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ÉconomieUnion européenne

Allemagne : la SPD soutient-elle vraiment Emmanuel Macron ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 20 mars 2017 à 15:27 - Mis à jour le 20 mars 2017 à 15:41

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13 juin 2026

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En imaginant une victoire commune de Martin Schulz et d'Emmanuel Macron, l'ancien patron social-démocrate Sigmar Gabriel a-t-il engagé le soutien du plus vieux parti d'Allemagne au plus jeune de France ? Pas si simple...

La phrase a beaucoup fait jaser sur les réseaux sociaux français ce week-end. Le vice-chancelier allemand, ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a ainsi appelé dimanche 19 mars les 605 délégués du parti social-démocrate allemand (SPD) réunis pour un congrès extraordinaire à Berlin à « rêver ». « Imaginez tout ce que nous pourrons changer dans cette Europe », a-t-il déclaré , « si Emmanuel Macron devient président en France et Martin Schulz chancelier en Allemagne ». Une déclaration suivie de vifs applaudissements. Le mot est pourtant passé inaperçu dans la presse allemande, mais il a fait le tour des sites français qui y ont vu un « soutien de la SPD à Emmanuel Macron » au détriment du candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, pourtant parti-frère de la SPD dans l'Internationale socialiste et au sein du groupe Démocrates & Socialistes du parlement européen.

Les raisons des applaudissements

Cette vision est cependant un peu hâtive. D'abord parce qu'on aurait bien tort de supposer que les délégués sociaux-démocrates disposent d'un niveau de connaissance de la politique française suffisant pour faire la distinction entre les deux candidats. Emmanuel Macron est présenté par la presse outre-Rhin comme le candidat anti-Le Pen, comme le rempart contre la sortie de la France de l'UE,  et cela suffit largement à le faire applaudir dans un congrès social-démocrate. De plus, ce qui a été applaudi ici est plutôt le principe du changement d'Europe et la victoire de Martin Schulz. Avec Macron ou un autre : ce qui compte désormais pour les Sociaux-démocrates, c'est bien cela, en finir avec le « règne » d'Angela Merkel et ne plus soutenir une politique européenne d'un gouvernement de « grande coalition » dont le numéro deux est... Sigmar Gabriel.

En fait, Emmanuel Macron et son programme n'ont sans doute pas joué de rôle dans cette courte séquence où l'on oublie un fait majeur : il s'agissait du discours d'adieu de Sigmar Gabriel qui, ce dimanche, a abandonné son poste de président de la SPD. Celui qui a fait applaudir le leader d'En Marche ! était le perdant du jour. Le vainqueur, c'était Martin Schulz, élu président avec 100 % des voix des délégués !

Sigmar Gabriel, l'ami d'Angela Merkel

Or, Martin Schulz ne s'est pas prononcé sur Emmanuel Macron, pas davantage que sur Benoît Hamon. Il a, du reste, évoqué, assez rapidement l'Europe dans son discours en reprenant un thème qu'il développe depuis deux mois, celui de « l'Europe solidaire ». Ce thème est relativement commun aux programmes des deux candidats français concernés, même si Emmanuel Macron, lui, défend plutôt un ajustement d'abord unilatéral de la compétitivité française. C'est surtout un thème très étranger à Angela Merkel qui a reçu la semaine dernière Emmanuel Macron comme... Sigmar Gabriel. Or, Sigmar Gabriel, lui, est perçu comme très proche d'Angela Merkel. En quatre ans de « grande coalition », il ne s'est jamais vraiment démarqué de la chancelière, au point qu'il n'a jamais été perçu comme un adversaire crédible. Avec lui, la SPD était à 20 % des intentions de vote, plus de dix points de moins qu'aujourd'hui. Autrement dit : le soutien de Sigmar Gabriel à Emmanuel Macron n'est pas surprenant, c'est celui d'Angela Merkel (qui n'est pas officiel), mais il ne peut être considéré comme un soutien direct de la SPD.

Tournant à gauche de la SPD

Du reste, le programme de Martin Schulz opère clairement un retour aux sources et à gauche. Il a affirmé dimanche vouloir relancer massivement l'investissement public, dans la petite enfance et dans l'éducation. Un tel programme n'est certes fondamentalement pas en opposition sur le plan européen avec celui d'Emmanuel Macron qui a critiqué l'excédent allemand, mais il ne l'est pas davantage avec celui de Benoît Hamon qui espère relancer la construction européenne par la solidarité entre ses membres. Néanmoins,  les observateurs français devraient se défier de tout raccourci considérant que la « dérive gauchiste » du PS serait le responsable de ce positionnement de la SPD.

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Critique des réformes Schröder

En effet, Martin Schulz affiche très clairement un tournant à gauche de son parti. Il s'est engagé, sans l'assumer pleinement pour des raisons d'équilibre interne, dans une critique de fond des réformes Schröder, notamment en souhaitant revenir sur une des mesures phares : la réduction de la période d'indemnisation chômage. Alors que Martin Schulz a beaucoup insisté dans son discours de dimanche sur l'aspect social de la future politique sociale-démocrate. C'est, pour lui, une manière de faire oublier la « co-gouvernance » de la SPD avec Angela Merkel de 2005 à 2009, puis de 2013 à 2017. C'est le seul moyen de pouvoir se présenter comme une alternative à Angela Merkel. Et cela fonctionne du reste puisque le discours de Martin Schulz a été salué par les syndicats.

Or, Emmanuel Macron n'est pas une alternative à Angela Merkel, il est totalement compatible avec cette dernière qui demande des « réformes » à ses partenaires pour prix d'une hypothétique solidarité, ce qui constitue, comme François Fillon, sa stratégie européenne première. Dès lors, le soutien de Sigmar Gabriel ne peut s'expliquer par une convergence politique.

Une carte en cas de nouvelle « grande coalition »

En réalité, la situation en France étant ce qu'elle est, la SPD qui, à nouveau, réclame le pouvoir outre-Rhin, doit ménager l'avenir. Martin Schulz peut certes devenir chancelier, mais on ignore encore comment. Il peut d'abord constituer une alliance avec les Verts et le parti de gauche Die Linke. Dans ce cas, un soutien à Emmanuel Macron n'est guère porteur, même si, en jouant sur le renouveau du « couple franco-allemand », il ne sera pas nuisible.

Mais Martin Schulz peut aussi ne pas parvenir à former une telle alliance, en raison des réticences des droites sociales-démocrates et écologistes et de la gauche de Die Linke. Dès lors, il en sera réduit à conduire une nouvelle « grande coalition » avec la CDU/CSU. Dans ce cas, revendiquer une proximité avec Emmanuel Macron pourrait vaincre quelques réticences au sein du parti conservateur qui serait rassuré par l'aspect « réformateur » de l'ancien ministre de l'Économie. Mais alors, la politique menée par Martin Schulz ne sera sans doute pas celle de son programme, du moins sur le plan européen, car la « solidarité » est rejetée par la CDU et la CSU.

Aucune garantie de la future coopération avec Berlin

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Politiquement, la SPD a donc toutes les raisons d'afficher une proximité avec Emmanuel Macron. La popularité outre-Rhin du jeune candidat en est une, sa proximité avec le programme européen de la CDU en est une autre. Mais il convient de rappeler que c'est bien Sigmar Gabriel, l'homme de la grande coalition, celui qui a refusé l'alliance de gauche en 2013, qui a évoqué Emmanuel Macron, pas Martin Schulz. Le candidat français est donc soutenu par l'aile droite de la SPD, celle qui défendra une nouvelle grande coalition. Or, une nouvelle grande coalition serait l'assurance du statu quo dans la zone euro. Dans ce cas, il ne restera que la partie « ajustement unilatéral » du programme d'Emmanuel Macron. Autrement dit : ce « soutien » n'est pas l'assurance d'une future coopération allemande à ses projets.

Romaric Godin

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