Boris Johnson devant le Parlement pour un bras de fer sur le Brexit

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Le Premier ministre britannique Boris Johnson
Le Premier ministre britannique Boris Johnson (Crédits : Reuters)
Le Premier ministre britannique Boris Johnson va devoir faire face ce mardi 3 septembre à la fronde de députés de son propre parti conservateur hostiles à un Brexit sans accord, en dépit de sa menace de convoquer des élections législatives anticipées à la mi-octobre s'il essuie une défaite au Parlement.

Les députés reprennent ce mardi 3 septembre le chemin de Westminster, et des élus conservateurs "rebelles" s'apprêtent à soutenir l'opposition pour tenter d'imposer un nouveau report du Brexit et empêcher une sortie brutale de l'Union européenne. Un premier vote autour du calendrier du Brexit doit avoir lieu mardi soir à la Chambre des communes.

Si son issue est négative pour le gouvernement, Boris Johnson présentera dans la foulée une motion pourorganiser des élections législatives le 14 octobre, selon un responsable gouvernemental. "Le Premier ministre ne veut pas d'une élection mais cela dépendra du choix des députés lors du vote demain", a mis en garde ce responsable sous couvert d'anonymat. Cette motion sera soumise au vote des députés mercredi et adoptée si elle recueille deux tiers des voix. La date du 14 octobre "permettra à un nouveau Premier ministre d'être en poste avant le sommet européen" des 17 et 18 octobre à Bruxelles, a précisé la même source.

Aucun report

Lors d'une déclaration officielle, Boris Johnson a pourtant affirmé lundi qu'il ne "voulait pas d'une élection" -- mais il a aussi rappelé qu'il ne demanderait un report du Brexit à Bruxelles "sous aucune circonstance". Le chef du gouvernement envisage plutôt une sortie de l'UE sans accord s'il ne parvient pas à trouver un compromis avec Bruxelles d'ici le 31 octobre, date prévue du divorce. Durcissant le ton avant cette rentrée parlementaire qui s'annonce agitée, le Premier ministre a menacé lundi d'exclusion du parti les Tories "rebelles" qui voudraient voter avec l'opposition, alors qu'il ne dispose que d'une voix de majorité absolue à la Chambre basse du Parlement.

Et la semaine dernière, il avait décidé de suspendre pendant cinq semaines le Parlement, jusqu'au 14 octobre, déclenchant la fureur de nombreux députés y voyant une manoeuvre pour les "bâillonner". "Le Premier ministre semble faire tout ce qui est en son pouvoir pour mener à une élection, tout en affirmant que c'est la dernière chose qu'il souhaite", critique  une source proche du groupe de conservateurs "rebelles".

Boris Johnson assure de son côté qu'il souhaite simplement montrer un front "uni" à Bruxelles pour ne pas affaiblir Londres dans sa tentative de renégocier l'accord conclu entre l'ex-cheffe du gouvernement Theresa May et Bruxelles. Les "chances" d'un accord avec l'UE "ont augmenté" ces dernières semaines, a-t-il estimé. Le chef du gouvernement s'adressera à la Chambre dans l'après-midi, avant de laisser la place à Michael Gove, son bras droit chargé des préparatifs en vue d'un Brexit sans accord.

Bataille législative...

D'après la BBC, les députés anti "no deal" voudraient repousser le divorce avec l'UE au 31 janvier. Pour ce faire, ils doivent d'abord récupérer la main sur l'agenda parlementaire, contrôlé par le gouvernement. Grâce à une règle intitulée "Standing Order 24" (So24), ils pourraient demander un débat parlementaire d'urgence. Le président de la Chambre des communes, John Bercow, qui voit dans la suspension du Parlement un "scandale constitutionnel", devrait y être favorable.

Dans cette bataille tactique législative, Jeremy Corbyn, chef du Labour, la principale formation d'opposition, garde toutes les options ouvertes, y compris une motion de censure contre le gouvernement. Il soutient l'organisation d'élections législatives "pour que les gens décident de leur avenir". Les travaillistes feraient alors campagne pour un nouveau référendum sur l'appartenance à l'UE. Des manifestations en faveur d'élections anticipées sont aussi prévues mardi devant le Parlement.

  ... et juridique

La bataille se poursuit également devant les tribunaux, où le gouvernement de Boris Johnson doit répondre à plusieurs initiatives visant à empêcher la suspension du Parlement. Mardi, la plus haute instance civile d'Ecosse doit examiner sur le fond une demande de contrer la suspension du Parlement, formulée par près de 75 parlementaires pro-européens. Ces derniers avaient déjà tenté la semaine dernière de contrer la suspension, mais leur recours en urgence avait été rejeté.

La Haute Cour d'Irlande du Nord examinera de son côté un autre recours, introduit en urgence au nom d'un militant des droits de l'Homme nord-irlandais, Raymond McCord. Et jeudi, une audience à Londres portera sur une action intentée par la femme d'affaires et militante anti-BrexitGina Miller et soutenue par l'ancien Premier ministre conservateur John Major.

Gina Miller avait déjà gagné en 2017 une bataille judiciaire pour forcer le gouvernement, alors dirigé par Theresa May, à consulter le Parlement sur le processus de retrait.

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Commentaires
a écrit le 04/09/2019 à 9:59 :
Les élites Anglaises pourront elles par un vote législatif enterrer un référendum .
Ce serait un déni démocratique mais les ex élites Françaises ont fait de même et le conseil constitutionnel n a rien trouvé à y redire .
De plus ils ont la bénédiction cachée de l UE .
Donc ils ne partiront pas !
a écrit le 04/09/2019 à 6:56 :
Le Parlement a voté un nouveau report du brexit. L'UE ne doit pas l'accepter et expulser le Royaume-Uni de l'UE au 31/10. Il est temps de faire un exemple de ce pays en refaisant du Royaume-Uni un pays appauvri jouant en 3è division.
a écrit le 04/09/2019 à 6:53 :
Maintenant que BoJo est dans les cordes, il faut sortir ce nul du ring dans les meilleurs délais.
a écrit le 03/09/2019 à 23:42 :
Qu'à cela ne tienne! Boris Johnson n'est-il pas un ange tombé du ciel pour faire appliquer la volonté du peuple face aux élites corrompues, face à Bruxelles l'atlantiste et face au lobby financier européiste?
Boris Johnson devrait prendre les pleins pouvoirs et envoyer ses opposants en prison ainsi le Royaume-uni pourra enfin instaurer une démocratie qui ne sera pas corrompue par les élites et les intellectuels.
Réponse de le 04/09/2019 à 5:52 :
Non, le pouvoir des lobbies, de l'argent, le lourd, celui investi par l'Allemagne qui produit en UK. La raison, la seule.
Avant on faisait des guerres, c'est une evolution.
Réponse de le 04/09/2019 à 19:49 :
@matin calmes
"Non, le pouvoir des lobbies, de l'argent"
J'incluais ça dans le lobby financier européiste, ce qui prouve bien qu'on peut résumer toute une idéologie en 3 lignes.
a écrit le 03/09/2019 à 18:30 :
Le "coup fumant" de Boris Johnson rappelle a tous les anglais que la démocratie anglaise est une farce permanente, car pour les questions graves de stratégie pour le pays, c'est la Monarchie (famille royale) et une poignée d'aristocrates et industriels milliardaires qui décident.
Ces derniers veulent le Brexit au 31 octobre, les "sujets" sont donc muselés.
a écrit le 03/09/2019 à 16:12 :
On saura ce soir si BoJo a une majorité au parlement ou pas. Même en incluant le DUP la majorité tient à 1 siège. La défection de quelques députés conservateurs devrait largement suffire...
Réponse de le 03/09/2019 à 20:34 :
Philippe Lee, député conservateur a changé de bord et a rejoint le lib dem.

Son communiqué est sans appel.
«Le gouvernement conservateur poursuit de manière agressive un Brexit (aux conséquences) dommageables. Il met en danger des vies (...) et menace de manière injustifiée l’intégrité du Royaume-Uni»,

BJ n'a plus de majorité. On s'en doutait, c'est officiel.

Les partisans de l'UPR sont prostrés dans un coin, et ils pleurent...
Réponse de le 03/09/2019 à 21:28 :
Oui mais.. c'est le cap sur de nouvelles élections. Et avec le folklorique scrutin majoritaire à un tour qui est en vigueur au Royaume-Uni, il peut en sortir tout (et surtout) n'importe quoi, même une majorité à la main du nuisible BoJo même si les partis anti-brexit réunissent 10 à 15% de voix de plus que les partis pro-brexit. Sauf si d'ici-là, Labour, Verts, LibDem et SNP ont la bonne idée de se coaliser (c'est à dire présenter partout le candidat unique le mieux placé) pour ne laisser aucune chance aux conservateurs et au brexit party de Farrage.
Réponse de le 03/09/2019 à 23:37 :
Je partage votre analyse.
Le fait que Johnson soit englué ne résout rien, y compris sur le cours terme, même si ça nous fait plaisir.

Le scenario le plus probable, avec ou sans Johnson c'est une GB incapable de prendre une décision pour encore des semaines, voire des mois.

Et auquel cas, je ne vois pas comment l'UE pourrait ne pas prononcer un brexit unilatéral sans accord avant la fin de l'année. Les choses sont allées trop loin pour imaginer un retour au statut quo ante et les choses reprendre comme si rien ne s'était passé. Et l'UE va devoir prendre des décisions importantes étant donné les crises internationales qui s'annoncent.

Donc, il faudra renégocier des traités commerciaux, des clauses sociales, des accords de passage des frontières...
La différence c'est que les successeurs de BJ seront surement plus réalistes, enfin espérons le.
Réponse de le 04/09/2019 à 5:56 :
La seule alternative depuis des mois est "le report" du projet brexit.
On fait trainer depuis trois ans. Janvier 2020 est desormais certain, et puis on continuera cahin-caha.
Victor va pas etre content.

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