Brexit : la géographie du vote

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Une rue de Middlesbrough, où l'on a voté pour le Brexit à 65 %.
Une rue de Middlesbrough, où l'on a voté pour le Brexit à 65 %. (Crédits : Reuters)
Le Brexit l'a emporté en Angleterre et au Pays de Galles et a perdu en Ecosse et en Irlande du Nord. Les régions industrielles anglaises ont massivement voté contre l'UE, malgré l'appel des Travaillistes.

Le choix du retrait de l'Union européenne a été fait par 51,9 % des électeurs qui se sont exprimés le 23 juin dans le cadre du référendum britannique sur l'UE. En tout, 17,41 millions de Britanniques ont choisi de sortir de l'Union européenne contre 16,14 millions qui préféraient y demeurer. La participation a été de 72,2 %, ce qui représente près de 6,1 points de plus que lors des élections générales de mai 2015.

L'Angleterre pro-Brexit

Cette avance de 1,27 million de voix a été acquise avant tout par le vote de l'Angleterre, la plus peuplée des quatre nations du Royaume-Uni. Le « Brexit » y a obtenu 15,19 millions de voix, soit 1,92 million de plus que le vote « Remain ». Globalement, Londres et sa périphérie cossue de l'ouest et du sud-ouest, ont largement voté en faveur du maintien dans l'UE. Ceci traduit notamment le rejet du Brexit dans une agglomération dominée par l'industrie financière. Dans la (petite) circonscription de la City de Londres, le « Remain » a obtenu 75 % des voix. Mais l'ensemble du Grand Londres, à l'exception de cinq circonscriptions à l'est, a voté pour l'UE.

Le reste de l'Angleterre est majoritairement dominée par le vote Brexit. A l'est, en East Anglia ou dans le Kent, bastions conservateurs et de l'UKIP, le vote pour le Brexit est quasiment partout majoritaire. A l'extrême-ouest, dans le Devon ou en Cornouailles, où l'on a longtemps voté libéral-démocrate, le Brexit a aussi été majoritaire. Il a obtenu 56,5 % en Cornouailles. Dans le nord et le centre de l'Angleterre, seule la région de Leeds a voté en faveur de l'UE. Partout ailleurs, le Brexit a dominé, notamment dans les régions industrielles du nord où ses scores dépassent 60 %. A Stoke-on-Trent, par exemple, le Brexit a obtenu 69,4 % des voix.

On constate, en Angleterre, une divergence entre les grandes villes pro-européenne et les villes moyennes, les banlieues et les campagnes pro-Brexit. Liverpool a ainsi voté pour l'UE à 58,2 %, Manchester à 60,4 %. Mais cette distinction n'est pas complète et Birmingham, par exemple, a voté pour le Brexit à 50,4 %. Globalement, l'Angleterre a montré une domination du rejet de l'Union européenne.

Les Gallois pro-Brexit

L'autre « nation » qui a rejeté l'UE est le Pays de Galles. Le « Leave » a obtenu 52,5 % des voix, soit 132.000 de plus que le « Remain ». Cinq circonscriptions galloises ont voté pour l'UE, notamment la ville de Cardiff (à 60 %). Toutes les autres ont choisi le Brexit, surtout les circonscriptions du sud, bastions traditionnels des Travaillistes. A Rhondda, par exemple, le Brexit obtient 53,7 % alors que le Labour avait obtenu 50 % aux élections générales de 2015.

L'Ecosse massivement en faveur de l'UE

Les deux autres « nations » du Royaume ont choisi de rester dans l'UE avec une grande clarté. C'est le cas de l'Ecosse où le « Remain » l'emporte partout et obtient 62 % des votes et une avance de 600.000 voix. Cette divergence très forte avec l'Angleterre pourrait inciter la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, à agir. Le programme de son parti nationaliste, le SNP, prévoyait un nouveau référendum sur l'indépendance en cas de changement notable de circonstances. On y est certainement, et le SNP a toujours indiqué qu'il ferait tout pour empêcher que les Ecossais soient chassés de l'UE « contre leur gré ». Il n'est donc pas à exclure que l'Ecosse prennent des mesures pour demeurer dans l'Union. Très clairement, les circonstances qui ont présidé au référendum du 18 septembre 2014 sur l'indépendance écossaise ont changé. A l'époque, l'UE soutenait l'union avec le Royaume-Uni et menaçait de rejeter l'Ecosse hors de l'UE. Ceci a sans doute changé, cette fois.

L'Irlande du Nord pro-UE, mais divisée

Dernière nation concernée : l'Irlande du Nord. Le vote « Remain » y a obtenu 55,8 % des suffrages, soit un peu moins de 100.000 voix d'avance. La région est clairement coupée en deux : les régions les plus unionistes ont voté pour le Brexit, comme North Antrim, à plus de 62 % ou l'est de Belfast à 51 %. Il est vrai que le principal parti unioniste, le DUP, appelait à voter contre l'UE. Ailleurs, le vote Remain est très fort, notamment dans les régions les plus républicaines où l'on redoute de voir réapparaître une frontière avec la République d'Irlande. A Foyle, région frontalière de l'est, le « Remain » a obtenu 78,3 % des suffrages !

Le référendum a donc conduit à faire réapparaître les divisions entre Républicains et Unionistes en Ulster, dans une région encore très divisée et marquée par la guerre civile. L'Irlande du Nord est un des points les plus « chauds » de l'après-Brexit. Le parti républicain Sinn Féin a demandé dès ce 24 juin au matin un référendum sur la réunification de l'Irlande, mais comme la région est encore très divisée, avec une partie encore très unioniste, la situation est plus complexe qu'en Ecosse. Les autorités britanniques et irlandaises vont devoir agir pour empêcher le retour des tensions.

Score « soviétique » à Gibraltar

Enfin, à Gibraltar, où l'on votait aussi, à la différence des « dépendances de la couronne », le vote en faveur de l'UE a obtenu 95,9 %, soit 19.000 voix d'avance sur le Brexit. Les habitants de Gibraltar ont beau être très attachés au Royaume et à leur spécificité britannique, ils redoutent qu'un Brexit ne conduisent à un nouveau blocage de la colonie par la fermeture de la frontière avec l'Espagne et une asphyxie économique.

Le détail des résultats sur le site de la BBC (en anglais).

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Commentaires
a écrit le 24/06/2016 à 10:46 :
Encore une fois la métropolisation des 30 derniéres années a frappé. La géographie montre ceux qui n'ont pas "bénéficiés" de la politique européenne (infliuencée par la globalisation) : les habitants loin des métropoles ou des lieux touristiques (peu de travail, peu de services, peu d'université ou de transports). C'est compréhensible qu'ils votes contre.
C'est un avertissment pour tous les pays europpéens qui ont la même fracture géographique : d'un coté les métropoles et les lieux touristiques, de l'autre les zone prériurbaines et rurales (ou d'ailleurs se concentre les votes nationnalistes).
La réponse à cela est de porter une attention plus grande à ces zones délaissées par les pouvoir publics (mais aussi les habitants). Ils ne sont pas conscient que cela a été pire ailleurs (car peu ont vécu à l'étranger) et en même temps ce n'est pas un réél argument car leur confort de vie s'est dégradé.

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