Et maintenant, la controverse environnementale

Gabriel Attal a annoncé la « pause » du plan de lutte contre les pesticides, parmi d’autres mesures. Les Verts et les ONG sont vent debout.
Pour les ONG et les députés Écologistes, la suspension du plan Écophyto est un signe supplémentaire qu'Emmanuel Macron ne sera jamais au rendez-vous de la lutte pour le climat.
Pour les ONG et les députés Écologistes, la suspension du plan Écophyto est un signe supplémentaire qu'Emmanuel Macron ne sera jamais au rendez-vous de la lutte pour le climat. (Crédits : © JEANNE ACCORSINI/SIPA)

Après la colère des agriculteurs, celle des écologistes. Gabriel Attal a certes apaisé la tension des campagnes. Les tracteurs qui bloquaient le péage de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) et ceux qui entravaient l'accès à la centrale E. Leclerc de Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atlantique) ont levé le camp hier matin, après l'intervention des forces de l'ordre. En Dordogne, le cortège de retour de Rungis a été acclamé en héros. Mais le Premier ministre a renvoyé les fermiers dans leurs champs au prix d'une autre controverse, avec les défenseurs de l'environnement cette fois-ci.

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Parmi les concessions faites au monde agricole, la mise en « pause » du plan Écophyto cristallise les critiques. Ce programme est supposé réduire les intrants chimiques de moitié d'ici à 2030. Lancé sous Nicolas Sarkozy en 2008, et reconduit par ses successeurs, il n'a jamais atteint ses objectifs. Pour les ONG et les députés Écologistes, sa suspension est un signe supplémentaire qu'Emmanuel Macron ne sera jamais au rendez-vous de la lutte pour le climat. « Une folie totale » pour Clémentine Autain. « Je ne les crois plus », a lancé Marine Tondelier, la cheffe des Écologistes. « Un cadeau empoisonné aux agriculteurs » pour Marie Toussaint, tête de liste aux européennes.

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L'exécutif se défend. La « pause » court seulement jusqu'au Salon de l'agriculture, qui commence le 24 février à Paris. Le procès instruit par les écologistes radicaux serait mauvais, puisque rien n'est abandonné. D'ailleurs, parmi les annonces de la semaine, Gabriel Attal a aussi interdit l'importation de fruits et légumes traités au thiaclopride, un néonicotinoïde fabriqué par Bayer, qualifié par les autorités sanitaires européennes de toxique pour les fœtus, cancérigène potentiel et perturbateur endocrinien.

Un pilotage défaillant

Le gouvernement s'offre surtout un peu de temps pour plancher à nouveau sur la méthode, peu probante jusqu'ici. De quoi s'agit-il ? La dépollution des terres agricoles affiche un retard coupable. Les programmes de réduction des pesticides échouent. Les maladies mortelles, les rapports de l'Inserm, la contamination des eaux et la disparition de 30 % des oiseaux des champs en trente ans n'y font rien.

Les causes de ce fiasco ont donné lieu l'an dernier à une commission d'enquête parlementaire, dont les conclusions ont été rendues en décembre par les députés Frédéric Descrozaille (Renaissance) et Dominique Potier (PS). Le plan Écophyto est « un véhicule sans pilote dont les passagers feraient de la destination même un sujet de controverse », écrit ce dernier. Le pilotage politique de la transition agricole est défaillant, aux yeux des auteurs. Vingt jours de réflexion avant le grand rendez-vous annuel de la porte de Versailles ne seront pas de trop pour l'exécutif. Il dispose de moyens. Le budget 2024 prévoit une enveloppe de 250 millions d'euros pour accompagner la sortie des pesticides.

Sachant que les produits de substitution n'existent pas toujours et que les agronomes recommandent un changement profond du mode de culture pour éviter les nuisibles. Le gouvernement entend modifier l'indicateur national qui évalue l'usage des intrants chimiques (appelé « Nodu ») passé de 82 en 2009 à 120,3 en 2018 avant de retomber à 85,7 en 2021. Ce thermomètre est contesté par les propriétaires de grandes cultures. Dans son interview, le ministre Christophe Béchu souligne qu'il existe une autre mesure, standardisée au niveau européen.

Un choix symbolique. L'exécutif s'est engagé auprès des agriculteurs à respecter le cadre de l'UE de manière stricte, sans « surtranspositions » de normes ou application de principes de précaution supérieurs. L'Agence nationale de sécurité sanitaire devrait s'en tenir au calendrier de l'autorité européenne de sûreté des aliments auquel elle ne dérogeait pas. La France est l'un des pays européens qui autorisent le plus de substances chimiques, derrière l'Italie, la Grèce et l'Espagne : 283 produits (sur 383 autorisés en Europe) sont commercialisables. Mais, rapporté à sa superficie, l'usage reste dans la moyenne de l'UE (3,67 kilos par hectare et par an). À l'échelle de l'Union, les ventes de pesticides sont relativement stables ces dernières années.

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Commentaires 6
à écrit le 04/02/2024 à 13:11
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Il parait qu'avec le temps les choses évoluent. Des pesticides ("produits de santé des plantes") CMR (reprotoxiques, etc) sont passés de 2000 tonnes à 50 en 10-20 ans, y a donc du mieux, même s'il faut voir au cas par cas. Y a des produits moins toxi...

à écrit le 04/02/2024 à 12:17
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Quand on voit tous les ingrédients sans nommer l origine des produits de la bouffe industrielle type tricatel… L inserm a évoqué l explosion des maladies professionnelles chez les agriculteurs victimes d eux mêmes et de leurs pratiques industriel...

à écrit le 04/02/2024 à 12:01
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Au consommateur de faire son choix .. moi je sanctionne tous les aliments transformés par les industriels et vendus en grande distrib car aucune traçabilités pour le consommateur : pas de biscuits, pas de pâtes et. .. j acheter les farines bio et lo...

à écrit le 04/02/2024 à 12:01
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Au consommateur de faire son choix .. moi je sanctionne tous les aliments transformés par les industriels et vendus en grande distrib car aucune traçabilités pour le consommateur : pas de biscuits, pas de pâtes et. .. j acheter les farines bio et lo...

à écrit le 04/02/2024 à 9:09
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"Enfermez les écolos" tandis qu'ils ont manifesté alors qu'il faisait 15 degrés fin janvier-début février. Ils passent du grotesque à l'obscurantisme là les représentants du lobby agro-industriel.

à écrit le 04/02/2024 à 7:32
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BAYER a réussi son casse en France, prochain pays ? L'idée d'aller aussi à Bruxelles est une bonne idée tout ces gens apeurés vont leur donner beaucoup de nos sous mais faire les poches des pays européens les uns après les autres devrait également bi...

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