La semaine dernière encore, dans les colonnes de La Tribune Dimanche, je t'imaginais déjà avec une médaille d'or autour du cou à l'issue de la finale du 400 mètres 4 nages dans la piscine de La Défense Arena. Il est vrai que je prenais peu de risques, connaissant ta domination dans cette spécialité. J'avais poussé l'identification (cette manie des écrivains, des journalistes sportifs et des anciens nageurs) jusqu'à m'approprier un peu de ta gloire. « Moi aussi, je serai champion olympique ! » avais-je claironné, au prétexte que, il y a un demi-siècle, j'alignais des longueurs de bassin dans l'eau bleutée d'une piscine municipale.
Mais tu as dépassé les bornes. Je ne te demandais pas non plus de vider les réserves de la Banque de France. Avec quatre médailles d'or, tu m'as complètement largué. Même au prix d'un intense effort de concentration, comment te rejoindre sur les sommets où tu t'es perché ? « Chaque épopée a besoin d'un héros, un surhumain qui vient d'un autre monde, avec des capacités que nous ne pouvons pas vraiment comprendre », reconnaît le New York Times. De son côté, sur Instagram, l'écrivain Nicolas Mathieu se noie dans ses métaphores : « Les nageurs, les nageuses dans leur coulée fluide, leur ondulation de particule, leur élancement balistique [...], ces anatomies devenues comme des épées ou des avions, pures démonstrations des lois physiques, les nageurs ou les nageuses nous émeuvent plus que quiconque. » Si un Prix Goncourt ne sait à quel mot se vouer, comment veux-tu que je trouve les miens ? Plus tu repousses tes limites, plus je touche aux miennes.