Donald Tusk menace : ce sera un "hard Brexit" ou "pas de Brexit"

Le président du Conseil de l'UE a prévenu qu'il ne pourrait pas y avoir de Brexit "adouci". Les 27 sont décidés, pour l'instant, à tenir une position ferme dans l'espoir de voir les Britanniques faire volte-face.
Donald Tusk menace Londres.
Donald Tusk menace Londres. (Crédits : © Eric Vidal / Reuters)

Avant que les négociations sur les modalités du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE), ne démarrent, cette dernière hausse le ton. Dans un discours prononcé jeudi 13 octobre au soir devant le European Policy Center (EPC) de Bruxelles, le président du conseil de l'UE, Donald Tusk, a estimé que les Britanniques n'avaient le choix qu'entre « un Brexit dur ou pas de Brexit du tout », ajoutant cependant que cette dernière option était peu probable pour le moment.

Vers un « hard Brexit »

Par « Brexit dur » (« hard Brexit »), on entend une sortie de l'UE du Royaume-Uni sans nouvel accord commercial. Les liens entre Londres et les 27 seraient alors régis par les règles générales de l'Organisation mondiale du Commerce. Des droits de douanes pourraient alors être à nouveau érigés. Donald Tusk estime donc qu'il ne peut y avoir d'alternative si Londres continue de refuser comme condition à l'accès au marché unique européen la libre-circulation des personnes. « Il est inutile de spéculer à propos d'un Brexit doux (soft Brexit) », a affirmé Donald Tusk. L'UE ne voudra donc pas s'engager dans une négociation où l'on pourrait accorder des concessions partielles.

Pour Donald Tusk, l'UE comme le Royaume-Uni auront tout à perdre dans ce « hard Brexit » : « la vérité brutale est que le Brexit sera une perte pour nous tous », a-t-il insisté. Cette volonté de dramatisation répond aux dernières annonces de Theresa May, la première ministre britannique, et de son ministre des Affaires étrangères Boris Johnson. La première avait posé comme priorité la maîtrise des frontières sur l'accès au marché unique. Le second s'était dit « absolument confiant » dans le fait qu'un « bon accord » pourrait être atteint.

Espoir d'une volte-face

Si les Britanniques peuvent finalement se montrer confiants compte tenu de la bonne résistance actuelle de leur économie au lendemain du vote du 23 juin, les Européens, eux, estiment sans doute que la chute de la livre sterling qui a suivi les déclarations de Theresa May leur donne une carte à jouer pour faire pression sur Londres. Du reste, Donald Tusk n'a pas caché qu'il espérait encore un retour en arrière des Britanniques et un renoncement au Brexit. « Il reviendra au Royaume-Uni d'évaluer le résultat des négociations et de déterminer si le Brexit est réellement dans leur intérêt », a-t-il résumé.

La stratégie européenne est donc simple, pour l'instant : tenir une position ferme en ne laissant aucune marge de manœuvre à un accord « négocié ». Ou le Royaume-Uni accepte les « quatre libertés » dont la liberté de circulation des personnes, ou il perd l'accès au marché unique. Avec cette position, l'UE espère encore annuler le vote du 23 juin. D'ici quelques années, un nouveau référendum pourrait avoir lieu et renverser le vote. Donald Tusk a, du reste, espéré pouvoir compter sur des « alliés » au Royaume-Uni s'il « existe une chance de renverser le processus ». En tenant bon, l'UE veut créer un front anti-Brexit capable de changer la donne. Un abandon du Brexit serait il est vrai un triomphe pour Bruxelles qui prouverait alors par l'exemple que l'euroscepticisme est une impasse.

Une position tenable pour l'UE ?

Mais cette position est-elle tenable ? Rien n'est moins sûr. Il n'existe aucune garantie que la fermeté européenne débouchera sur une acceptation de ce qui serait pour le gouvernement britannique une humiliation. Au contraire, cette situation pourrait encore alimenter le sentiment europhobe et l'idée d'un retour de Londres vers le « monde anglo-saxon ».

L'option choisie par l'UE est donc risquée. D'autant qu'il n'est pas certain que la position choisie soit approuvée par tous les pays. En Irlande, le Taoiseach (premier ministre), Enda Kenny a mis hier en avant dans une rencontre avec Michel Barnier, négociateur du Brexit pour l'UE, la « situation spéciale » de son pays. La volonté de l'Ecosse de peser sur le processus peut également diviser les pays européens compte tenu de la question catalane qui est ouverte en Espagne. Enfin, le « hard Brexit », comme l'a souligné Donald Tusk, sera aussi coûteux pour les économies européennes. Le rebond des exportations et de la production industrielle allemande en août après un mois de juillet déprimé montre précisément le poids qu'une baisse de la demande britannique peut avoir sur la croissance européenne. L'assurance de la fermeté n'est donc pas acquise, d'un côté comme de l'autre.

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Commentaires 27
à écrit le 15/10/2016 à 23:50
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Votre modérateur est pro US....des qu'une critique pointe les US, hop le commentaire est viré. C'est certainement cela que l'on appelle le pluralisme.....l'impérialisme US à l'oeuvre.

le 16/10/2016 à 16:27
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EXACT et félicitation.

le 17/10/2016 à 4:56
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Oui; et c'est très instructif, car on voit ainsi là ou ça fait mal... Oh, tout en restant correct et tout et tout, mais il y a tabou

à écrit le 15/10/2016 à 18:57
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Pour l'instant, ils parlent tous dans le vide mais ce sont les Britanniques qui restent maître du jeu et font monter la pression en Europe... Wait and see !

le 16/10/2016 à 10:42
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Perfide rosfif ,on va vous mettre le pied au c..!

à écrit le 15/10/2016 à 14:33
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En tant que Polonais pro US , il devrait démissionner et rentrer chez lui . Ils. N'ont plus rien à faire dans l'UE .Dehors Mr Tusk et allez vous occupez des chantiers navals de Gdansk !

le 16/10/2016 à 22:15
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A priori le partie de M Tusk n'est pas le partie actuellement au pouvoir en Pologne

à écrit le 15/10/2016 à 0:27
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Nous trouverons certainement un terrain d'entente avec les Anglais. On peut par contre se demander si l'Europe a intérêt à conserver la Pologne au sein de l'UE ? La réponse est probablement négative.

le 16/10/2016 à 22:18
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Au contraire!! la Pologne est tres importante pour la compétitivité de... ...l Allemagne. C'est aussi un grand pays avec une jeunesse formé et diposé a partir a l'etranger et a aooporter de la MO qualifié au pays a la natalité faible!!!

à écrit le 15/10/2016 à 0:08
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Le peuple de souche britannique a refusé la mondialisation qui génère une immigration massive incontrôlée vers l'Europe ,la vieille Europe ,ils ont surement raison ,leur classe politique les a entendus, ils ont de la chance. Nous en 2005 ,on a refu...

le 15/10/2016 à 8:52
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c'est la libre circulation et donc l immigration d Europe qui ont motivé une bonne partie du vote. D'ailleurs un des arguments (offiiciels) du camps du leave, c'est que c 'est raciste de favoriser les européens par rapport au reste du monde...vous êt...

à écrit le 14/10/2016 à 23:47
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Mais qui croie encore à Mr Tusk, après avoir déclaré que le Brexit pourrait nous mener à la fin de notre civilisation (occidentale)? Ce qui risque fort d'avoir une fin, c'est l'ultralibéralisme s'épanouissant via les institutions Européennes, à l'in...

à écrit le 14/10/2016 à 23:47
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Mais qui croie encore à Mr Tusk, après avoir déclaré que le Brexit pourrait nous mener à la fin de notre civilisation (occidentale)? Ce qui risque fort d'avoir une fin, c'est l'ultralibéralisme s'épanouissant via les institutions Européennes, à l'in...

à écrit le 14/10/2016 à 21:39
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Donald est un harder, nous étions qques-uns à l' avoir compris ..!

à écrit le 14/10/2016 à 20:50
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il est fondamental de rappeler Mr Godin, que Mr Tusk s'est exprimé pour répondre à l inénarrable Boris Johnson qui venait de dire qu il allait obtenir un meilleur deal que celui qu ils ont actuellement. En gros qu on était des paillassons. Donc j'app...

à écrit le 14/10/2016 à 19:19
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Tusk Il a pas encore été licencié celui la?

à écrit le 14/10/2016 à 18:52
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Comme dans tous les divorces, le problème, le gros problème, ce sera les sous. Attendons-nous à des procès interminables pour déterminer qui doit payer quoi, à qui, quand et pourquoi ; les avocats, fonctionnaires, experts ou arbitres, vont bien en v...

à écrit le 14/10/2016 à 17:12
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Encore du bluff et de l'agitation....du vent! Le Royaume-Uni obtiendra ce qu'il veut, l'Europe cédera sous la pression amicale des USA. Le prénom de Tusk, est Donald et c'est un polonais.......tout est dit! On a bien vu pour qui les polonais roulaien...

à écrit le 14/10/2016 à 16:47
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"Les Anglais ne perdent jamais, mais parfois on les bat". Monsieur Rives.

à écrit le 14/10/2016 à 16:17
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mais qu'ils se barrent ! Depuis leur entrée en 1973, les brits n'ont jamais joué que "leur" jeu, ont servit d'agent infiltré pour le capitalisme financier reaganien (dont on paye aujourd'hui la note), ont bloqué tant qu'ils povaient l "intégration" d...

à écrit le 14/10/2016 à 16:14
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La fermeté prévaudra dans les négociations avec la Grande-Bretagne tout simplement du fait de la structure de l'Union Européenne. L'intérêt supérieur de l'Europe voudrait qu'on trouvât un arrangement raisonnable avec les Anglais mais cela n'aura jama...

à écrit le 14/10/2016 à 15:41
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Le toujours très anti-UE M.Godin essaye de nous décrire une UE en position de faiblesse et un UK en position de force. Il nous donne même du "les Britanniques peuvent se montrer confiants, compte tenu de la bonne résistance actuelle de leur économie"...

le 14/10/2016 à 20:23
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Le même M. Godin qui voyait Tsipras et Varoufakis en position de force face aux créanciers et à W. Schaüble... et qui croyait que le référendum grec allait changer la donne au lieu d'être une pathétique perte de temps pour un pays qui n'en avait surt...

à écrit le 14/10/2016 à 15:33
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Pitoyables européens seulement capables de politiques liées au ressentiment, ils en sont encore à menacer les anglais espérant que ces derniers s’assoient sur l'avis de leur peuple pour se soumettre au dogme néolibéral de l'oligarchie européenne. Une...

à écrit le 14/10/2016 à 15:12
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Tous ces européens parlent dont le Président du Conseil mais connaît il la volonté des millions d'européens non. Les européens sont eux aussi peut-être divisés pour ma part par exemple je suis pour une sortir définitive de la GB sans aucune concessio...

à écrit le 14/10/2016 à 15:03
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Sur le plan formel, une nouvelle majorité politique anti-brexit, pourrait effectivement décider de ne pas mettre en oeuvre le référendum ou même le referendum pourrait être "annulé" par un contre-référendum. Il n'en reste pas moins que les dégâts ...

à écrit le 14/10/2016 à 14:47
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La résistance intérieure en Europe aidera l'Angleterre a gagner cette guerre!

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