Sciences-Po, un poisson sans tête
Caroline Vigoureux
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Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé et de la Prévention.
© LTD / Le Tellec Stephane/ABACAPRES via Reuters
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Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé et de la Prévention.
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Cela fait maintenant onze jours que l'école qui forme l'élite française n'a plus personne à sa tête. Le gouvernement tarde à nommer un administrateur pour remplacer temporairement Mathias Vicherat, qui a démissionné le 13 mars après avoir appris son renvoi en correctionnelle, avec son ex-compagne, dans une affaire de violences conjugales (pour laquelle aucune plainte n'a été déposée).
Après le départ en 2021 de Frédéric Mion, percuté par l'affaire d'inceste concernant Olivier Duhamel, une administratrice provisoire avait été désignée en quarante-huit heures. Cette fois, le ministère de l'Enseignement supérieur a posé une condition : celui qui occupera ce rôle ne pourra pas être candidat au poste exposé - et maudit - de directeur de Sciences-Po. Plusieurs personnes intéressées ont été découragées à l'idée de devoir laisser leur place au bout de quelques mois. Un profil a finalement été retenu, celui d'un homme issu de l'inspection générale des finances (IGF). Sa nomination doit être officialisée dans les tout prochains jours.
Les candidatures pour prendre la tête de l'école de la rue Saint-Guillaume affluent déjà par texto sur le téléphone de Sylvie Retailleau, la ministre de l'Enseignement supérieur. L'ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau aurait manifesté son intérêt. Le nom de l'ancienne ministre de la Culture Rima Abdul-Malak circule également, mais cette dernière assure à La Tribune Dimanche qu'elle n'est pas candidate.
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La mission est aussi prestigieuse que périlleuse. Tout ce qui se passe à Sciences-Po est
inflammable. L'institution est une fois encore frappée par une crise à la suite de la mobilisation de 300 étudiants le 12 mars pour la cause palestinienne ; une étudiante se serait vu refuser l'accès à l'amphithéâtre où avait lieu la réunion. Cette dernière est
membre de l'UEJF, qui a dénoncé des propos antisémites. Le Premier ministre, Gabriel Attal, avait débarqué le lendemain au Conseil d'administration : « Le poisson pourrit toujours par la tête. Moi, je pense que c'est ça que les Français sont en train de se dire. » Une investigation administrative présidée par la magistrate indépendante Catherine Fischer Hirtz, à la tête de la cellule d'enquête interne sur les violences sexuelles et sexistes, est en cours. La ministre de l'Enseignement supérieur a aussi saisi le procureur de la République pour « des faits à caractère antisémite » sur la base de l'article 40 du Code pénal. À l'issue de l'enquête, une commission de discipline pourra - ou non - prononcer des sanctions.
Caroline Vigoureux
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