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Economie - La Tribune AfriqueStratégies - La Tribune Afrique

La République du Congo courtise les investisseurs néerlandais

Marie-France Réveillard

Publié le 02 mars 2020 à 13:02 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:49

Grow Congo pays bas

Grow Congo pays bas

NABC

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Les Pays-Bas représentent le 2e investisseur d'Afrique après la France et cherchent à renforcer leur position sur le continent, en multipliant les initiatives transnationales, à l'instar du Forum « Grow Congo, Invest in Agriculture », qui a accueilli le 25 février dernier, bailleurs, investisseurs et acteurs de l'agrobusiness, à Amsterdam.

Avec 64 milliards de dollars, les Pays-Bas sont devenus les seconds pourvoyeurs d'Investissements directs étrangers (IDE) en Afrique, juste derrière l'Hexagone, devançant les Etats-Unis et la Chine qui n'arrive qu'en 5e position, selon le World Investment Report 2019 de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED). « Les Pays-Bas développent une stratégie sur du long terme », explique Marina Diboma, directrice générale adjointe du cabinet Netherlands African Business Council (NABC) basé à La Haye et qui rassemble aujourd'hui près de 350 entreprises.

Depuis quelques années, les Pays-Bas entendent renforcer leurs relations avec l'Afrique en démultipliant les partenariats et les mesures incitatives. « En 2018, j'ai créé Agro Expedition Sénégal, spécialisée dans le stockage digitalisé des oignons et des pommes de terre. Ouverte avec un capital de départ 1,8 millions d'euros, j'ai pu bénéficier d'un prêt de 1,5 millions d'euros, à taux préférentiel de la part du gouvernement néerlandais, via le programme RVO-GDDF, pour développer mon activité, dès 2019 », explique Bennett Ménard, un Congo-néerlandais basé à Amsterdam.

C'est donc dans une logique de renforcement de la relation néerlando-africaine, que l'Institut Royal des Tropiques (KIT) a accueilli le « Forum Grow Congo, Invest in Agriculture », porté par le Ministère de l'Agriculture, de l'élevage et de la pêche de la République du Congo et organisé par le NABC, avec le soutien de la Banque mondiale. L'événement a réuni investisseurs publics et privés, bailleurs internationaux (BAD, Banque mondiale, AFD, BADEA, BDEAC,...), mais également acteurs de l'agropastoralisme et de la pêche, pour soutenir le développement du secteur agricole, inscrit dans les priorités du Plan national de développement (PND) du Congo qui ambitionne d'y investir près d'1,7 milliards d'euros en 5 ans.

L'opération séduction du Congo à Amsterdam

« Mon pays est à la recherche de performance pour assurer la sécurité alimentaire de plus de 5 millions de citoyens [...] Le choix du royaume des Pays-Bas a été motivé par la générosité et le dynamisme de son agriculture [Les Pays-Bas sont le 2e exportateur mondial de produits agricoles, ndlr]», a introduit Clément Mouamba, Premier ministre du Congo, lors de ces rencontres.

« J'ai vécu 18 ans en Afrique du Sud où je travaillais pour de grands groupes, mais maintenant, je souhaiterais développer des formations agricoles. Je prospecte déjà au Botswana, en Zambie et en Ethiopie », explique Wander de Wolde, directeur de l'entreprise Agritop, spécialisée dans la commercialisation d'intrants. Aujourd'hui, l'entrepreneur hollandais avoue tout ignorer de cette région du continent et confie en souriant : « Je me suis trompé de Congo. Je croyais qu'il était question de la République Démocratique du Congo ». Il n'est pas le seul pour qui l'Afrique centrale reste une terre inconnue. « C'est un terrain inexploré pour nous », confie Tsitso Raharison du fonds d'investissement néerlandais UFF (affilié au Sud-africain Old Mutual), déjà présent dans 6 pays d'Afrique.

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En effet, le pays pâtit encore d'un déficit d'image aux Pays-Bas. Au niveau agricole, le Congo abrite pourtant 10 millions d'hectares de terres arables encore faiblement exploitées et occupe près de 40 % de la population active. Par ailleurs, « le secteur agricole est entièrement exonéré d'impôt », souligne Annick Patricia Mongo, directrice générale de l'Agence pour la Promotion des Investissements du Congo (API-Congo), qui cherche à attirer de nouveaux investisseurs.

« Le secteur agricole représente environ 8,9 % du PIB, ce qui est très peu -comparativement aux 40.3 % de contribution du secteur des services », a rappelé le Premier ministre. C'est la raison pour laquelle le Plan national de développement (PND 2018-2022) a mis l'accent sur l'agriculture pour en finir avec « l'importation produits alimentaires, en croissance continue, qui représente un fardeau insupportable », a-t-il poursuivi. Ces dernières années, les importations alimentaires n'ont cessé d'augmenter, passant de 200 millions de dollars en 2009 à 500 millions de dollars en 2013 pour atteindre 1 milliard de dollars en 2016.

Développer une agriculture climato-résiliente

« Investir dans le secteur agricole : oui, mais en respectant les objectifs de développement durable », a prévenu Roberto Ridolfi, le sous-directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), à Amsterdam. Un objectif que le Congo entend bien respecter, à travers le Plan national d'investissement climato-résilient doté d'un budget de 240 millions d'euros, soit 10 % du PND.

Le Congo pourra également bénéficier du plan de soutien 2019-2025 de la CAFI, pour le développement d'une agriculture résiliente. Le consortium dédié aux forêts d'Afrique centrale qui réunit plusieurs bailleurs internationaux (la France, l'Union européenne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Corée du Sud) s'est fixé pour objectif de promouvoir et de sécuriser les investissements dans le respect de la biodiversité, tout en dupliquant les best practices internationales en matière d'aménagement du territoire, en Afrique centrale.

« Il nous faut développer un modèle intégré combinant l'agrobusiness et la préservation du bassin agro-forestier. D'ailleurs, pour la mise en œuvre des engagements internationaux en matière de changement climatique, les petits planteurs ( plus de 4 hectares) qui sont les acteurs les plus nombreux du secteur, doivent être accompagnés car aujourd'hui, la production traditionnelle [extensive, ndlr], s'accompagne d'une déforestation accrue sans être suivie d'une augmentation de la productivité », a expliqué Ludovic Maro, responsable du système alimentaire régional et du programme de croissance verte du WWF pour l'Afrique centrale.

Tout au long de la journée, le forum « Grow Congo : Invest in Agriculture » a rappelé que la préservation de la biodiversité restait le corollaire de tout investissement, conformément aux Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.

Un forum qui s'achève sur plusieurs millions d'euros d'engagements

Entre sensibilisation et formation des petits producteurs, il faudra surtout mobiliser les fonds nécessaires à la structuration du secteur agricole congolais, en attirant de nouveaux investisseurs. « Nous voulons mettre en place un dispositif d'assurance de proximité, créer un fonds de développement agricole ainsi qu'une banque agricole. Deux assureurs se sont déjà portés volontaires » a indiqué Henri Djombo, le ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche du Congo, pour convaincre de nouveaux investisseurs.

Plusieurs partenaires se sont d'ailleurs engagés à soutenir les filières du manioc et du cacao, le fonds koweïtien a annoncé un financement de 21M€ destinés à des projets d'élevage, de villages agricoles, de pisciculture, mais aussi à la création d'un nouveau laboratoire pour étudier la qualité des sols. Parallèlement, un protocole d'accord a été signé entre la République du Congo et le Sénégal toujours sur le volet agricole, tandis que la CAFI s'est engagée à appuyer le Gouvernement dans la mobilisation de ressources additionnelles pour financer ses projets. La filière du manioc bénéficiera de l'appui du PAM, du FIDAL et de la FAO, mais également de l'AFD, à travers le versement de nouveaux dons et la création d'un fonds de garantie pour accompagner les producteurs.

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Enfin, parmi les principaux engagements annoncés à Amsterdam, Nihab GMBH investira 250M USD dans des plantations de palmiers à huile et de soja, mais également dans les constructions d'une usine de production d'huile brute, d'une raffinerie d'huile, d'une usine d'emballage et enfin, dans la fabrication de produits dérivés (savon et additifs alimentaires).

Par Marie-France Réveillard.

1 217 mots - 8 079 signes.

Marie-France Réveillard

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