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Guinée: le secteur industriel à l’épreuve de la transition

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Conakry

Publié le 06 janvier 2022 à 13:30 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:00

Guinea Alumina Corporation bauxite guinée industrie minière mines

Photo d'illustration

GAC

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Fin décembre, Conakry accueillait le Salon de l'industrie de Guinée (SIG 2021) dans un contexte de transition politique incertain. Entre formation et diversification, les stratégies d'une croissance toujours largement tributaire du secteur minier étaient au programme de cette première rencontre internationale consacrée à l'industrie.

Profitant de la Journée internationale de l'industrialisation de l'Afrique, la Guinée organisait le Salon de l'industrie sur le thème « Industrie et chaîne de valeur, vecteur de croissance inclusive », les 20 et 21 décembre 2021. Placé sous le haut patronage de Mamady Doumbouya, président de la Transition, et porté par le ministère du Commerce, de l'industrie et des PME, en collaboration avec l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) et AFRI Compétence, l'évènement a rassemblé de nombreux partenaires publics et privés à l'instar de l'USAID, ENABEL, SONOCO, TOPAZ Industrie, SOBRAGUI, ODHAV ou encore Marinex Group.

Pendant deux jours, acteurs publics et privés, membres de la société civile et personnalités locales et internationales ont débattu sur des questions relatives à l'industrie, l'agro-business, l'environnement, la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), la formation, le secteur numérique, les mines, l'énergie et le transport.

« Le secteur privé guinéen continue d'être confronté à d'énormes défis qui l'empêchent de jouer pleinement son rôle de moteur de la croissance économique. C'est pourquoi nous accordons à l'industrie guinéenne toute sa place dans le développement inclusif et durable de la Guinée. Elle tirera tous les secteurs d'activités du pays, en particulier le secteur agricole. Le potentiel de réduction de pauvreté est immense », a déclaré Mohamed Béavogui, Premier ministre de transition, lors de la session d'ouverture du SIG 2021.

La présence de plusieurs ministres du gouvernement de transition était de nature à rassurer les partenaires étrangers qui avaient fait le déplacement à Conakry malgré la pandémie de Covid-19 et ce, dans un contexte d'incertitude politique née des suites du coup d'Etat du 5 septembre 2021.

Une économie sous dépendance du secteur minier

La Guinée dispose d'un potentiel minier considérable. Cependant, son économie peu diversifiée reste vulnérable aux chocs exogènes. Le pays abrite les premières réserves mondiales de bauxite (7,4 milliards de tonnes en 2020 selon l'US Geological Survey, soit 25 % du stock) et représente le 2e producteur derrière l'Australie. Parallèlement à la bauxite, le pays dispose de 3 milliards de tonnes de réserves de fer, de 700 tonnes d'or et de plus de 30 millions de tonnes de carats de réserves prouvées en diamants. A ce jour, l'or, la bauxite et le diamant représentent plus de 80 % des exportations. Néanmoins, pour tirer le meilleur parti du secteur minier, la Guinée devra transformer ses ressources naturelles localement.

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« Tant que nous ne serons pas capables de faire sortir de l'aluminium de Guinée et que nous ne serons pas en mesure de certifier la bauxite, aucun ruissellement des taxes ne pourra se faire en direction des communautés locales », a souligné Abdoulaye Magassouba, ministre des Mines et de la géologie.

Parallèlement, le secteur de l'agriculture qui emploie 52 % de la population active « ne génère en moyenne que 18 % du PIB », a rappelé Mamoudou Nagnalen Barry, ministre de l'Agriculture et de l'élevage à l'occasion du SIG 2021.

En 2020, le déficit courant s'est creusé et la dette publique a augmenté de 5,4 % (43,4 % du PIB). Mais avec plus de 7 % de croissance, la Guinée a enregistré l'une des meilleures performances d'Afrique subsaharienne. Pourtant, 44 % des Guinéens vivent encore en dessous du seuil de pauvreté et le pays campe le bas du classement IDH du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Quelles sont les répercussions du putsch du 5 septembre ?

Suite au coup d'Etat du 5 septembre 2021, la CEDEAO a suspendu la Guinée de ses instances de décisions et gelé les avoirs des membres de la junte au pouvoir, tout en appelant ses partenaires bilatéraux et multilatéraux à suivre cette logique d'ostracisme.

Depuis le 2 janvier 2022, les Etats-Unis ont exclu la Guinée (tout comme l'Ethiopie et le Mali) de l'African Growth and Opportunity Act (AGOA). Parallèlement, des sanctions économiques et financières sont sur la table de la CEDEAO qui a exhorté la junte à libérer l'ancien président Alpha Condé - lequel a été autorisé le 31 décembre à quitter le pays pour effectuer des examens médicaux - et à organiser des élections dans un délai de six mois.

Le 18 septembre dernier, lors d'une conférence de presse, la porte-parole du CNRD faisait fi des menaces avancées par une CEDEAO déjà mise à mal par le cas malien. «  La mission pour nous se passe en Guinée, donc pas besoin de voyager. Et nous n'avons rien à geler sur nos comptes », déclarait le colonel Amara Camara. Par ailleurs, le franc guinéen protège le pays des sanctions monétaires avancées par la CEDEAO.

Enfin, la crainte d'une chute des approvisionnements de la bauxite suite au putsch du 5 septembre s'est accompagnée d'une hausse exponentielle du prix de l'aluminium qui a atteint en septembre les 3 000 dollars la tonne sur le marché des métaux de Londres (LME), un niveau jamais atteint depuis 2008.

La popularité de la junte se maintient. Le colonel Mamady Doumbouya promet la « fin de la gabegie financière » et prépare un méga-procès contre la corruption, tout en rassurant simultanément les opérateurs miniers étrangers.

Un gouvernement chargé d'assurer la continuité des projets

Lanciné Condé, ministre de l'Economie et des finances, indique que « les bailleurs multilatéraux recommencent à décaisser des fonds » et rappelle que « le président de la transition a déclaré que tous les engagements seront tenus ».

Il indique par ailleurs que certaines exonérations fiscales seront réexaminées. « Aucune exonération n'a vocation à être permanente », déclare-t-il à La Tribune Afrique. Prenant l'exemple de l'eau minérale, il interroge : « Pourquoi est-ce que des eaux minérales venues de l'étranger bénéficieraient-elles d'exonérations fiscales alors que la Guinée est considérée comme le « château d'eau » de l'Afrique ? ». Il rappelle cependant, que le gouvernement de transition n'a pas pour vocation à dessiner les grandes lignes de la politique générale, mais se doit d'assurer la continuité des projets en cours.

Sur le Salon de l'Industrie, nombreux sont les opérateurs économiques guinéens redoutant le gel prolongé des investissements étrangers qui pourrait menacer leurs projets. C'est le cas de Kadiatou qui s'est lancée dans la production et la commercialisation de produits frais. Elle ambitionne désormais de passer au stade de la transformation. A la recherche d'investisseurs, elle se réjouit de l'organisation du SIG 2021. « C'est une première en Guinée ! J'ai échangé avec beaucoup de personnes et j'espère que dans le contexte actuel, toutes ces discussions vont aboutir à quelque chose de concret », précise-t-elle.

Un capital humain toujours déconnecté des besoins du marché

Afin d'assurer l'essor de son industrialisation, la Guinée devra également accélérer la formation d'une population jeune dont les compétences sont encore trop souvent décorrélées des besoins de l'économie réelle.

« Nous allons mettre en place la valorisation des acquis de l'expérience qui permettront à des profils non scolarisés de formaliser leurs savoirs techniques », a déclaré Alpha Bacar Barry, ministre de transition de l'Enseignement technique et de la formation professionnelle, à l'occasion du SIG 2021.

« Lors des journées de la formation professionnelles, nous avons signé une convention qui permettra de lever des fonds pour construire une dizaine de lycées techniques (...) Les centres de formations professionnelles sont dans un tel état de vétusté et de dégradation qu'on ne peut pas accueillir décemment de jeunes élèves », a-t-il souligné.

« Pourquoi n'y a-t-il pas eu de réforme pour accompagner l'extension de la Compagnie des bauxites de Guinée qui nécessitait des besoins en soudeurs et en chaudronniers par exemple ? On a recruté des personnels venus du Maroc, de Pologne ou du Sénégal, alors que le chômage existe en Guinée », interroge Yenabou Bah qui travaille dans les mines depuis 2017.

« A Boké, chaque entreprise minière dispose de son propre centre de formation. Nous voulons regrouper tous ces centres en consortium dans lequel les acteurs miniers détermineront leurs besoins sur une dizaine d'années et participeront à une sorte de basket fund pour recruter des enseignants de qualité. Le ministère jouera son rôle de coordonnateur dans le cadre d'un partenariat public-privé », répond le ministre.

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Au-delà du manque de techniciens qualifiés, le continent possède également le plus faible nombre d'ingénieurs au monde et leurs compétences seraient loin de répondre aux besoins du marché, selon le dernier rapport Engineering for sustainable development delivering on the sustainable development goals de l'Unesco. La Guinée devra non seulement relever le défi de la formation de ses techniciens, mais aussi adapter les capacités de ses ingénieurs au contexte local, afin de relever le double défi du dividende démographique et de la diversification économique.

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Conakry

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