Brexit : l'économie britannique résiste mieux que prévu

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La chute de la livre a permis aux entreprises britanniques d'exporter plus facilement. Mais, pour la Coface, cette augmentation estimée à 1,6% reste relativement modeste sur les exportations pour 2016. (Crédits: Statista*)
La chute de la livre a permis aux entreprises britanniques d'exporter plus facilement. Mais, pour la Coface, cette augmentation estimée à 1,6% reste relativement modeste sur les exportations pour 2016. (Crédits: Statista*) (Crédits : Statista*.)
La débâcle économique tant annoncée par de nombreux économistes et institutions n'a pas eu lieu un an après le vote sur le Brexit. La croissance, principalement portée par la consommation et des dépenses des ménages en hausse en 2016, commence néanmoins à montrer des signes de faiblesse. La recrudescence de l'inflation et l'érosion du pouvoir d'achat pourraient être préjudiciables à une croissance encore fragile.

Le 23 juin 2016, une courte majorité de Britanniques décidait de voter en faveur du Brexit. Un an après, La Tribune dresse le bilan de douze mois mouvementés, ponctués par le début officiel des négociations entre le Royaume-Uni et l'UE.

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Un an jour pour jour après le vote en faveur du Brexit, la catastrophe économique n'a pas eu lieu. Lors de la campagne pour le référendum, de nombreux prévisionnistes et institutions annonçaient régulièrement une véritable récession. Le 17 juin 2016, le Fond monétaire international (FMI) avait indiqué à quelques jours du scrutin qu'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne aurait un impact "négatif et important" sur l'économie britannique qui pourrait, au pire, tomber en récession en 2017. De son côté, le ministre Britannique des finances de l'époque, George Osborne, avait mis en garde le peuple britannique, annonçant que quitter l'Union européenne provoquerait "des années de récession". Selon une étude du Trésor présentée au même moment, le Brexit provoquerait un "choc immédiat et violent" à la Grande-Bretagne. Pour la Banque d'Angleterre, un tel vote pourrait entraîner la possibilité "d'une récession technique". Pourtant, l'examen de la plupart des indicateurs économiques montre que beaucoup d'observateurs et d'institutions se sont trompés.

Une chute de la livre par rapport à l'euro et au dollar

Depuis le 23 juin 2016, la livre sterling a baissé d'environ 12% face à l'euro et de 14% face au billet vert. Les récents résultats des élections législatives ont accéléré cette chute. Pour Marie Albert, responsable du risque pays à la Coface, "c'est le signe le plus visible du Brexit". Ce qui a permis aux entreprises britanniques d'exporter plus facilement. Mais pour la compagnie d'assurance spécialisée dans le commerce extérieur, cette hausse estimée à 1,6% reste relativement modeste sur les exportations pour 2016.

Une consommation ralentie par une baisse du pouvoir d'achat

Cette dépréciation de la devise britannique, qui a permis de doper l'économie britannique à court terme, s'est accompagnée d'une hausse de la consommation des ménages outre-Manche. Contrairement à certaines prévisions, qui annonçaient que les Britanniques allaient moins consommer par réflexe de peur, les sujets de Sa Majesté ont continué à consommer jusqu'à la fin de l'année 2016 au lieu d'épargner. Mais cette forte consommation a commencé à s'essouffler au premier trimestre de cette année en raison d'une hausse des prix à la consommation. D'après les derniers chiffres de l'Office for National Statistics (ONS), le taux d'inflation avait atteint 2,7% à la fin du mois de mai dernier, son plus haut niveau depuis avril 2012.

Cette augmentation de l'indice des prix est resté supérieur à celle des revenus. Ce qui a provoqué une érosion du pouvoir d'achat et une baisse de la consommation, un des principaux moteurs de la croissance britannique. Et cette hausse de l'inflation pourrait se prolonger en 2017, comme en témoigne les dernières prévisions de l'OCDE (tout comme celles des institutions britanniques) avant d'amorcer une baisse pour 2018.

Par ailleurs, l'indice de confiance des consommateurs au Royaume-Uni, calculé par l'institution internationale, poursuit sa baisse depuis plusieurs mois. Ce qui ne laisse pas présager de bonnes perspectives du côté des dépenses des ménages.

Un taux de chômage au plus bas

Sur le front de l'emploi, le taux de chômage ne cesse de baisser depuis 2011. Et ce n'est pas le Brexit qui a ralenti le rythme de réduction du taux de chômage. D'après les dernières statistiques de l'ONS, cet indicateur au sens du Bureau international du travail (BIT) s'élevait à 4,6% à la fin du premier trimestre 2017. Soit un niveau inédit depuis 1975, comme peut l'illustrer le graphique ci-dessous.

Et le taux d'emploi, qui correspond à la part des personnes disposant d'un emploi parmi celles en âge de travailler, atteint des sommets au premier trimestre 2017 pour s'élever à 74,8%.

Evidemment, ces bons chiffres masquent souvent une précarité du travail régulièrement critiquée en raison de l'emploi abusif "des contrats zéro heure".

| Lire aussi : Au Royaume-Uni, le nombre de "contrats zéro heure" ne faiblit pas

Une croissance ralentie au premier trimestre

Dans les mois qui ont suivi le vote sur le référendum, la croissance trimestrielle a maintenu un rythme relativement stable oscillant entre 0,5% et 0,7%. En revanche, les derniers chiffres de l'ONS indiquent que la croissance a bien ralenti au cours du premier trimestre 2017 pour atteindre 0,2%.

La croissance britannique a dans un premier temps plutôt bien résisté à l'effet Brexit grâce notamment à la baisse de la livre. Au cours du dernier trimestre 2016, cette croissance a été portée grâce à une contribution plus forte que prévu du secteur des services, en particulier la finance très prépondérante au Royaume-Uni et très grande contributrice de la croissance. En revanche, la production industrielle a reculé de 0,4% sur le troisième trimestre et la construction de 0,8%. Par ailleurs, la croissance de l'économie britannique a fortement ralenti au premier trimestre 2017 en raison de la hausse de l'inflation dans la foulée du "Brexit", évolution qui a affecté les dépenses des ménages. Ces différents signaux de faiblesse témoignent ainsi d'une croissance fragile.

| Lire aussi : Brexit : la croissance britannique résiste mieux que prévu

"Le Brexit n'a pas eu lieu"

Pour comprendre cette relative bonne santé de l'économie britannique, il convient de rappeler que cet Etat fait encore partie de l'Union européenne. De fait, les entreprises britanniques et le secteur de la finance et des services ont encore accès aux marchés de l'Union européenne. Tous ces secteurs ont ainsi pu continuer à profiter de la reprise de l'économie dans l'UE.  Comme le rappelle l'économiste de l'université Paris Nanterre Christophe Boucher, "le Brexit n'a pas encore eu lieu" mais "il sera extrêmement coûteux pour le centre financier de Londres".  D'après les dernières positions du gouvernement, l'exécutif ne cherche pas à rester dans le marché commun. En revanche, Theresa May souhaite obtenir un accord "ambitieux" de libre échange dans des secteurs bien précis, comme la finance.

| Lire aussi : Brexit : commerce, budget... quelles sont les positions de l'UE et du Royaume-Uni ?

Theresa May en position de faiblesse

Au premier jour des négociations de l'UE lundi dernier, Theresa May est arrivée en position de faiblesse. Après avoir annoncé des élections anticipées qui devraient lui permettre d'aborder le processus du Brexit en position de force, la cheffe du gouvernement a perdu son pari en perdant sa majorité absolue au Parlement britannique. Dans ce contexte, les défis économiques à long terme à relever par la dirigeante conservatrice semblent périlleux. En effet, celle qui voulait favoriser le secteur de la finance dans les négociations se retrouve en mauvaise posture face à des dirigeants européens parfois intransigeants comme l'a rappelé Emmanuel Macron au mois de mai dernier.

| DOSSIER : Brexit, un an après le référendum, où en sommes-nous ?

(*) Graphique réalisé par Statista

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Commentaires
a écrit le 25/06/2017 à 16:53 :
Article courageux comme tout ce qui est honnête et objectif en néolibéralisme, merci beaucoup.
a écrit le 23/06/2017 à 15:58 :
Nous en reparlerons dans quelques temps après la sortie effective, et non fictive, de l'UE.
a écrit le 23/06/2017 à 14:54 :
taux d'épargne des ménages à un plus bas historique (3,3% au T4 2016 ; après 5,3% au T3), souscription de crédits conso au plus haut depuis 11 ans, hausse des faillites personnelles, baisse significative des ventes auto, Banque d'Angleterre qui s'inquiète pour les finances des ménages, etc...
pas rassurant. ils sont au bout de la logique de la "croissance" par consommation effrénée à crédit/par désépargne ?
l'immobilier, qui a contribué à favoriser la croissance/la consommation, semble s'essouffler. les prix sont trop élevés.
Bloomberg a fait un article il y a deux jours sur l'Australie montrant que là-bas aussi, le taux d'épargne des ménages a plongé depuis 2014, à moins de 5%. et l'immo inquiète pas mal.

la mesure d'inflation de référence au UK reste le CPI (plutôt que le CPIH), il me semble : 2,9% en mai.
a écrit le 23/06/2017 à 13:01 :
quel titre!
est utile de rappeler que pour l'instant, il y a eu un vote, et une election, il y aura deux ans de negociations, et ' si l'accord est favorable au uk', il y aura brexit apres demande express ( ce qui n'est pas encore acte, donc!!!) .........
le brexit c'est ' dans deux ans peut etre'.......... un peu presomptueux de donner des chiffres deux ans a l'avance, pas vrai?
a écrit le 23/06/2017 à 12:36 :
Mathilda si ces dictateurs continuent de t' embêter, traite avec Poutine et la Chine et l' Inde ...!

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