Allemagne : les Sociaux-démocrates ne parviennent pas à décoller

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Sigmar Gabriel, leader de la SPD allemande.
Sigmar Gabriel, leader de la SPD allemande. (Crédits : reuters.com)
La SPD allemande reste désespérément faible dans les sondages. Son manque de cohérence et sa participation à la grande coalition avec la CDU d'Angela Merkel pèsent sur ses résultats. Aucune issue ne semble se présenter.

Alors que la social-démocratie allemande fait toujours rêver les analystes politiques et une partie du PS français, sa situation outre-Rhin devient de plus en plus préoccupante. Dans le dernier sondage INSA publié ce mardi 10 avril, la SPD ne bénéficie que de 23,5 % des intentions de vote. C'est un demi-point de moins qu'il y a deux semaines, mais surtout ceci prouve que, un an et demi après le retour des Sociaux-démocrates dans la coalition gouvernementale allemande, le parti ne parvient pas à rebondir sur le plan électoral.

« Scotché » sous les 25 %

Si l'on en croit la plupart des sondages, la SPD évolue entre 23 % et 25 % des intentions de vote. Autrement dit, le parti reste « collé » entre son résultat aux élections fédérales de septembre 2013 (25,7 %) et celui de septembre 2009 (23 %). Dans le sondage de Bild, la SPD est donc largement distancée par la CDU/CSU et ses 41 %. Bref, la SPD ne semble plus réellement en mesure de revenir au-delà des 30 %, un score que ce parti a pourtant dépassé de 1959 à 2005 sans interruption, dépassant même les 40 % dans les années 1970 et, brièvement, en 1998.

Autrement dit, les Sociaux-démocrates ne sont pas encore en mesure de se remettre de l'hémorragie d'électeurs que leur a causée les « réformes » de Gerhard Schröder au début des années 2000. L'électorat social-démocrate s'était fractionné en trois parties : ceux qui, déçus, avaient rejoint les abstentionnistes (dont la proportion a progressé de 10 points depuis 1998) ; ceux qui avait rejoint Oskar Lafontaine et les syndicalistes qui ont protesté contre les réformes dans le WASG, puis dans Die Linke (à partir de 2005) ; enfin, ceux qui ont considéré que la CDU recentrée d'Angela Merkel gérait fort bien l'héritage de ces « réformes. » Au final, ces trois vagues ont fait perdre pas moins de 9 millions de voix à la SPD entre 1998 et 2013. Des électeurs qui ne semblent plus réellement intéressés désormais par le vote SPD.

Pourtant, la SPD, depuis son retour au gouvernement, a imposé son agenda, du moins sur le plan national. Angela Merkel a donc dû mettre en place le salaire minimum unique à 8,50 euros. Elle a dû accepter le départ en retraite à 63 ans pour ceux qui ont cotisé 45 ans. Autant de messages forts voulus par Sigmar Gabriel, vice-chancelier et ministre de l'Economie, pour prouver à l'électorat de gauche que la SPD était désormais favorable à un « rééquilibrage » de l'économie et à un « assouplissement » des réformes Schröder.

Pourtant, le parti ne parvient à convaincre. Dans une interview publiée en marge du sondage, Hermann Bunkert, le président de l'institut Insa, explique l'incapacité de la SPD à remonter la pente par l'incapacité du parti à retrouver une identité. « Qui n'est pas convaincu de lui-même ne peut convaincre les autres », a-t-il résumé. Ce manque de conviction ne cesse en effet de traverser le parti et n'a pas échappé aux électeurs allemands.

Un parti qui se cherche

Ainsi, malgré de beaux discours à chaque campagne électorale, la SPD laisse entièrement la politique européenne entre les mains d'Angela Merkel et du ministre des Finances Wolfgang Schäuble. L'accession de Martin Schulz à la présidence du parlement européen, contre le soutien de la SPD à Jean-Claude Juncker, a été la seule véritable stratégie européenne du parti. Jamais les Sociaux-démocrates n'ont été en mesure de réellement peser sur les choix européens de l'Allemagne, ni dans le débat entre Angela Merkel et Wolfgang Schäuble sur le « Grexit. » Mieux même, Sigmar Gabriel s'est beaucoup rapproché de ce dernier, de peur de s'aliéner une partie de son électorat. Mais, en agissant ainsi, la SPD se rend inutile dans le débat politique. A quoi bon alors voter pour lui ?

D'autant que la question européenne n'est pas la seule où la SPD se cherche. Sur le traité transatlantique (TTIP), qui inquiète beaucoup outre-Rhin, le débat interne fait rage et Sigmar Gabriel semble naviguer à vue. Sur la politique fiscale, Sigmar Gabriel a d'abord accepté le projet d'élargissement de l'assiette de l'impôt sur le revenu, avant que, sous la pression de la base, il ne revienne en arrière.

Enfin, sur la question très sensible des dépenses d'investissement, la SPD est muette, laissant l'initiative à un Wolfgang Schäuble obsédé par l'équilibre budgétaire et qui ne délivre les fonds qu'au compte-goutte. Là encore, la SPD apparaît comme peu cohérente, incapable de choisir entre son passé du « socialisme de l'offre » et sa volonté de rééquilibrage.

Sigmar Gabriel n'a pas échappé à cette malédiction qui consiste à demander aux Sociaux-démocrates de faire les preuves de leur capacité à gérer le pays. La CDU/CSU le sait parfaitement et met en permanence la pression sur son « partenaire », tout en agitant le spectre des effets négatifs des mesures imposées par la SPD. Du coup, Sigmar Gabriel est tenté de céder sur beaucoup de sujets pour conserver le caractère « réaliste » du parti. Au risque de l'incohérence et des débats internes.

Quel candidat pour 2017 ?

L'autre question centrale de la difficulté de la SPD, c'est son incapacité à trouver un candidat crédible pour la chancellerie. La SPD est paralysée par la popularité d'Angela Merkel. D'autant plus que son leader et candidat « naturel », Sigmar Gabriel, est proche de la chancelière. Comme avant les élections de 2009, lors de la précédente « grande coalition », trouver un candidat capable de mener la charge contre une CDU/CSU avec laquelle le parti a collaboré ne sera pas chose aisée. Frank-Walter Steinmeier, candidat malheureux alors, était aussi vice-chancelier. Il n'a pas su trouver la bonne stratégie. Ce destin risque de frapper aussi un Sigmar Gabriel qui, de surcroît, est fort peu populaire outre-Rhin.

Sigmar Gabriel pourrait donc, comme en 2013, être tenté de passer son tour. Mais alors qui ? Les figures montantes du parti, comme le ministre président de Hambourg, Olaf Scholz, sont également peu tentés d'aller au feu. C'est le problème des coalitions dirigées par Angela Merkel : la popularité de cette dernière reporte mécaniquement sur son partenaire la déception. Les Libéraux en 2013 en ont fait aussi l'amère expérience en sortant du Bundestag avec 4,8 % des voix après avoir obtenu près de 15 % en 2009.

Rendez-vous en 2021 ?

Bref, la SPD est tenté de déclarer forfait pour l'élection de 2017, alors que la chancelière devrait se représenter. Le ministre-président du Land de Schleswig Holstein, Torsten Albig a récemment reconnu dans les colonnes de Die Welt, qu'Angela Merkel « incarnait tellement bien l'Allemagne, « qu'il faudra sans doute encore attendre un moment avant de voir un autographe d'un chancelier social-démocrate. » Rendez-vous donc en 2021 ?

Rien n'est moins sûr. 2017 pourrait ressembler à 2021. Angela Merkel devra chercher un partenaire de coalition à gauche. La SPD renouvellera-t-elle la grande coalition ? Les Verts se laisseront-ils tenter par une alliance avec la CDU, rejetant les Sociaux-démocrates dans l'opposition ?

Mais dans ce cas, pour quoi faire ? Pour représenter une alternative à l'après-Merkel, il faudra proposer plus qu'un candidat, il faudra un projet. Il faudra donc redonner à un parti devenu un gestionnaire sans ambition, une âme. Il n'est pas sûr que la SPD puisse trouver encore des ressources pour y parvenir. D'autant que la CDU occupe désormais un large terrain politique. L'avenir du modèle du PS français reste donc bien sombre.

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Commentaires
a écrit le 20/04/2015 à 23:06 :
En France, on compte 50% d'abstention, une poussée récente au FN qui s'exprimera en fin d'année comme une protestation contre des partis de gouvernement qui ne donnent pas de résultats, et une austérité à venir en contexte de croissance non plus molle mais faible, sans remise remise en cause de la société, comme l'on fait les américains avec une baisse après crise de la population active pour baisser le taux de chômage. Il existe aussi des zones d'ombre comme le financement des retraites, l'efficacité d'un QE alors que nous sommes en record de faillites, dans une Europe boulet pour la croissance mondiale, qui fait des excédents et baisse sa monnaie en détruisant le travail, ce qui peut être une attitude non coopérative, qui ne se remet pas en cause alors qu'en France le chômage continue d'augmenter, l'Europe fait de long terme moitié moins que les américains, avec des entreprises qui datent de plusieurs siècles, et une population active des plus réduites, sans oublier le vieillissement: le nombre de +65 ans augmente, celui des jeunes se réduit, on pénalise les jeunes actifs par un système économique d'anti développement malthusien, la population américaine augmente plus vite. L'Europe est une zone ringarde à faible investissement technologique et donneuse de leçons, pourtant elle sent mauvais le chômage et un pib par habitant en recul qui prétend que les ronds-points et la paresse c'est de la croissance!
a écrit le 17/04/2015 à 10:33 :
Et pourtant eux ne sont pas bolcheviques attardés comme le P.S. Français, mais en Allemagne ils ont MERKEL et c'est autre chose que notre comique troupier, bedonnant, gominé à 13% de Français contents de lui ! De surcroît cela montre bien le courant très droitier de l'U.E. surtout la Pologne, La Hongrie, l'Autriche et les pays du Nord.

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