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ÉconomieUnion européenne

Cette démission qui devrait inquiéter Angela Merkel

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 01 avril 2015 à 08:53 - Mis à jour le 01 avril 2015 à 09:55

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Le vice-président de la CSU, sœur bavaroise de la CDU, Peter Gauweiler, a annoncé sa démission. Grand adversaire de la politique européenne de la chancelière, ce départ n'est pourtant pas une bonne nouvelle pour cette dernière.

C'est une démission fracassante qui ne doit pas réellement soulager Angela Merkel. Mardi 31 avril, le « rebelle » Peter Gauweiler a annoncé qu'il renonçait à son mandat au Bundestag et à son poste de vice-président de la CSU, la sœur bavaroise de la CDU d'Angela Merkel. Mais il a aussi accompagné cette double démission d'une lettre accusatrice contre la politique européenne menée par le gouvernement fédéral et contre le soutien de la CSU à ce dernier.

Qui est Peter Gauweiler ?

Peter Gauweiler, 66 ans, est un pilier historique de l'aile conservatrice de la CSU, un ancien proche du ministre-président bavarois (et candidat malheureux à la chancellerie en 1980) Franz-Josef Strauss. Il ne s'est pas réellement constitué une réputation sur les bancs du Bundestag où il allait peu (il avait, du reste, été épinglé par les médias pour sa faible participation aux votes du parlement), mais plutôt, à partir de 2010, sur la critique de la politique européenne menée par le gouvernement. Peter Gauweiler avait ainsi systématiquement fait partie des « frondeurs » conservateurs qui ont voté contre tous les plans d'aide et les nouvelles réformes de la zone euro. Il s'est également fait connaître en portant devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe les différentes plaintes qui, depuis 2009, ont modifié les relations entre l'Allemagne et l'Union européenne.

La stratégie Merkel-Seehofer

L'homme était donc craint, mais Angela Merkel sait comment s'y prendre avec ce type de personnage. Elle sait qu'il vaut mieux utiliser ces critiques que les combattre. Aussi, alors que commençait à monter l'étoile du jeune parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD) en 2013, le ministre président bavarois, patron de la CSU, Horst Seehofer, avait fait de Peter Gauweiler son vice-président. Histoire de montrer aux militants et aux électeurs conservateurs que l'euroscepticisme avait aussi sa place dans la « grande famille » chrétienne-démocrate. Mais cette stratégie n'a pas réellement réussi. AfD n'a cessé de progresser, notamment en Bavière (https://www.europawahl2014.bayern.de/taba2990.html) où, lors des élections européennes du 25 mai 2014, la CSU a perdu 7,6 points par rapport à 2009 (à 40,5 % des voix), tandis qu'AfD glanait 8,1 % des suffrages.

Surtout, la situation de Peter Gauweiler devenait intenable. Sous l'impulsion de Horst Seehofer, plus « merkélien » qu'il veut bien se l'avouer, la CSU a adopté une stratégie mêlant des rodomontades permanentes sur la question européenne, avec des phrases chocs, à un alignement parfait, lors des votes, sur la position du gouvernement fédéral. De plus en plus donc, Peter Gauweiler n'était qu'une sorte de pantin servant à apaiser le mécontentement de la base, sans réellement pouvoir influencer sur la ligne politique du parti. L'homme n'est cependant pas du genre à jouer ce type de rôle. Il a claqué la porte. Avec fracas.

Les raisons d'une rupture

Car, en démissionnant, Peter Gauweiler a expliqué les raisons détaillées de son départ. Elles sont particulièrement cruelles pour Horst Seehofer - et donc, indirectement, pour Angela Merkel. Le futur ex-député a ainsi repris les grands principes du programme de la CSU, cités dans le texte, et il a montré comment la politique européenne de l'Allemagne soutenue par son parti allait à l'encontre de ces principes. Ainsi juge-t-il que la politique d'assouplissement quantitatif (QE) de la BCE s'oppose à l'engagement de la CSU de refuser la « socialisation des dettes » et de favoriser « la discipline budgétaire dans tous les pays. » Ainsi estime-t-il que les crédits d'accès à la liquidité d'urgence de la BCE à la Grèce (le programme ELA) est-il un recours à la planche à billet que la CSU refuse catégoriquement.

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Enfin, sur la Grèce, il juge que la poursuite de l'aide à Athènes, alors que de l'aveu même de ses nouveaux dirigeants le pays est « en faillite », est contraire à l'engagement de la CSU de demander la mise en place d'une « faillite ordonnée » des Etats membres de la zone euro. « Il ne m'apparaît pas clairement en quoi un vote négatif de ma part sur la prolongation de l'actuel programme (apparemment complètement inefficace et sans doute contre-productif) constituerait une entorse à la discipline du parti de la CSU », conclut Peter Gauweiler.

Fébrilité

Cette dernière phrase est importante. Elle montre une certaine fébrilité dans le camp conservateur où, apparemment, on tente de maintenir une unité de plus en plus précaire. Certes, le gouvernement fédéral, compte tenu de l'appui non seulement de la SPD, mais aussi des Verts et de Die Linke, à l'aide à la Grèce, dispose d'une large majorité au Bundestag sur ces sujets. Et finalement, cette démission donne une voix de plus au camp « pro-européen. » Mais la question est ailleurs : c'est celle de l'unité du camp conservateur face à AfD et à un parti libéral FDP qui semble progressivement revenir à la vie (il est entré en février au parlement de Hambourg), non sans ménager ses critiques envers la politique européenne d'Angela Merkel.

Le fossé se creuse avec l'aile droite

La droite de la CDU et de la CSU se sent de plus en plus mal à l'aise face à la politique européenne de Berlin et la démission de Peter Gauweiler traduit en fait ce malaise. Dès mardi soir, les responsables conservateurs de la CSU n'ont pas manqué d'attaquer Horst Seehofer. « Il n'est pas possible qu'un politicien conservateur soit chassé de son poste et qu'on se coupe ainsi d'une partie importante des électeurs », a mis en garde un des représentants de cette aile droite Thomas Jahn au Handelsblatt. Mais avec cette démission, le fossé se creuse de plus en plus entre le camp d'Angela Merkel et les Eurosceptiques de la CDU et de la CSU. Ces derniers n'acceptent plus leur rôle de représentation pure et leur incapacité à peser sur les choix européens. La conséquence finale de ce fossé est évidemment la rupture. La lettre de Peter Gauweiler est pain béni pour AfD qui n'est jamais autant à l'aise que lorsque la question européenne surgit au cœur des débats. C'est une invitation à peine déguisée pour la droite chrétienne-démocrate à rejoindre le nouveau parti.

Echec pour Angela Merkel

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Pour Angela Merkel, cette démission est donc un échec de sa politique qui consiste à bâtir un large compromis allant de la gauche de la SPD à la droite de la CSU. Or, cet échec est inquiétant : si la critique se cristallise hors du cadre des partis, si elle profite à AfD, l'arithmétique électorale pourrait devenir difficile pour la CDU et la CSU qui se verraient sans alliés possibles sur leur droite. Il faudrait alors s'allier en permanence avec le centre-gauche, Verts ou SPD, pour gouverner. Or, c'est un cercle vicieux, car c'est aussi cette stratégie de « grande coalition » et les concessions faites à la SPD (salaire minimum unique, retraite à 63 ans) qui irritent les Conservateurs. Et qui, donc, risque d'affaiblir le parti. Pour le moment, tout ceci est caché par la figure tutélaire et ultra-populaire d'Angela Merkel. Mais jusqu'à quand ?

Romaric Godin

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