Brexit : les entreprises européennes tirent la sonnette d'alarme

Depuis leur ouverture en juin dernier, les négociations entre Britanniques et Européens sont centrées sur les termes du divorce. Résultat, la situation crée une incertitude importante chez les entreprises implantées dans l'Europe des 27. Selon une étude, celles-ci réclament le début, dès que possible, des discussions sur la période de transition et le futur accord commercial.
Sasha Mitchell

5 mn

Les entreprises s'inquiètent d'un éventuel retour des droits de douanes et des obstacles non-tarifaires, comme l'allongement des temps d'attente à la frontière avec le Royaume-Uni.
Les entreprises s'inquiètent d'un éventuel retour des droits de douanes et des obstacles non-tarifaires, comme l'allongement des temps d'attente à la frontière avec le Royaume-Uni. (Crédits : REUTERS/Vincent Kessler)

Au lendemain de la quatrième phase de discussions entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, les entreprises ne sont toujours pas rassurées. Loin de là. Bloquées depuis juin au stade des modalités du divorce, les négociateurs ne peuvent pour l'heure toujours pas aborder la question d'une éventuelle période de transition et du futur accord commercial. Deux sujets centraux pour les firmes implantées sur la rive continentale de la Manche, qui commencent à s'impatienter selon un rapport du Conseil des chambres de commerces britanniques en Europe (Cobcoe). Et ce alors que 5% des importations de l'UE proviennent du Royaume-Uni et que 7% des exportations effectuent le chemin inverse. "Vous ne nous écoutez pas !", lancent-elles en substance aux deux équipes de négociations.

Selon elles, "l'atténuation des perturbations dues au Brexit est la priorité essentielle". Car pour l'heure, d'après une synthèse de la position de plus de 1.000 dirigeants d'entreprises interrogés dans 18 pays de l'UE27 depuis un an, "l'incertitude a généré un 'effet de paralysie" dans le cadre de la prise de décisions à long terme, étant donné que les entreprises adoptent une approche passive, dans la mesure du possible, en espérant remettre à plus tard des décisions importantes [...] jusqu'à ce que les négociations deviennent plus claires". Autrement dit, les sociétés ajournent des projets d'investissements sur le plan humain et matériel, en attendant davantage de détails sur la future relation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Et se préparent au pire des scénarios : une sortie sans accord, toujours pas définitivement écartée en dépit des déclarations rassurantes de la Première ministre britannique Theresa May lors de son discours de Florence.

Londres, porte d'entrée dans l'Europe

"L'incertitude est inhérente au monde des affaires", a concédé Olivier Campenon, président de la chambre franco-britannique de commerce et d'industrie lors de la présentation du rapport à la presse.

"Mais dans le cadre du Brexit, elle est multiple, et affecte tous les départements de l'entreprise : financier, ressources humaines, juridique etc. Il est très difficile de se préparer à un tel événement."

Concrètement, les entreprises s'inquiètent en premier lieu du retour potentiel des droits de douanes mais aussi des obstacles non-tarifaires, comme un délai d'attente plus long à la frontière qui ralentirait toute la chaîne d'approvisionnement d'une entreprise. Ensuite, les divergences réglementaires préoccupent les dirigeants, et notamment la question de la perte du passeport européen des services financiers, qui permet actuellement aux établissements implantés à Londres de commercer sur le reste du continent. "Ce n'est pas une question qui concerne exclusivement les Britanniques. Londres est une porte d'entrée en Europe et c'est un fait", affirme Sharon Lewis, associée responsable de la pratique finance au cabinet d'avocats Hogan Lovells. Des propos illustrés par Olivier Campenon : "Des entreprises qui n'ont aucun lien commerciaux avec le Royaume-Uni se sentent affectées car elles sont financées depuis Londres."

Les entreprises espèrent un improbable "statu quo"

Enfin, la question de la mobilité future des employés, tant pour le recrutement de "talents" au Royaume-Uni que dans un contexte "de déplacement rapide et à moindre coût des employés en fonction des besoins de l'entreprise", donne des maux de têtes aux patrons de l'Europe des 27. En somme, "surtout, que rien ne change" semblent vouloir dire les entreprises. Difficile, pourtant, d'imaginer, dans le cas de la mobilité des employés, comment une seule des quatre libertés de circulation pourrait être conservée. La position des Britanniques, qui souhaitent limiter l'immigration y compris économique, comprend en effet une sortie pure et simple du marché unique et de l'union douanière, ce qui entraînerait immédiatement la fin du mouvement sans entrave des biens, des capitaux, des services et, enfin, des personnes.

| Lire aussi : Brexit : les négociateurs sous la pression des entreprises

Entreprises européennes et négociateurs de David Davis, le ministre britannique du Brexit, se retrouvent en revanche sur deux points. La nécessité d'une période de transition (que la Première ministre Theresa May estime à deux ans environ) et surtout une ouverture "dès que possible" de la deuxième phase des négociations sur les modalités de celle-ci ainsi que sur le futur accord commercial. "La période de transition doit être une période d'implémentation d'un accord commercial et non deux années supplémentaires d'incertitude", résume le président de la chambre franco-britannique de commerce et d'industrie. Car pour l'heure, les négociateurs européens refusent d'entendre parler du futur tant que les questions relatives à la séparation - la frontière entre les deux Irlande, les droits des citoyens et la facture du divorce - ne sont pas réglées. Le Parlement européen doit, dans ce contexte, voter mardi une résolution demandant aux chefs d'Etat européens, qui se réunissent dans deux semaines à Bruxelles, d'ajourner leur évaluation des progrès réalisés lors des négociations. Initialement, ce sommet était censé entériner l'entente sur ces trois sujets et l'ouverture de la deuxième phase des négociations... Reste à savoir si la présentation prochaine de ce rapport aux équipes de Michel Barnier réussira à faire fléchir, un peu, la position européenne sur le calendrier.

Sasha Mitchell

5 mn

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Commentaires 19
à écrit le 03/10/2017 à 19:35
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Pour la guerre de cent ans.....C' est Philippe Auguste qui siffle la fin de partie et les Normands qui ont régné quelque siècles....Donc ils ne gagnent pas toujours .

à écrit le 03/10/2017 à 18:33
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On sait que l’intention de Theresa May, par le biais du Brexit était de limiter les flux migratoires. Elle voulait passer d’un solde positif d’entrées (soustraction de ceux qui rentrent par ceux qui sortent du Royaume-Uni) compris entre 250 000 et 30...

le 03/10/2017 à 18:55
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Exact, Barnier dit exactement, l' Angleterre doit avoir mal car c' est à ce prix qu' on va couper les pattes aux autres, leur retirer l' envie de se sauver ..! Il n' oublie qu' une chose, les anglais ont gagné toutes le...

à écrit le 03/10/2017 à 17:35
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"Des entreprises qui n'ont aucun lien commerciaux avec le Royaume-Uni se sentent affectées car elles sont financées depuis Londres." Où est le problème? Elles peuvent se faire financer ailleurs...à moins que Londres n'offre des avantages introuvables...

à écrit le 03/10/2017 à 15:20
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J'ai l'impression que ce qui arrangerait tout le monde, à part quelques nationalistes en mal de frontières et d’identité, c’est que le brexit n’en soit pas vraiment un et que tout continue comme avant. Errare humanum est, perseverare diabolicum (refe...

à écrit le 03/10/2017 à 14:16
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Avouons que pour les négociateurs britanniques biberonnés au libéralisme, il est difficile de soudain devenir protectionnistes. Petite lecture pertinente à ce sujet: https://www.europa-blog.eu/brexit-difficiles-negociations-cote-britannique/

à écrit le 03/10/2017 à 13:38
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Bon les chose ete claire depuis le début, hors de l'union europeen , s'est dehors... Pas un pieds à droite et un à gauche.... Donc pour les importations dans l'Europe, ils n'est pas question que la GB soit un intermédiaire, nous n'avons pas besoin d...

à écrit le 03/10/2017 à 12:42
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"Car pour l'heure, les négociateurs européens refusent d'entendre parler du futur tant que les questions relatives à la séparation - la frontière entre les deux Irlande, les droits des citoyens et la facture du divorce - ne sont pas réglées. " L' ...

le 03/10/2017 à 14:15
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le brexit est un fiasco pour le Royaume-Uni, c'est acquis.

le 03/10/2017 à 17:07
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Mon Bruno vous devriez nous expliquer pourquoi ..! Vous lisez trop la presse européiste ou quoi ..? La peur que dissimulent les « européistes », celle qui consiste à craindre la réussite insolente d'un pays membre qui quitterait l'U...

le 03/10/2017 à 19:39
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@ Ar Zen Si le chomage est si bas et que le taux d' emplois est à son maximum , pourquoi refusent ils l' immigration Européenne.....

le 04/10/2017 à 8:13
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Parce-que leur pouvoir d'achat baisse alors que le Brexit n'a pas encore commencé. Si ça ne vous suffit pas c'est que vous fantasmez le brexit pour des raisons idéologiques.

à écrit le 03/10/2017 à 10:00
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Je suis pour le brêlexit des politiques

à écrit le 03/10/2017 à 9:57
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"Londres est une porte d'entrée en Europe et c'est un fait"" Hé oui et faut lui dire adieu maintenant à la porte d'entrée européenne, ils sont fermement décidés à en partir, l'UE, tellement sûre de son dogme n'a pas été foutue, mais on se demande...

le 03/10/2017 à 14:18
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Ce sont les entreprises BRITANNIQUES implantées dans l'UE continentale qui s'inquiètent... et qui s'inquiètent du fait que le RU ne sera plus porte d'entrée... autrement dit elles perdront leur raison d'être au profit d'autres entreprises européennes...

le 03/10/2017 à 14:21
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...quant à l'impréparation et à l'incompétence, elle est nettement du côté des équipes britanniques et pas du côté européen. Barnier semble mener la manoeuvre de main de maître.

le 04/10/2017 à 8:06
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roro Tout le monde n' est pas l' Allemagne qui accepte toutes les immigrations parce qu' elle meurt de ne pas faire d' enfants, il faut plutôt s' interroger sur le, où en est la démographie anglaise ....?

le 04/10/2017 à 10:29
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"Le brexit est un désastre au premier rang pour le Royaume-Uni." Je connais vos sempiternelles par contre ce que je ne connais pas ce sont vos liens et vos arguments mon père. ".quant à l'impréparation et à l'incompétence, elle est nettement ...

à écrit le 03/10/2017 à 9:35
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chacun voit sa priorite, c'est normal pour le reste tt le monde a compris que si les accords futurs ne sont pas bon,s il n'y aura pas de sortie..... on peut aussi changer les regles du jeu u loto, et les joueurs ne valideraient leurs bulletins apr...

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