WikiLeaks : Julian Assange libéré par la justice et interdit du territoire américain
latribune.fr
« J'ai encouragé ma source », la militaire américaine Chelsea Manning, à l'origine de cette fuite massive, « à fournir du matériel qui était classifié », a reconnu, mercredi à la barre, un Julian Assange fatigué mais visiblement détendu. (Photo...
Peter Nicholls
Une juge américaine a déclaré, ce mercredi, que Julian Assange était un « homme libre » à la suite d'un accord mettant un terme à une longue saga juridique et médiatique pour le fondateur de WikiLeaks, poursuivi pour avoir publié des centaines de milliers de documents confidentiels américains. Ce dernier a cependant interdiction de retourner aux Etats-Unis sans autorisation.
Fin du calvaire pour le lanceur d'alerte australien Julian Assange. Après avoir quitté, lundi, le Royaume-Uni, où il était emprisonné depuis cinq ans, pour être jugé devant le tribunal fédéral de Saipan aux îles Mariannes, le fondateur de WikiLeaks a plaidé coupable dans le cadre d'un accord devant mener à sa remise en liberté.
« J'ai encouragé ma source », la militaire américaine Chelsea Manning, à l'origine de cette fuite massive, « à fournir du matériel qui était classifié », a reconnu dans la nuit de mardi à mercredi à la barre un Julian Assange fatigué mais visiblement détendu. Aux termes de cet accord, il n'était plus poursuivi que pour le seul chef de « complot pour obtenir et divulguer des informations relevant de la défense nationale ».
Il a été condamné à une peine de 62 mois de prison déjà couverte par les cinq années purgées en détention provisoire. Pour sa comparution, le lanceur d'alerte était accompagné notamment de Kevin Rudd, ancien Premier ministre australien et actuel ambassadeur à Washington.
«Avec ce jugement, il apparait que vous pourrez sortir de cette salle d'audience en homme libre», a déclaré la juge Ramona V. Manglona, dans la nuit de mardi à mercredi.
« Aujourd'hui est un jour historique. Il met un terme à 14 années de batailles judiciaires », a ensuite commenté l'avocate de Julian Assange, Jennifer Robinson.
Un jet privé transportant le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a ensuite décollé des îles Mariannes du Nord, ont constaté des journalistes de l'AFP. Selon WikiLeaks, l'avion fait route vers Canberra, dans l'Australie natale du lanceur d'alerte. Juste après ce décollage, le ministère américain de la Justice a annoncé que « conformément à l'accord de plaider coupable, Assange a interdiction de retourner aux Etats-Unis sans autorisation ».
Qu'importe pour ses proches. « La priorité est à présent que Julian retrouve la santé, il est dans un état terrible depuis cinq ans » et souhaite « être en contact avec la nature », a souligné son épouse, Stella Assange, qui a dit ne pouvoir « cesser de pleurer » de joie depuis l'annonce de la remise en liberté. Julian Assange « a énormément souffert dans sa lutte pour la liberté d'expression, la liberté de la presse », a souligné Barry Pollack, son autre avocat.
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Une affaire qui divise
Conscientes du calvaire qu'a enduré le lanceur d'alerte, les Nations Unies ont salué cette libération, mardi, estimant que l'affaire avait soulevé « une série de préoccupations en matière de droits humains ». « Je suis reconnaissante que le calvaire de mon fils touche enfin à sa fin », a aussi déclaré sa mère Christine Assange, dans un communiqué diffusé par les médias australiens.
En revanche l'ancien vice-président américain conservateur, Mike Pence a, lui, qualifié l'accord de « fausse justice (qui) déshonore le service et le sacrifice des hommes et des femmes de nos forces armées ».
Des exactions de l'armée américaine rendues publiques
A l'origine de l'affaire Assange : la publication à partir de 2010 de plus de 700.000 documents confidentiels sur les activités militaires et diplomatiques américaines, en particulier en Irak et en Afghanistan. Parmi ces documents, figure une vidéo montrant des civils, dont deux journalistes de l'agence Reuters, tués par les tirs d'un hélicoptère de combat américain, en Irak, en juillet 2007.
Visé par 18 chefs d'accusation, Julian Assange encourait en théorie jusqu'à 175 ans de prison en vertu de la loi sur l'espionnage. Le fondateur de WikiLeaks avait été arrêté par la police britannique en avril 2019, après sept ans passés dans l'ambassade d'Equateur à Londres pour éviter son extradition vers la Suède dans une enquête pour viol, classée sans suite la même année. Depuis, les appels se sont multipliés pour que l'actuel président américain Joe Biden abandonne les charges retenues contre lui.
L'Australie a présenté une demande officielle en ce sens en février que Joe Biden a dit examiner, suscitant l'espoir chez ses soutiens. Dernier rebondissement avant l'accord, deux juges britanniques avaient accordé, en mai, à Julian Assange, le droit de faire appel contre son extradition. Cet appel devait notamment porter sur la question de savoir s'il bénéficierait de la protection de la liberté d'expression en tant qu'étranger dans le système juridique américain.
A noter, Chelsea Manning avait pour sa part été condamnée, en août 2013, à 35 ans de prison par une cour martiale. Elle avait toutefois été libérée au bout de sept ans après commutation de sa peine par le président Barack Obama.