LA TRIBUNE DIMANCHE - Michel Barnier a affirmé que les voix du Rassemblement national « comptaient ». Est-ce cela, le respect de vos électeurs ?
MARINE LE PEN - Oui, ça me paraît être une rupture assez franche avec le fonctionnement imposé par le président de la République et par son parti, Renaissance. Il est normal, dans une démocratie, que le premier groupe de l'Assemblée nationale soit considéré, mais il est aussi parfaitement normal que les 11 millions d'électeurs qui ont voté pour nous aux législatives puissent être respectés et entendus dans leurs revendications. Nous revenons donc à un fonctionnement démocratique normal et c'est un bénéfice pour tout le monde.
Le Premier ministre a déclaré qu'il ne s'interdirait pas de mettre en œuvre le mode de scrutin proportionnel. Est-ce une étape positive, selon vous ?
Bien sûr, puisque cela faisait partie des réclamations que nous pouvions porter, pour une raison claire d'ailleurs, et qui n'est pas seulement un intérêt du Rassemblement national : nous sommes pour l'instant, même si ça peut changer, dans une situation de tripolarisation de la vie politique. S'il y a de nouveau des élections législatives dans un an, nous pourrions nous trouver dans la même situation de blocage total qu'aujourd'hui, sans majorité absolue. Cela entraîne une forme de chaos, que nous vivons déjà depuis deux ans mais qui s'est aggravé en juillet. Il faut donc adopter un autre critère, qui permette à une force politique d'avoir une majorité et de gouverner le pays, tout en ayant une meilleure représentation des courants qui le traversent. La proportionnelle à un tour permet aussi une transparence des objectifs des différents partis vis‑à‑vis de leurs électeurs. C'est en cela que les multiples désistements qui ont eu lieu pour nous faire battre ont été profondément gênants. Il doit y avoir des alliances faites en amont, pour que les Français sachent de quoi il en retourne quand ils glissent leur bulletin de vote.