Jean-Hervé Lorenzi : « On ne peut pas geler pour l'éternité l'âge de départ à la retraite dans une société qui vieillit »
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Votre livre, intitulé La Grande Rupture, Réconcilier Keynes et Schumpeter, fait le pari que nous ne sommes pas condamnés à la Grande Stagnation que craignent les économistes. On peut sortir de la crise par une grande croissance ?
Il n'y a pas besoin d'être prix Nobel d'économie pour constater que la reprise économique pourrait être très forte cette année, toutes choses égales par ailleurs s'agissant des nouveaux variants. La question clef, en cette sortie de la crise du Covid, est de réconcilier l'offre et la demande, de rééquilibrer la croissance. La crise sanitaire est survenue dans un monde très déséquilibré, avec une croissance mondiale au ralenti depuis quelques années déjà, depuis la crise financière de 2008, et même bien avant. Ce ralentissement a des causes bien connues : le vieillissement démographique, l'affaissement des gains de productivité et la montée des inégalités qui a particulièrement frappé les salariés les moins qualifiés. Dans un marché du travail bipolaire, qui n'est d'ailleurs au passage pas compatible selon moi avec une forte poussée de l'inflation car les salaires sont contraints, nous plaidons avec Alain Villemeur sur un nouvel équilibre fondé sur un trépied offre, demande et innovation.
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Selon nous, il y a six répartitions qui doivent être modifiées en cette sortie de crise : entre salaires et profits, entre les générations, entre créations et destructions d'emplois, au sein de l'épargne entre actifs risqués et actifs sûrs, dans les dépenses publiques entre la protection sociale et la formation et enfin, dans les emplois, la répartition en fonction des qualifications pour privilégier les métiers de demain. En France, la répartition salaires et profits n'est pas le problème principal, mais c'est le cas aux Etats-Unis ou au Japon. En revanche, la question de l'orientation de l'épargne entre les actifs risqués et ceux garantis par l'Etat est majeure alors que l'essentiel de l'épargne est détenue par les plus âgés, adverses au risque.
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