Le candidat Valls contraint de réconcilier les gauches

Manuel Valls démissionnera mardi de son poste de Premier ministre après avoir annoncé sa candidature lundi à la primaire de la gauche. Jusqu'ici très clivant au sein du parti en raison d'un positionnement très "droitier", il va devoir rassembler et faire oublier ses propos sur "les gauches irréconciliables".
Jean-Christophe Chanut
S'il veut l'emporter à la primaire de la gauche, Manuel Valls va être obligé de se dédire sur les gauches irréconciliables. Positionné à la droite du PS il va devoir gauchir son discours...
S'il veut l'emporter à la primaire de la gauche, Manuel Valls va être obligé de se dédire sur les "gauches irréconciliables". Positionné à la droite du PS il va devoir "gauchir" son discours... (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)

Il voulait changer le nom du parti socialiste. Il a lancé la thèse des « deux gauches irréconciliables ». Il était contre les 35 heures légales, pour la TVA sociale... Mais ça c'était avant... Manuel Valls, l'iconoclaste du PS, veut maintenant se présenter en sauveur du parti et tenter l'unité. Il va donc se mettre en ordre de bataille en rendant son tablier de Premier ministre à François Hollande mardi après s'être déclaré candidat à la primaire de la gauche (du moins d'une partie), depuis sa bonne ville d'Evry (Essonne).

"Je suis ici dans cette salle où je me suis marié (...) je suis ici à Evry dans ma ville (...) une ville intense, attachante, jeune, populaire (...) cette ville où on se parle toujours directement, avec franchise" a commencé Manuel Valls, avant de lancer : "Oui, je suis candidat à la présidence de la République".

45% des sympathisants de gauche en sa faveur

Ainsi, l'homme minoritaire au sein du PS, arrivé bon dernier lors de la primaire de 2011 avec à peine plus de 5% des suffrages rassemblés sur son nom, aspire maintenant à être le candidat de ce même parti pour l'élection présidentielle de 2017. Comme quoi, en politique, tout est toujours possible. Manuel Valls peut-il réussir cette OPA ? A en croire un sondage Ifop/Journal du dimanche, réalisé après le retrait de la course de François Hollande, le bientôt ex-Premier ministre recueillerait  les faveurs de 45% des sympathisants de gauche (61% des électeurs du PS), contre 25% à Arnaud Montebourg et 14% pour Benoit Hamon. De même, 48% des sondés lui prêtent la capacité à incarner la fonction présidentielle, contre 28% à Arnaud Montebourg.

Sur le papier, donc, l'ancien élu d'Evry à ses chances. Il sait pouvoir compter sur un volant de voix orphelines depuis le renoncement de François Hollande. Ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre, avec des positions tranchées sur la laïcité et les valeurs de la République, Manuel Valls peut séduire des électeurs à a recherche  d'un leader à l'image « forte ». S'il y parvient... Il reviendra de loin. Car il ne faut tout de même pas oublier que Manuel Valls était un des dirigeants socialistes les plus « clivants » et que lui-même ne s'est pas toujours senti très à l'aise dans le parti... Et ça ne remonte pas à hier. Qui se souvient qu'en 2007, après la victoire de Nicolas Sarkozy, Manuel Valls avait été à deux doigts de céder aux sirènes de « l'ouverture » et de rejoindre l'ancien président?

Un positionnement très droitier au PS

De même, c'est lui qui en 2011 s'est mis à dos une bonne partie des militants socialistes en souhaitant rebaptiser le parti. On se souvient aussi de ses propos sur la "règle d'or"...  Et que dire de son rôle depuis qu'il est arrivé à Matignon. Avec lui, la majorité n'a fait que se rétracter. Ce sont d'abord les écologistes d'Europe-Ecologie-Les Verts, qui, après le remplacement de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls, refusent de travailler avec lui.

Cécile Duflot en tête, ils quittent alors le gouvernement. Puis ce sera le tour des ministres Benoit Hamon et Arnaud Montebourg de se faire « virer », faut d'entente sur le « tout politique de l'offre » défendu par Manuel Valls. Christiane Taubira « icône » de la gauche s'en ira également début janvier 2016 sur la question de la déchéance la nationalité proposée par l'Exécutif à la suite des attentats du 13 novembre.
C'est également Manuel Valls qui a décidé - très tôt- de recourir à l'article 49-3 de la Constitution pour faire « passer » la loi Travail... faute d'une majorité de gauche pour voter un texte qui a mis les syndicats dans la rue et qui a réveillé la fracture idéologique qui passe au milieu du parti. Il s'est alors mis à dos les « frondeurs » du parti...Sans parler des Aubrystes qui ne l'ont jamais guère apprécié.

Débordé par Macron sur sa droite

Par un de ces retournements dont l'histoire a le secret, en ce mois de décembre 2016, c'est donc le même Manuel Valls qui va prôner l'unité des socialistes lors de la bataille de la primaire. Lui, l'homme des « deux gauches irréconciliables » qui souhaitait un véritable aggiornamento au sein du parti dit maintenant vouloir rassembler toute « la famille » derrière lui. L'ancien maire n'a en fait guère le choix que de mettre de l'eau dans son vin.

En effet, sur sa droite, il y a Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Economie, lui, ne passe pas par la case primaire et creuse son sillon en solitaire. Or, sur un certain nombre de questions économiques, Valls et Macron c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Autrement dit, une partie du potentiel électorat de Manuel Valls s'est déjà détourné du bientôt ex-Premier ministre pour suivre le fondateur de « En Marche ! ». Et cet électorat risque de profondément manquer à Manuel Valls lors des deux tours de la primaire des 22 et 29 janvier. C'est pour cette raison que Manuel Valls est obligé de recentrer son discours. Certes, il semble disposer d'un socle électoral assez solide mais la partie est loin d'être jouée, même avec le retrait de François Hollande. Car à la différence du président, Manuel Vall n'occupe pas une position « centriste » au sein du parti. Il ne peut donc pas compter sur un report automatique des soutiens de l'ancien président. S'il veut emporter la primaire, il va donc être contraint de « gauchir » son discours. Au risque que cela sonne faux.

Jean-Christophe Chanut

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Commentaires 12
à écrit le 05/12/2016 à 19:01
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La primaire de la droite, les présidentielles,les législatives , tout 2017 on l'on va parler de politique. N'est-ce pas une perspective épouvantable, se taper des égocentriques imbus d'eux-mêmes ayant l'impression d'être des hommes (ou femmes mai...

à écrit le 05/12/2016 à 18:55
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Les Français ont de la mémoire, ils se rappelleront pour toujours des énormes dégâts économiques et sociétaux engendrés par le gouvernent de droite extrême de Valls, vrai dictateur violent, menteur à souhait, violeur du débat démocratique à coups de ...

à écrit le 05/12/2016 à 18:45
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Ce monsieur a produit à Evry,une prestation de gestion municipale,comparable à Sarcelle,comme mixité,il y a problème,le même que celui qu'il avait voulu mettre en place il y a prés de 30 ans à Argenteuil et que M.Hue a contré, expliquant ainsi son an...

à écrit le 05/12/2016 à 18:29
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"Et cet électorat risque de profondément manquer à Manuel Valls lors des deux tours de la primaire des 22 et 29 janvier" Et qu'est-ce qui empêche les fans de macron de voter aux primaires socialistes svp ? PLus à droite que valls c'est le FN,...

le 05/12/2016 à 20:43
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D accord avec vous, personne ne se souvient de l'épisode des blancos ? Il est très loin du rassembleur qu il prétend être,il est simplement assoiffé de pouvoir et joue sur les ficelles de l electorisme au détriment comme tjrs de l'avenir de la France...

le 05/12/2016 à 21:28
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Completement d'accord !! A titre perso, je pense meme que sur le plan societal, Valls est plus a droite que Marine le Pen ou florian Philippot.

le 06/12/2016 à 8:45
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Je ne sais pas s'il peut être d'extrême droite en tout cas je sais qu'il a autorisé l'extradition de Florence Cassez et que de nombreux gauchistes lui en veulent beaucoup pour ça, dont plus de socialistes qu'il ne le pense, il n'a aucune chance de ga...

le 06/12/2016 à 8:46
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P.S: Pas Florence Cassez, Aurore Martin bien entendu, cela n'a rien à voir en plus, désolé.

à écrit le 05/12/2016 à 17:59
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Un véritable bal des égos, des personnes que l'on a vu à l'œuvre depuis des années et veulent nous faire croire qu'ils sont capables de faire ce qu'ils n'ont jamais pu . Et pourtant , certains vont se laisser bercer comme des enfants .

à écrit le 05/12/2016 à 17:50
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Valls et tous les candidats de la gauche, primaire et hors primaire savent bien qu' ils vont prendre une raclée historique après ce mandat lamentable de Hollande, car ils étaient tous au gouvernement ou ils l' ont tous soutenu !!! Il n' y a aucun sus...

à écrit le 05/12/2016 à 16:39
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il ne faut pas qu"il réve ,,,il doit abandonner l'idee d'une alliance avec les insoumis de Melanchon qui n'ont rien de democrates mieux vaut etre battu avec un score faible mais des idées honorables .dans 5 ans les Francais s'en souviendront

le 05/12/2016 à 18:03
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Le PS veut vraiment plus être au pouvoir... Mais bon Valls doit surement avoir quelques places de matche en Allemagne pour essayer de conserver l'usure fruit de l'avion présidentiel... Dommage que DSK ne soit pas le candidat... Là le FN va faire des ...

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