Dans l'avion qui le ramène de Haute-Garonne, il règne un réconfortant sentiment de satisfaction. En se rendant là où, cet hiver, la révolte paysanne a commencé, Gabriel Attal a pris un risque. Les mots qu'il a prononcés (« On a décidé de mettre l'agriculture au-dessus de tout »), les mesures concrètes qu'il a égrenées, le contact qu'il a réussi à tisser avec le leader local du mouvement, Jérôme Bayle, ont abouti à la levée du barrage de l'autoroute A64. Dans la soirée, il recevra un message de félicitations du chef de l'État.
Tout est pourtant très loin d'être réglé. Quelques minutes avant de décoller, le Premier ministre a entendu Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, annoncer la poursuite du mouvement. Avec Marc Fesneau, il discute de la stratégie à adopter vis-à-vis du céréalier, que le ministre de l'Agriculture connaît bien. Sur TF1, le leader syndical a dit être prêt à venir à Matignon discuter dès le lendemain. Gabriel Attal a peu apprécié cette manière de faire. Il juge que lui demander ainsi un rendez-vous sur un plateau télé, sans le prévenir au préalable, est déplacé. Il le fera patienter un peu. Ce n'est que le lendemain en fin de matinée qu'un contact sera repris avec le patron de la FNSEA par la Rue de Varenne et qu'une réunion y aura lieu entre bras droits l'aprèsmidi. Un peu plus tôt dans la journée déjà, en amont de son déplacement en Occitanie, l'échange qu'il avait eu avec Arnaud Rousseau à propos des premières mesures qu'il allait dévoiler ne s'était pas très bien passé. Le Premier ministre avait eu le sentiment que le syndicaliste était dans le tout ou rien, notamment sur la question des phytosanitaires, un point sur lequel, d'entrée de jeu, le gouvernement a dit qu'il ne bougerait pas. Cela l'incitera encore plus à mettre en scène, en Haute-Garonne, son pas de deux avec Jérôme Bayle.