Bonne nouvelle : les salaires allemands augmentent !

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Le syndicat IG Metall a négocié une forte hausse des salaires. Une bonne nouvelle.
Le syndicat IG Metall a négocié une forte hausse des salaires. Une bonne nouvelle. (Crédits : © Ralph Orlowski / Reuters)
Le syndicat IG Metall a négocié une hausse de salaires de 4,8 % sur 21 mois (2,8 % en 2016). Une bonne nouvelle pour l'Allemagne et la zone euro.

L'heure est à la revalorisation des salaires en Allemagne. Ce vendredi 13 mai, le syndicat IG Metall de Rhénanie du Nord Westphalie est parvenu à un accord avec le patronat sur une hausse de 4,8 % des salaires de ses adhérents sur 21 mois. A l'issue de 14 heures de discussions, l'accord, qui correspond pratiquement aux demandes initiales du syndicat (5 %), prévoit une prime de 150 euros immédiate, une hausse de 2,8 % au 1er juillet 2016, puis une seconde hausse de 2 % au 1er avril 2017. La hausse pour 2016 ne sera donc « que » de 2,8 %, mais c'est une augmentation notable alors que l'inflation est quasiment nulle outre-Rhin. A présent, les autres fédérations du syndicat vont se baser sur cette décision pour qu'elle puisse s'appliquer aux 3,8 millions de personnes couvertes par les accords collectifs.

Accélération

Souvent, l'accord négocié avec IG Metall donne le ton pour le reste des négociations dans l'ensemble de l'économie allemande. Ceci ne signifie pas que tous les salaires allemands vont progresser d'autant, mais que les négociations auront plutôt tendance à être favorables aux syndicats. En 2015, par exemple, les salaires négociés ont progressé de 2,1 %. Si l'on s'en tient à l'accord de ce vendredi, il y aura donc une nette accélération. Il convient cependant de rappeler que ces salaires négociés ne représentent pas l'ensemble des salaires allemands. Depuis vingt ans, la proportion des salariés non couverts par ces négociations a beaucoup augmenté et représente environ la moitié de l'ensemble des salariés. Pour ceux-là, les négociations sont individuelles et libres. La faiblesse du chômage soutient cependant, ces temps-ci, la hausse des salaires. En 2015, les salaires bruts réels ont ainsi, dans l'ensemble de l'économie, augmenté de 2,4 %, mais il faut prendre en compte l'effet non quantifié de l'introduction au 1er janvier 2015 d'un salaire minimum.

Bonne nouvelle pour la zone euro

Ce relèvement des salaires allemands est une bonne nouvelle au niveau macroéconomique dans la zone euro. Une des raisons de la crise de la zone euro avait été l'accroissement des divergences au sein de l'union monétaire en raison de la modération salariale allemande. Ceci a conduit l'économie allemande à dégager un excédent courant considérable (8,6 % du PIB en 2015) qui ont alimenté des déficits dans le reste de la zone euro et des ajustements violents des pertes de compétitivité de plusieurs pays. En relançant les salaires, l'Allemagne alimente sa demande interne, ce qui va réduire ses excédents courants, favoriser l'investissement des industries centrées sur la demande intérieure et soutenir les importations en provenance des autres pays de la zone euro (et du reste du monde). C'est un cercle vertueux où pourrait s'engager un rééquilibrage.

Les vertus de la hausse des salaires

Ce relèvement est d'autant plus nécessaire qu'il est le moyen le plus efficace pour relancer l'inflation. Une forte hausse des salaires conduira nécessairement, si elle se transmet aux dépenses des ménages sur les prix à la consommation. A condition, évidemment, que la productivité progresse moins vite que les salaires, ce que l'on peut supposer puisque la croissance de la productivité a ralenti en Allemagne au cours des trois dernières années. Elle était de 0,6 % en 2015. En augmentant les salaires plus rapidement que la productivité, l'Allemagne perd de la compétitivité, ce qui réduit encore son excédent en donnant sa chance à ses concurrents de la zone euro. Elle génère aussi de l'inflation qui donne plus de visibilité aux entreprises pour investir et augmenter sa productivité pour « amortir » l'effet de la hausse des salaires. A priori donc, c'est un élément très encourageant pour l'économie allemande et européenne.

Début d'un rééquilibrage

Reste évidemment que l'Allemagne n'est qu'au début de ce chemin de rééquilibrage et que celui-ci est soumis à plusieurs incertitudes. Entre 2000 et 2013, les salaires allemands ont progressé à un rythme trop faible : 1,81 % par an pour une augmentation de 1,5 % de la productivité du travail. Il eût fallu une augmentation de 3,5 % pour être dans la moyenne d'objectif d'inflation de 2 % de la zone euro qui a été grosso modo  la moyenne des grands pays de la zone. L'effet de cette modération salariale ne s'affaiblira donc pas avec deux années de hausse de plus de 2 % des salaires, même avec un affaiblissement de la croissance de la productivité. Il faudra encore beaucoup plus de temps pour organiser réellement le rééquilibrage de la zone euro.

Les conditions du rééquilibrage

Une étude de l'institut IMK, proche des syndicats allemands, paru en novembre dernier, a montré que, jusqu'à la mi-2015, la croissance des salaires allemands restait modérée. L'accélération est donc bienvenue, mais il ne s'agit que du début du phénomène. Pour assurer le maintien du phénomène, il faut également que ces hausses de salaires se traduisent par des hausses de dépenses et non par une hausse du taux d'épargne. Or, en 2015, les Allemands ont beaucoup épargné. Entre 2013 et 2015, le taux d'épargne des ménages est passé de 9,1 % à 9,7 %, réduisant l'effet de la hausse des salaires et continuant d'alimenter l'excédent courant. Enfin, la hausse des salaires ne suffit pas, il faut une politique d'investissement public et privé. Celle-ci est beaucoup plus lente à se mettre en place, même si les bons chiffres de croissance du premier trimestre 2016 montrent que la crise des réfugiés aide à soutenir cet investissement public.

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a écrit le 17/01/2017 à 1:09 :
Résultat bizarre: la progression des salaires dépasse l'augmentation de la productivité, et pourtant la banque centrale recommande une augmentation des salaires plus forte parce qu'elle n'arrive pas à réaliser son objectif d'inflation de 2%. Une telle augmentation des salaires réduirait la compétitivité de l'entreprise en question, baisserait les ventes et finalement imposerait une baisse des employés. Vive le chômage pour assurer aux banques centrales l'efficacité de leurs outils monétaires!
a écrit le 17/05/2016 à 7:42 :
Il est grand temps avec des salaires de misère 8€50 brut/h ces pauvres allemands vont pouvoir respirer ! 15 millions de temps partiel en Allemagne d'ou un taux de chomage bas, 6 millions de mi temps en France, donc une solution pour faire baisser le chiffre du chomage, mettre plus de monde a temps partiel !
a écrit le 14/05/2016 à 19:06 :
"4,8 % des salaires de ses adhérents sur 21 mois".

A ses adhérents, eh oui, grossssse différence avec nous.
a écrit le 14/05/2016 à 16:23 :
Les allemands ont pratiqué la déflation salariale de 2003 a 2013, ce qui a eu pour effet d'exporter le chômage allemand des années 2000 dans les autres pays.
Ce déséquilibre mortifère est en voie de se résorber avec la sagesse des coûts de production en France et, enfin, l'augmentation des salaires en Allemagne.
a écrit le 14/05/2016 à 16:14 :
Le salaire ne veut rien dire. Il faut le comparer au cout de la vie. Un salarié français moyen primo accédant pourrait se payer sa maison en Allemagne ! Contrairement à la France ou ce salarié n a pas les moyens
Réponse de le 14/05/2016 à 19:09 :
La Bundesbank a publié une très intéressante étude (disponible en allemand et en anglais) sur le patrimoine des ménages allemands .
A la surprise des commentateurs, les Allemands possèdent en moyenne un patrimoine de 195 000 euros. Moins que les Espagnols (286 000 euros) et les Français (229 000 euros). De plus, ce patrimoine est plus inégalement réparti, car si on ne considère plus la moyenne mais la médiane (50% des ménages ont plus, 50% des ménages ont moins), le patrimoine médian est de 51 000 euros en Allemagne, contre 178 000 euros en Espagne et 114 000 euros en France.C’est l’immobilier qui explique la raison essentielle de cette relative pauvreté allemande. Seuls 44% des Allemands sont propriétaires, contre 57,9% des Français et 82% des Espagnols. Précisons que l’étude prend en compte la valeur des biens possédés et retranche les dettes des ménages.
a écrit le 14/05/2016 à 15:39 :
C'est mérité, ils travaillent, leur fonction public et 2 fois plus efficace qu'en France et pourtant 4 fois moins en nombre. Seul ombre au tableau, ils ne prennent plus le temps de faire des enfants, préfèrent acheter la Mercedes ! Payer pas cher les non Allemands! La misère est le niveau de vie DES PLUS PAUVRES a baissé de 4 points!! Alors, je préfère être né de ce coté du Rhin !!!
a écrit le 14/05/2016 à 11:43 :
Ne vous inquietez pas pour le peuple allemands.il gagne assez pour vivre descemment...et question abatoir etc sa n est qu une volonte politique...
a écrit le 14/05/2016 à 7:36 :
Explication simpliste qui ne tient pas compte des raisons structurelles de la compétitivité allemande
C'est du niveau ça va mieux de F Hollande
Réponse de le 14/05/2016 à 9:00 :
C est sur qu en payant:
- les migrants 1€/h
- les chômeurs longue durée 1€/h
- les ouvriers non qualifiés 4€/h
On peut être compétitif.
Personnellement, j appelle ça de l'esclavagisme moderne!
a écrit le 14/05/2016 à 7:31 :
Encore une erreur de jugement Mr Godin !! Je ne vois pas en quoi l'inflation est une bonne nouvelle ! Pour les politiques certes, car c'est la gomme à effacer les dettes,mais
pour la population une catastrophe : les salaires ne suivent jamais l'inflation, les
retraites on en parle même pas et les taux d’intérêt vont remonter.Alors arrêter de vous réjouir Mr Godin !!!!
a écrit le 14/05/2016 à 6:34 :
La France s'appauvrit pendant ce temps. Il est vrai que ce pays de fonctionnaires et de gens de gôôôche, fait tout pour détruire son capital au nom de la morale de l'argent des autres. Par comparaison, cela fait un échec de plus pour le socialisme et la CGT. Pour s'enrichir il faut produire mieux et donc travailler, investir.... supprimer l'isf... ;-)
Réponse de le 14/05/2016 à 18:13 :
@Markus
Et puis ajoutons aussi que l'allemagne n'a peut etre pasdes raleurs de drooooite...toujours prets à denigrer leurs compatriotes et leur pays et qui en general sont ceux qui n'en foutent pas une rame. N'est ce pas Markus ?
a écrit le 13/05/2016 à 23:38 :
Laissez l'Allemagne tranquille et occupez vous de vos f...sse
Réponse de le 14/05/2016 à 9:01 :
Le plein emploi de l Allemagne fait notre chômage ...
Petit rappel: les abattoirs bretons qui ferment les uns après les autres... Où sont ils aujourd'hui? Outre rhin!
Réponse de le 14/05/2016 à 19:02 :
@Niko

Moins d'algues vertes donc.
a écrit le 13/05/2016 à 22:54 :
Vivement 2017 pour que Hollande se barre
a écrit le 13/05/2016 à 22:07 :
L'Allemagne est compétitive parce que les ouvriers sont mal payés, avec un smic de misère (8€50/h brut) qui ne bouge pas lui !
Réponse de le 14/05/2016 à 1:03 :
Vous oubliez que le smic legal allemand ne s'applique qu'en absence d'un smic prévu par une convention collective qui dans certaines branches dépasse le smic légal même de plus de 50%.
Réponse de le 14/05/2016 à 7:56 :
smic portugais 450€/mois de mémoire (vous laisse calculer le taux horaire), ils sont compétitifs? la xenophobie vous fait perdre de vue les forces allemandes multiples et séculaires. Nous en avons d'autres et l"économie étant cyclique, comme le laisse deviner cet article, on pourrait etre devant dans quelques années
Réponse de le 14/05/2016 à 8:34 :
@Dilemblue
et je rajouterai ceci sans parler des emplois a 1 euros de l heure que bien des gens oublies de citer
a écrit le 13/05/2016 à 18:37 :
..J'ajoute que juste avant les élections cela peut "le faire"...
a écrit le 13/05/2016 à 18:21 :
Les salaires français vont donc remonter aussi puisque l'Allemagne est notre modèle!!
Réponse de le 13/05/2016 à 21:07 :
Les allemands touchent ce qu ils ont gagné
a écrit le 13/05/2016 à 17:55 :
Bonne nouvelle pour les chômeurs Français d ici à 2 ans l inflation comme une pluie fine accélérera la reprise , malheureusement pour Hollande ce sera Juppé le bénéficiaire !

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