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Economie - La Tribune AfriqueStratégies - La Tribune Afrique

L'Afrique parie sur le filon de l'écotourisme

Photo de Mounir El Figuigui

Ristel Tchounand

Publié le 03 août 2018 à 06:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:40

Shompole écotourisme Kenya

Shompole écotourisme Kenya

Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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A la veille des années 2000, l'Afrique annonçait déjà les couleurs d'une super-performance en matière d'écotourisme. Aujourd'hui, plusieurs pays du Continent récoltent bien les fruits d'une forme de tourisme qui s'impose de plus en plus dans leur tissu économique.

L'Afrique est incontestablement une destination privilégiée pour l'écotourisme à travers le monde. D'ailleurs, la mobilisation autour du parc du Pendjari, pilier de la stratégie nationale pour l'essor de l'écotourisme au Bénin en est la énième preuve. Depuis l'an dernier en effet, ce site -patrimoine mondial de l'UNESCO- fait l'objet d'un partenariat entre le gouvernement, African Parks et la Wyss Foundation qui vont y investir 26 millions de dollars. En février 2018, c'était au tour de National Geographic Society de rejoindre l'accord. Objectif : sécuriser et réhabiliter le parc pour en faire une réserve si singulière que les touristes du monde entier se bousculeraient à ses portes.

«La tendance de l'écotourisme s'accentue grâce à une demande de plus en plus forte d'une clientèle qui a pris conscience de certains enjeux capitaux pour notre survie sur la planète. Les voyageurs ont de plus en plus envie de voyager utile, en favorisant un tourisme sain, vert et protecteur des espaces sauvages et de ceux qui y vivent», indique à La Tribune Afrique Adeline Lobbes, consultante internationale experte en écotourisme et guide naturaliste spécialiste de l'Afrique qui a notamment travaillé au Bénin dans le parc de Pendjari. «Il y a une réelle prise de conscience et de plus en plus de clients nous demandent des écolodges, des petites structures avec un impact minimal sur l'environnement, etc.», ajoute cette entrepreneure qui crée des voyages à la carte et des safaris sur mesure en Afrique du Sud, au Kenya, en Tanzanie et au Sénégal.

A noter que la Société internationale de l'écotourisme -la structure dédiée la plus ancienne au monde- définit l'écotourisme comme «un voyage responsable dans les zones naturelles qui préserve l'environnement, soutient le bien-être de la population locale et implique l'interprétation et l'éducation». De manière générale, les activités écotouristiques en Afrique sont faites d'observation d'animaux, de randonnées, d'observation d'oiseaux, d'admiration de peintures rupestres, de visites de forêts tropicales et de plongée sous-marine, selon une enquête d'Afrique Relance, une publication du département de l'information de l'Organisation Nations Unies (ONU). Cependant, «l'observation de la faune est un segment très important du tourisme pour la plupart des pays, représentant 80% du total des ventes annuelles de voyages en Afrique», précise l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) dans son rapport publié en 2015 et intitulé «Vers la mesure de la valeur économique du tourisme d'observation de la faune en Afrique».

«Belles» recettes

En effet, il est encore difficile de donner des chiffres précis quant aux retombées financières de l'écotourisme en Afrique. Mais les résultats de l'enquête de l'OMT réalisée auprès d'un échantillon mondial représentatif d'une centaine de tours opérateurs montrent que dans le seul cas du tourisme d'observation d'animaux, les touristes arrivent généralement par groupe de six en moyenne, séjournent dans une contrée du continent pendant en moyenne dix jours et dépensent en moyenne 433 dollars par personne par jour -jusqu'à 753 dollars pour les forfaits luxe- et tiennent 55 dollars d'argent de poche par personne par jour. C'est dire l'importance des retombées financières de l'écotourisme dans les pays ayant développé une vraie offre dans ce sens, particulièrement ceux de l'est et du sud du continent.

En Ouganda à titre d'exemple, où l'écotourisme était la deuxième source de devises après le café au milieu des années 2000, le parc national de la forêt de Bwindi abrite des familles de gorilles qui attirent de nombreux visiteurs du monde entier. Les visites n'ayant pas lieu tous les jours, une seule famille est visitée par 10 touristes en moyenne. Cette activité génère 5 000 à 7 500 dollars par jour et jusqu'à 500 000 dollars par an par famille de gorilles, selon les chiffres de l'OMT. Au total, ce parc génère environ 15 millions de dollars par, sachant que les touristes dépensent presque autant chaque année dans l'hébergement, le transport et les autres services.

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Au Kenya voisin, précurseur et véritable référence de l'écotourisme en Afrique pour toute la réglementation qui entoure cette activité dans le pays, le camp de tentes de luxe Kichwa Tembo, dans la réserve naturelle du Masai Mara, est d'une capacité maximale de 80 invités. A lui seul, il génère annuellement 8 à 10 millions de dollars, dont 1,5 million est directement payé aux communautés locales via les salaires -car 70% des 200 employés sont issus de la région de Masai Mara- les frais de location, ainsi que les achats de produits locaux. Et des sites aussi attractifs que celui-là, le Kenya en dispose en grand nombre. «Dans les années 1970, le Kenya était la première destination au monde pour le tourisme animalier. Cette tendance est née de la transformation de la chasse sportive passée progressivement de la chasse au pistolet à la chasse avec une caméra», nous explique Dr Christopher Gakahu, président d'Ecotourism Kenya et principal consultant chez OkiosAfrica. «La dynamique autour de ce segment était telle qu'à un moment donné, poursuit-il, le tourisme au Kenya, fortement tributaire de l'observation de la faune et leur photographie est devenu le plus grand pourvoyeur de devises du pays. C'est à partir de là qu'il a été mis en place un ministère du Tourisme et de la faune, qui existe encore dans le gouvernement actuel».

Un potentiel à exploiter en profondeur

Au fil des ans, la plupart des pays d'Afrique australe et de l'Est ont saisi la valeur de leur faune et le potentiel que sa conservation pourrait représenter dans l'économie, facilitant ainsi l'investissement privé et la création d'entreprises. En Tanzanie, ce secteur représente la principale arme du gouvernement dans sa stratégie de conservation des forêts et de stimulation des recettes publiques. A Djibouti, le plan de diversification de l'économie lancé par le gouvernement depuis deux ans mise sur l'écotourisme avec notamment la création de campements écologiques.

Bien que l'Ouest et le Centre du continent accusent un certain retard, il y a toutefois une réelle prise de conscience. Dans un pays comme le Ghana notamment, les investissements consentis dans l'entretien des forêts tropicales notamment, ont permis de soutenir une croissance annuelle quasi-constante de 12%, selon Afrique Relance. La Gambie aussi entend accélérer son développement pour améliorer son positionnement et permettre à son économie de tirer parti d'un secteur à fort potentiel. Un potentiel qui, d'ailleurs, au niveau continental, reste «inexploité», de l'avis de Dr Gakahu.

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Par ailleurs, outre le manque d'investissement conséquent notamment en Afrique centrale et de l'ouest, le braconnage reste un défi majeur pour un meilleur développement de l'écotourisme à travers le continent. Le Kenya passe à la vitesse supérieure et veut adopter la peine de mort pour les braconniers. Une mesure radicale, mais que certains professionnels du secteur acclament. C'est le cas d'ailleurs d'Adeline Lobes qui crée des voyages à la carte : «Nous devons protéger chaque parcelle de ce continent qui regorge de trésors écologiques et d'une biodiversité unique au monde».

Ristel Tchounand

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