Bellamy-Maréchal, faux jumeaux, vrais rivaux

Le chef de la délégation LR à Strasbourg et l’égérie zemmouriste sont au coude-à-coude dans les sondages pour les européennes. Leurs partis jouent leur survie.
François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal.
François-Xavier Bellamy et Marion Maréchal. (Crédits : VINCENT ISORE/IP3 PRESS/MAXPPP ; AFP)

Mercredi 5 octobre 2016, hôtel des Invalides, salle Turenne. La rédaction de Valeurs actuelles fête ses 50 ans. Toutes les franges de la droite sont venues trinquer en hommage à l'hebdomadaire réactionnaire. On y trouve Jean-François Copé, Henri Guaino, Éric Ciotti, mais aussi le souverainiste Florian Philippot, à l'époque numéro deux du Front national, et sa cheffe Marine Le Pen. La patronne du FN n'est pas une adepte de VA, elle le sera encore moins au fil des années. Sa nièce, en revanche, est l'une des vedettes de la soirée. Marion Maréchal est alors députée du Vaucluse et porte encore le patronyme de sa tante. Elle pense croiser une autre valeur montante de la droite conservatrice : le philosophe François-Xavier Bellamy, adjoint au maire de Versailles, très impliqué - comme elle - dans le mouvement d'opposition à la loi Taubira ouvrant le mariage aux couples homosexuels. Il n'est finalement pas venu. Déjà peu convaincue par l'intellectuel catholique, trop lisse à son goût, Marion Maréchal lâche cette sentence auprès de son conseiller Arnaud Stephan : « Pas très viril, le croisé. »

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Floutage d'étiquette

Depuis sept ans, la relation entre les deux personnalités n'a jamais été simple. Après la députation, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen a quitté la politique, tandis que François-Xavier Bellamy est devenu chef de file des Républicains (LR) au Parlement européen. L'entourage de l'une nous affirme que, dans l'intervalle, ils se sont vus à plusieurs reprises, sans jamais nous donner de dates. Les proches de l'autre nous disent qu'au contraire ils se connaissent de très loin. La réalité penche plutôt de ce côté-là. « Son image a été compliquée à gérer quand on lui a collé l'étiquette Manif pour tous, explique une cadre LR. Il fait très attention depuis. » Même lorsque Versailles accueille en 2021 un concert de Jean-Pax Méfret, idole des identitaires, l'élu sèche : Marion Maréchal est dans le public. Un tête-à-tête a failli avoir lieu la même année par l'entremise de Bertrand de La Chesnais, l'ex-général de l'armée de terre devenu directeur de campagne d'Éric Zemmour pour l'élection présidentielle de 2022. Des soucis d'agenda ont incité les participants à jeter l'éponge.

En 2023, l'enjeu des liens entre Marion Maréchal et François-Xavier Bellamy est plus présent que jamais. La première a été bombardée tête de liste Reconquête pour les prochaines européennes en juin, le second ronge son frein. Le patron de LR, Éric Ciotti, hésite encore à le relancer pour cette épreuve. Pour les deux partis, le scrutin de 2024 est celui de la survie. Après les 7,07 % de la présidentielle, Reconquête n'a fait élire aucun député aux législatives. Quant aux LR, qui ont sauvé 62 sièges à l'Assemblée nationale, les 4,78 % de Valérie Pécresse leur font craindre une disparition totale du Parlement de Strasbourg. D'où le choix, téléphoné mais logique, de Marion Maréchal d'agiter sa proximité avec son probable futur rival. « J'ai énormément de choses en commun, si ce n'est même une majorité de choses en commun, sur le plan des idées, avec François-Xavier Bellamy », a-t-elle lancé au Grand Jury RTL-Le Figaro-M6 du 1er octobre.

Le propos s'inscrit dans la seule stratégie cohérente mise en œuvre, pour l'instant, par les équipes de la candidate. « Il faut qu'on retrouve tous nos électeurs de 2022 et qu'on gagne le duel avec Bellamy, sur le thème de l'originale et de la copie, nous confie un dirigeant de Reconquête. Ou alors que LR nous mette un centriste qu'on pourra assimiler à la Macronie... » Dans cette optique, l'émergence d'une personnalité plus modérée comme Vincent Jeanbrun - son nom circule comme potentiel ajout à la liste LR - est vue comme pain bénit par les zemmouristes. Et si François-Xavier Bellamy finit par être reconduit, l'entourage de Marion Maréchal se fera un plaisir de rappeler que le Versaillais a parrainé Éric Zemmour en 2022... et qu'il l'aurait préféré à Emmanuel Macron en cas de duel au second tour.

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Le créneau filloniste

Éric Ciotti se persuade que la nièce de Marine Le Pen est une adversaire plus fragile que ne l'aurait été le président de Reconquête. « Maréchal sera dans une compétition plus forte avec Bardella ; Zemmour aurait été sur un créneau plus proche de notre électorat », juge en privé l'élu niçois. À date, ce n'est pas ce que traduisent les sondages. Celui effectué par l'Ifop pour Le Figaro et paru le 17 octobre crédite la liste du Rassemblement national de 28 % des suffrages. C'est 3 points de plus qu'en août. Derrière, les LR sont entre 8 et 8,5 %, soit le résultat de François-Xavier Bellamy aux européennes de 2019. Rappelons qu'avant le scrutin les enquêtes d'opinion le plaçaient autour des 13-14 %. La liste Maréchal, elle, plafonne à 6 %.

Pour conjurer le mauvais sort, les LR font croire que le match entre Jordan Bardella et Marion Maréchal n'est pas le leur, qu'il s'agit d'une affaire lepénolepéniste. La droite « de gouvernement » se veut la concurrente des macronistes. Ses cadres plus lucides savent néanmoins que leur électorat résiduel, qui a voté François Fillon en 2017 et qui reste hostile à Renaissance, est toujours susceptible de basculer. Surtout si Reconquête parvient à faire infuser l'idée que François-Xavier Bellamy est un frère de pensée perdu dans le marais idéologique de LR. L'un de ses amis le reconnaît : « Maréchal a les mêmes électeurs que François-Xavier. C'est une bourgeoisie plutôt conservatrice, plus éduquée que l'électorat RN, qui ne votera jamais RN... et, surtout, qui se mobilise. » Animal politique solitaire et prudent, le Versaillais brandira son activisme au Parlement européen pour se démarquer. Tout en sachant combien il est difficile de faire campagne sur un bilan.

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Commentaire 1
à écrit le 22/10/2023 à 11:57
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Les électeurs les moins éclairés restent une clientèle particulièrement choyée par les partis d'extrême droite. Parce que quoi qu'il arrive ce seront les pires d'entre eux qui seront les derniers à aller voter. Une matière première marchande qui est ...

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