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ÉconomieUnion européenne

Bonne nouvelle : les salaires allemands augmentent !

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 13 mai 2016 à 14:43 - Mis à jour le 13 mai 2016 à 15:17

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Le syndicat IG Metall a négocié une hausse de salaires de 4,8 % sur 21 mois (2,8 % en 2016). Une bonne nouvelle pour l'Allemagne et la zone euro.

L'heure est à la revalorisation des salaires en Allemagne. Ce vendredi 13 mai, le syndicat IG Metall de Rhénanie du Nord Westphalie est parvenu à un accord avec le patronat sur une hausse de 4,8 % des salaires de ses adhérents sur 21 mois. A l'issue de 14 heures de discussions, l'accord, qui correspond pratiquement aux demandes initiales du syndicat (5 %), prévoit une prime de 150 euros immédiate, une hausse de 2,8 % au 1er juillet 2016, puis une seconde hausse de 2 % au 1er avril 2017. La hausse pour 2016 ne sera donc « que » de 2,8 %, mais c'est une augmentation notable alors que l'inflation est quasiment nulle outre-Rhin. A présent, les autres fédérations du syndicat vont se baser sur cette décision pour qu'elle puisse s'appliquer aux 3,8 millions de personnes couvertes par les accords collectifs.

Accélération

Souvent, l'accord négocié avec IG Metall donne le ton pour le reste des négociations dans l'ensemble de l'économie allemande. Ceci ne signifie pas que tous les salaires allemands vont progresser d'autant, mais que les négociations auront plutôt tendance à être favorables aux syndicats. En 2015, par exemple, les salaires négociés ont progressé de 2,1 %. Si l'on s'en tient à l'accord de ce vendredi, il y aura donc une nette accélération. Il convient cependant de rappeler que ces salaires négociés ne représentent pas l'ensemble des salaires allemands. Depuis vingt ans, la proportion des salariés non couverts par ces négociations a beaucoup augmenté et représente environ la moitié de l'ensemble des salariés. Pour ceux-là, les négociations sont individuelles et libres. La faiblesse du chômage soutient cependant, ces temps-ci, la hausse des salaires. En 2015, les salaires bruts réels ont ainsi, dans l'ensemble de l'économie, augmenté de 2,4 %, mais il faut prendre en compte l'effet non quantifié de l'introduction au 1er janvier 2015 d'un salaire minimum.

Bonne nouvelle pour la zone euro

Ce relèvement des salaires allemands est une bonne nouvelle au niveau macroéconomique dans la zone euro. Une des raisons de la crise de la zone euro avait été l'accroissement des divergences au sein de l'union monétaire en raison de la modération salariale allemande. Ceci a conduit l'économie allemande à dégager un excédent courant considérable (8,6 % du PIB en 2015) qui ont alimenté des déficits dans le reste de la zone euro et des ajustements violents des pertes de compétitivité de plusieurs pays. En relançant les salaires, l'Allemagne alimente sa demande interne, ce qui va réduire ses excédents courants, favoriser l'investissement des industries centrées sur la demande intérieure et soutenir les importations en provenance des autres pays de la zone euro (et du reste du monde). C'est un cercle vertueux où pourrait s'engager un rééquilibrage.

Les vertus de la hausse des salaires

Ce relèvement est d'autant plus nécessaire qu'il est le moyen le plus efficace pour relancer l'inflation. Une forte hausse des salaires conduira nécessairement, si elle se transmet aux dépenses des ménages sur les prix à la consommation. A condition, évidemment, que la productivité progresse moins vite que les salaires, ce que l'on peut supposer puisque la croissance de la productivité a ralenti en Allemagne au cours des trois dernières années. Elle était de 0,6 % en 2015. En augmentant les salaires plus rapidement que la productivité, l'Allemagne perd de la compétitivité, ce qui réduit encore son excédent en donnant sa chance à ses concurrents de la zone euro. Elle génère aussi de l'inflation qui donne plus de visibilité aux entreprises pour investir et augmenter sa productivité pour « amortir » l'effet de la hausse des salaires. A priori donc, c'est un élément très encourageant pour l'économie allemande et européenne.

Début d'un rééquilibrage

Reste évidemment que l'Allemagne n'est qu'au début de ce chemin de rééquilibrage et que celui-ci est soumis à plusieurs incertitudes. Entre 2000 et 2013, les salaires allemands ont progressé à un rythme trop faible : 1,81 % par an pour une augmentation de 1,5 % de la productivité du travail. Il eût fallu une augmentation de 3,5 % pour être dans la moyenne d'objectif d'inflation de 2 % de la zone euro qui a été grosso modo  la moyenne des grands pays de la zone. L'effet de cette modération salariale ne s'affaiblira donc pas avec deux années de hausse de plus de 2 % des salaires, même avec un affaiblissement de la croissance de la productivité. Il faudra encore beaucoup plus de temps pour organiser réellement le rééquilibrage de la zone euro.

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Une étude de l'institut IMK, proche des syndicats allemands, paru en novembre dernier, a montré que, jusqu'à la mi-2015, la croissance des salaires allemands restait modérée. L'accélération est donc bienvenue, mais il ne s'agit que du début du phénomène. Pour assurer le maintien du phénomène, il faut également que ces hausses de salaires se traduisent par des hausses de dépenses et non par une hausse du taux d'épargne. Or, en 2015, les Allemands ont beaucoup épargné. Entre 2013 et 2015, le taux d'épargne des ménages est passé de 9,1 % à 9,7 %, réduisant l'effet de la hausse des salaires et continuant d'alimenter l'excédent courant. Enfin, la hausse des salaires ne suffit pas, il faut une politique d'investissement public et privé. Celle-ci est beaucoup plus lente à se mettre en place, même si les bons chiffres de croissance du premier trimestre 2016 montrent que la crise des réfugiés aide à soutenir cet investissement public.

Romaric Godin

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