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ÉconomieUnion européenne

"Londres n’implique pas l’Écosse dans les discussions sur le Brexit"

Photo de Les correspondants de La Tribune

Daniela Vincenti, EurActiv

Publié le 14 octobre 2016 à 11:09 - Mis à jour le 14 octobre 2016 à 11:24

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La décision du Royaume-Uni d’invoquer l’article 50 d’ici mars 2017 a entraîné le pays dans le chaos, a déclaré la ministre des Affaires étrangères écossaise Fiona Hyslop, affirmant que le Royaume-Uni avait aujourd’hui besoin d’une nouvelle identité. Un article publié par notre partenaire Euractiv.

Fiona Hyslop est la ministre écossaise de la Culture, du Tourisme et des Affaires étrangères. Elle a accordé une interview à EurActiv en marge de la conférence annuelle des Amis de l'Europe, quelques heures avant que Nicola Sturgeon, chef de file du SNP, annonce lors de la conférence du parti à Glasgow qu'un nouveau projet de référendum sur l'indépendance serait publié la semaine prochaine.

EURACTIV - Le fait que Theresa May a déclaré que le Royaume-Uni invoquerait l'article 50 d'ici à mars 2017 a-t-il créé plus de chaos ou de certitude ?

FIONA HYSLOP - Je pense que la situation est chaotique puisque la seule chose que nous savons jusqu'à présent est la date d'invocation de l'article 50.

Ils font cela sans plan clair de ce qu'ils [le gouvernement conservateur] veulent accomplir. À ce jour, le gouvernement n'a pas impliqué l'Écosse et les autres nations du Royaume-Uni, alors que Theresa May avait promis de pleinement nous intégrer.

Je pense qu'il y a encore beaucoup de travail en termes de réflexion et d'évolution. Or pour l'instant, la seule chose qu'a faite le gouvernement est de fermer une porte. Je suis convaincue que nous avons besoin de suffisamment de temps de préparation avant de déclencher l'article 50, et ce, afin de s'assurer que nous obtenons les meilleures conditions possible.

     > Lire : Les Écossais pourraient être rappelés aux urnes

Quelles seraient les meilleures conditions ?

Nous pensons qu'il existe trois voies à explorer : d'abord, nous devons convaincre le Royaume-Uni de se mettre dans la meilleure position possible ; et, évidemment, cela veut dire de rester [dans l'UE], mais si cela n'arrive pas, alors la seconde meilleure option et de conclure le meilleur des accords pour le Royaume-Uni dans son ensemble.

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Si cela n'est pas possible, alors il faudra définir des positions différenciées pour les différentes parties du Royaume-Uni. Le marché unique et la liberté de circulation signifient beaucoup pour nous, donc l'option des positions différenciées est réelle.

Si cela n'est pas possible non plus, nous serons prêts à présenter un autre projet d'indépendance pour l'Écosse.

Justement, sur ce point, l'Écosse est-elle à nouveau sur le chemin de l'indépendance maintenant que le Royaume-Uni se dirige vers un Brexit radical ?

De nombreuses personnes, pas seulement du gouvernement SNP, ont demandé au Royaume-Uni quel type de pays il voulait être. La rhétorique des conservateurs lors de la conférence du parti était en réalité assez préoccupante.

La liberté de circulation est très importante pour nous et nous lutterons contre la xénophobie même si elle vient du gouvernement britannique.

Notre première difficulté est d'essayer de convaincre le Royaume-Uni de se placer dans la situation la moins désastreuse. Si ce n'est pas possible, alors nous envisagerons la position différenciée de l'Écosse.

La voie vers l'indépendance n'est pas notre premier choix à ce sujet. Mais s'ils nous proposent quelque chose qui va totalement à l'encontre des intérêts de l'Écosse, alors ils nous mettront eux-mêmes dans une position où la seule option envisageable est un référendum sur l'indépendance. Ils jouent à un jeu dangereux.

Donc s'ils choisissent d'opter pour un Brexit radical...

Un Brexit radical augmente le risque de changement de la Constitution britannique. Et donc de voir l'Écosse se diriger vers un autre référendum...

Ce n'est pas du tout certain, mais c'est une option. Nous ferons en sorte que le Royaume-Uni soit conscient des risques. Il y a beaucoup d'efforts de communication à faire et nous avons nommé un ministre pour négocier avec le Royaume-Uni sur cette question. C'est un rôle très important, car nous sommes conscients que nous devons influencer le gouvernement.

Il faut aussi penser à des éléments pratiques de l'Écosse, comme nos services financiers ou notre système judiciaire. Je pense que le Royaume-Uni est le seul État membre ayant deux systèmes judiciaires.

Pendant des années et des années, nous avons transposé les lois et nous sommes citoyens de l'Europe depuis 40 ans. Nous [le gouvernement écossais] avons le contrôle sur l'agriculture, la pêche et l'environnement. Ce sont des politiques qui sont gérées en Écosse et non pas à Westminster.

Il faut savoir naviguer entre tout cela, et c'est complexe. Et puis, nous ne sommes pas les seuls concernés, le processus de paix en Irlande est aussi problématique et une solution devra être trouvée pour ne pas revenir à une frontière contrôlée. Il doit y avoir différentes positions prises en compte pour les différentes parties du Royaume-Uni.

     >Lire : Londres veut maintenir la libre-circulation avec l'Irlande

Donc quel genre d'accord envisagez-vous pour l'avenir ? Pas de Brexit radical, pas de frontière radicale. Avez-vous déjà une idée du genre d'accord que vous aimeriez conclure ?

C'est une situation sans précédent. Personne n'a essayé de quitter l'UE avant cela, nous sommes en territoire inconnu. L'UE peut tout à fait faire preuve de souplesse et de créativité, c'est déjà arrivé.

En Belgique par exemple, il y a un accord différencié, ce qui montre que c'est possible. Nous pensons que cela pourrait être une solution pour nous aussi.

Nous ne voulions pas quitter l'UE, l'Écosse a voté contre, mais nous avons déjà fait preuve de leadership. Notre Première ministre a bien fait comprendre que nous soutenions les citoyens européens, que nous les accueillions, car ils apportent une grande contribution.

Une autre partie du plan a été d'établir un conseil permanent d'experts, constitué d'anciens ambassadeurs britanniques, de diplomates, d'universitaires et de scientifiques. Ils nous aident à mettre sur la table les différentes options qui s'offrent à nous.

Dans votre première question, vous me demandiez si nous étions dans une situation chaotique. C'est plus ou moins le chaos. La politique actuelle n'est pas rationnelle, et ne s'appuie pas sur des faits.

Je pense qu'il y a beaucoup trop d'irrationalité et d'optimisme pour un monde imaginaire, notamment chez les ministres actuellement en poste. Trois des principaux ministres de ce gouvernement ont voté contre l'UE. Mais d'autres ont voté pour rester dans l'UE, puis sont devenus de fervents Brexiteers et ont adopté une ligne encore plus radicale après le référendum.

Le dialogue qui a émergé après le vote est très inquiétant. Nous devons revenir à une politique rationnelle, qui serait dans le plus grand intérêt du Royaume-Uni. Nous pensons que la raison doit revenir dans ce débat.

Cette irrationalité est très révélatrice des changements rapides qui ont lieu dans le monde. Le Royaume-Uni ne semble pas capable de faire face au changement. Pensez-vous que la feuille de route qu'ils proposeront sera adaptée à un accord correct ?

Je ne sais pas. Nous sommes au gouvernement depuis dix ans. Les gens à travers le Royaume-Uni, pas seulement en Écosse, ont réagi positivement au rôle que nous avons pris dans ce débat européen. Je ne suis pas responsable du gouvernement britannique. Nous pouvons essayer de l'influencer, mais c'est tout.

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Ils doivent essayer de trouver leur juste équilibre. C'est peut-être un syndrome post-Empire : le Royaume-Uni a perdu un empire et n'a pas encore réussi à se définir depuis. Il n'a pas réussi à savoir qui il était durant toutes ces années. Pourtant, il doit trouver une nouvelle identité.

___

Par Daniela Vincenti, EurActiv.com (traduit par Marion Candau)

(Article publié le vendredi 14 octobre 2016, à 9:17)

_____
>> Retrouvez toutes les actualités et débats qui animent l'Union Européenne sur Euractiv.fr

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Euractiv (Crédits : Photo DR)

Daniela Vincenti, EurActiv

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