Ángeles Mijales, éducatrice de 66 ans. Ça fait des semaines que l'on sait qu'Edmundo va gagner, mais on savait aussi que le pouvoir n'allait pas le reconnaître. »
Edmundo, c'est Edmundo González Urrutia, le candidat de l'opposition. Le seul nom qui, quelques heures plus tôt, était soufflé par les électeurs qui patientaient devant les bureaux de vote. Partout, des quartiers chics de Chacao aux collines excentrées de La Vega, c'était « Todo el mundo con Edmundo ! » comme le scandait Ana, une retraitée du quartier 23 de Enero, qui fut autrefois un fief du chavisme.
Mais voilà. Le Conseil national électoral, à la botte du régime, indique l'inverse. Évidemment, l'opposition crie à la fraude.
La nuit passe, pleine de questions. Comment réagir ? Descendre dans la rue ? Refaire ce qui n'a pas marché en 2017 ni en 2019 ? Lundi, à Caracas, ce sont d'abord de simples concerts de casseroles qui brisent le silence du petit matin. Nicolás Maduro les ignore. Le chef de l'État socialiste exécute son plan. Il est d'abord proclamé président pour un troisième mandat consécutif. Puis, à la télévision, il affirme qu'un coup d'État menace le Venezuela. Il prépare les esprits à la répression.