Sondage exclusif : 81% des Français pensent que les parents ont moins d'autorité qu'avant

Justice des mineurs, addiction aux écrans... Six mois après, Emmanuel Macron prépare sa réponse aux émeutes. L’autorité parentale est un sujet crucial pour les Français, comme le montre notre étude.
Le 30 juin, à Strasbourg
Le 30 juin, à Strasbourg (Crédits : © Mathilde Cybulski / Hans Lucas)

L'été dernier, des adolescents parfois très jeunes - certains n'avaient même pas 13 ans  ont saccagé, brûlé, pillé dans 553 villes françaises. Laissant une nation sous le choc et braquant le projecteur sur ceux qui laissaient vagabonder ces jeunes dans les rues à une heure avancée et qui ne venaient pas non plus les récupérer, malgré la succession des nuits de chaos. Relançant avec force et d'une nouvelle manière le débat sur l'autorité parentale. Un débat ancien ; on se souvient par exemple des « sauvageons » de Jean-Pierre Chevènement. Une partition réinterprétée par le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, qui en appelant les parents à « tenir leurs gosses » a résumé l'humeur d'une société perdue et exaspérée devant ses enfants. À tel point qu'elle accepte sans vraiment protester la sortie musclée d'Hugues Moutouh, alors préfet de l'Hérault, clamant sur les ondes : « C'est deux claques et au lit. C'est ce que faisaient nos grands-parents. »

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L'autorité et la relation aux enfants ? « C'est l'un des grands sujets pour les Français », analyse Brice Teinturier, directeur général de l'institut Ipsos et l'un des meilleurs connaisseurs de l'opinion publique. Notre sondage exclusif est d'ailleurs éloquent : 81 % des Français  pensent que les parents ont moins d'autorité qu'avant sur leurs enfants. « Ce chiffre balaie tout, il écrase tout, c'est massif pour tout le monde, c'est majoritaire même pour les sympathisants de La France insoumise, observe encore notre sondeur. C'est un credo fondamental de la société, un fait qui ne se discute pas pour les Français. » Dans le détail, c'est encore plus vrai pour les plus âgés et ceux qui n'ont pas d'enfants. « Ce sont surtout les plus de 60 ans et les sympathisants LR qui défendent la discipline et le respect de l'autorité », poursuit-il.

Pour nos sondés, les causes de cette baisse d'autorité sont avant tout externes et relèvent du rapport au monde. Pour près de la moitié d'entre eux, cela provient de la mauvaise influence des modèles - à la télévision, sur les réseaux sociaux et parmi leurs amis - qui peuvent inciter les enfants à défier leurs parents. Est aussi mise en cause une société « qui ne valoriserait pas assez l'autorité ». « Cela témoigne d'un rapport au monde où l'on se sent démuni et dépassé », pointe Brice Teinturier. Seul un sondé sur cinq y voit une conséquence du développement de la famille monoparentale. C'est pourtant l'une des catégories de population pointées du doigt cet été. Car les émeutiers  de juin- juillet, s'ils étaient très jeunes (17 ans en moyenne) étaient aussi pour 60 % d'entre eux issus de familles monoparentales, selon les chiffres du ministère de la Justice.

En août, Emmanuel Macron avait dégagé quelques pistes de travail dans Le Figaro Magazine. « On doit accompagner ces familles, donner beaucoup plus de moyens, mieux les préparer, et en même temps les responsabiliser », avait-il exposé, assurant vouloir « remettre » de l'autorité parentale face au « délitement » de la famille. Le temps a passé... Le président de la République a prévu de faire des annonces sur la question avant les fêtes. Au sujet de l'impact des écrans (lire ci-contre), mais aussi sur la justice des mineurs. Juste avant de lancer son « tour de France de la parentalité », qui débute demain à Trélazé, près d'Angers, la nouvelle ministre des Solidarités et des Familles, Aurore Bergé, livre les premières pistes du gouvernement à La Tribune Dimanche : des travaux d'intérêt général pour les parents défaillants, le paiement d'une contribution financière auprès d'une association de victimes pour les parents d'enfants coupables de dégradations, et enfin une amende pour ceux ne se présentant pas aux audiences qui concernent leurs enfants.

Des annonces à la tonalité très coercitive qui correspondent au climat du moment. Car selon notre sondage, une bonne majorité de Français (61 %) est favorable à une approche répressive pour ces parents considérés comme défaillants.

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Haro sur les écrans

Un enfant de moins de 6 ans consacre en moyenne 830 heures par an aux écrans, c'est-à-dire un nombre d'heures équivalent au temps passé en classe. Emmanuel Macron devrait bientôt s'exprimer sur le sujet tant il le juge crucial. « L'impact des écrans sur les enfants, cela fait plusieurs mois qu'il nous en parle », confirme-t-on dans son entourage. Avec une préoccupation majeure : l'enjeu civilisationnel des réseaux sociaux. « Pourquoi les Chinois ne mettent-ils par les mêmes contenus sur TikTok dans leur pays et à l'étranger ? Ils s'en servent pour éduquer la jeunesse, dans le même temps ils donnent des jeux aux petits étrangers », soupire l'un des interlocuteurs réguliers du chef de l'État. L'utilisation de Snapchat par les très jeunes émeutiers de l'été dernier pour se donner rendez-vous sur les lieux des saccages a achevé de le convaincre. Gabriel Attal, le ministre de l'Éducation nationale avait lui-même sonné l'alarme, expliquant à propos de l'usage des écrans à la maison que nous étions « proches d'une catastrophe sanitaire et éducative chez les enfants et les ados ».

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Commentaires 22
à écrit le 11/12/2023 à 9:33
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Difficile à faire entendre à un Macron qui n’a jamais su ce qu’est elever et éduquer un gosse lorsqu’on n’en n’a jamais eu soit même

à écrit le 10/12/2023 à 20:25
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Exemple1 : Aujourd"hui dans une grande surface de bricolage (donc a risque), pendant que le père et la mère 35 ans environ apparemment de "bon" milieu discutaient avec le vendeur les 2 enfants 4-6 ans couraient en hurlant, se bagarrant, glissant, to...

à écrit le 10/12/2023 à 19:36
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Les 19% ont pas compris la question....ils doivent être de goooooche

à écrit le 10/12/2023 à 16:51
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Pas d'autorité parentale = qu'on leur retire l'autorité parentale, donc... les allocs ! On ne peut exiger des droits pour les parents démissionnaires et les considérer irresponsables ! Pour moi, la justice DOIT juger les mineurs comme les majeurs, ...

à écrit le 10/12/2023 à 11:12
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Bonjour, s'est claire, vous ne pouvez plus rien dire a vos enfants ... J'ai 59 ans et lors de mon enfance, ma mere a eux beaucoup a faire ( fratrie de 5 enfants). J'ai toujours était aimé, même si elle devraient utiliser les grands moyen pour fa...

à écrit le 10/12/2023 à 10:54
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Toute une génération de parents bercée aux théories de Françoise Dolto aura produit l'Enfant-roi.

le 10/12/2023 à 14:12
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Et toute la société s'en est accommodée avec toujours cette sempiternelle antienne qui consiste à trouver un coupable pour s'exonérer de sa propre part de responsabilité !!

le 10/12/2023 à 20:21
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Dolto à dit les enfants ont des droits et les parents ont interprété " les enfants ont tous les droits " ce qui est bien différent vous en conviendrez !

le 10/12/2023 à 23:35
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@Raymond: Je ne crois pas que mes deux filles me qualifient de père violent, mais une loi n'interdit-elle pas la fessée?

le 11/12/2023 à 16:31
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@Idx. [Dolto à dit les enfants ont des droits et les parents ont interprété " les enfants ont tous les droits " ce qui est bien différent vous en conviendrez !] Beaucoup l'ont interprété comme vous le dites, j'en conviens évidemment!

le 11/12/2023 à 16:45
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@henry. Lorsque j'étais gosse, je ne compte pas les fessées reçues, comme les valeurs transmises, et n'ai jamais eu le souvenir de parents violents, bien au contraire. Mes deux enfants ont aussi eu leur lot de fessées et ne s'en sont jamais plaint. M...

à écrit le 10/12/2023 à 10:11
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Ne pas "confondre" l'autorité naturelle des parents brider par le législateur et le manque d'autorité parentale qui leur est reproché !

à écrit le 10/12/2023 à 9:51
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Le fameux "deux claques et au lit" allait sans doute plaire à des papy-boomers au fond à peu près aussi hors-sol que leurs responsables politiques, un travailleur social me confiant que l'immense majorité de ces jeunes n'ont jamais connu leur père et...

à écrit le 10/12/2023 à 9:33
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Quand on observe L’ écart comportemental gebeationnel - je suis né en 1970- faut pas s étonner : à mon époque dans les lieux publics jusqu à un certain âge l’enfant donnait la main à ses parents: ce qui évitait les accidents ou de courir après dans ...

le 10/12/2023 à 10:12
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N'importe quoi pour ma part aussi de cette génération je n'ai jamais été témoin de ça, tu fantasmes un monde qui n'a jamais existé là et c'est moche hein... -_- En général ce sont plutôt les gens en vieillissant qui supportent de moins en moins les a...

le 10/12/2023 à 19:05
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N'en jetez plus la coure est pleine !! et vous vieux avant l'âge !!

le 10/12/2023 à 20:38
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Nous autres né.es dans les années 50, ne parlions jamais à table.... et devions en toute occasion. rester sage. L 'autorité était respecté : adulte, professeur, police.. Le travail valorisé. Tout cela a disparu. car on a présenté ces comportement...

le 16/12/2023 à 19:02
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Vous confondez avec la vie de villages ou petites villes les gars qui était de toutes façons bien meilleure pour éduquer des enfants. Vous n'avez jamais vu à Paris des enfants voler derrière leurs parents pressés qui les tiennent fermement en main ? ...

à écrit le 10/12/2023 à 9:10
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"L’autorité parentale est un sujet crucial pour les Français" Oui c'est sûr qu’après une crise sanitaire démente, deux guerres, une inflation incontrôlée, un pouvoir d'achat qui s'effondre l'autorité parentale c'est vachement important pour nous autr...

à écrit le 10/12/2023 à 8:29
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S'il s'agit tout bêtement de patron du MEDEF, la référence dans cet article n'est pas évidente.

à écrit le 10/12/2023 à 7:49
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les enfants ont le droit a l'impunite totale, en toute bienveillance, jusqu'a 18 ans moins un jour..bon, sans trop de surprise, a 18 ans ils gardent la meme mentalite, mais sont plus prudents, les risques ne sont plus les memes

à écrit le 10/12/2023 à 7:35
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Pouvez-vous préciser qui est Patrick Martin SVP

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