Elections au Royaume-Uni : parfum d'années 1980 pour le Labour, UKIP rayé de la carte

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Le parti de Jeremy Corbyn (de dos) a perdu près de 140 sièges lors des élections locales, jeudi. Un nombre qui pourrait encore évoluer, alors que les dépouillements sont encore en cours.
Le parti de Jeremy Corbyn (de dos) a perdu près de 140 sièges lors des élections locales, jeudi. Un nombre qui pourrait encore évoluer, alors que les dépouillements sont encore en cours. (Crédits : REUTERS/Darren Staples)
Tenues jeudi en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse, les élections locales ont donné un avant-goût des élections générales, prévues le 8 juin prochain. Comme prévu, les travaillistes ont cédé du terrain au profit des conservateurs. UKIP, le parti eurosceptique, a lui perdu tous ses sièges aux "county councils", l'équivalent des conseils régionaux français.

Le Royaume-Uni est-il (re)parti, 27 ans après la fin du règne de Margaret Thatcher, pour une longue période de domination sans partage des Tories ? Intercalées entre l'annonce de nouvelles élections générales, le 19 avril, et le scrutin, prévu dans 33 jours, les élections locales de ce jeudi 4 mai ont donné plusieurs éléments de réponse. Sur la dynamique des conservateurs, d'abord. L'état d'éparpillement de l'électorat du Labour, ensuite. Et par-dessus tout, sur l'explosion en plein vol du UK Independence Party (UKIP), moins d'un an après le vote des britanniques en faveur du Brexit.

     | Lire Avant les législatives de juin, une vague bleue aux élections locales ?

En début d'après-midi, vendredi, alors que le dépouillement était encore en cours dans de nombreux comtés à travers le pays, les résultats partiels donnaient un clair aperçu de la tendance générale. Par rapport au précédent renouvellement des county councils (l'équivalent des conseils régionaux français), en 2013, les Tories gagnaient 268 sièges, les travaillistes en cédaient 139 tandis que UKIP était purement et simplement rayé de la carte, abandonnant les 41 sièges qu'il occupait et n'en gagnant qu'un seul. De leur côté, les Verts réalisaient un score encourageant (+3 sièges), notamment dans les circonscriptions visées le 8 juin.

Retour vers les années 1980 pour le Labour

Pour le Labour, qui espérait limiter la casse avant les élections générales, la chute est douloureuse. En dépit de bons résultats à Cardiff, Newport et Swansea, au Pays de Galles, où le parti conserve la majorité des sièges, d'autres councils de la région étaient raflés par des indépendants, dont le fief du Premier ministre travailliste gallois, Carwyn Jones. En Angleterre aussi, le parti souffrait. Dans le Cumbria (Nord-ouest) et le Northumberland (Nord-est), notamment, où les travaillistes laissaient leur place de parti majoritaire aux conservateurs. Plus difficile encore à encaisser, la perte de Glasgow, en Ecosse, pour la première fois depuis 40 ans. Une victoire pour le SNP (Scottish National Party), qui s'inscrit dans la continuité du vote pro-indépendance lors du référendum de septembre 2014.

En milieu d'après-midi, les conservateurs avaient remporté 38% des voix, les travaillistes 27%, les Lib Dems 8% et UKIP 5%, selon une projection nationale.

Concrètement, les travaillistes se dirigent vers la pire performance pour un parti d'opposition dans ce type d'élection depuis 1985, en plein cœur de l'ère de la Dame de fer. En février déjà, les travaillistes avaient perdu l'élection partielle dans la circonscription de Copeland (Nord-ouest), une première, encore, pour un parti d'opposition depuis... 1982. Les similitudes avec l'époque thatchérienne ne s'arrêtent pas là : au début des années 1980, le Labour était également emmené par un membre très contesté de l'aile gauche du parti, Michael Foot (1980-1983). "Le leadership de Jeremy [Corbyn] revient très souvent lorsque l'on rencontre les électeurs", regrette le député Stephen Kinnock, pour qui Corbyn est en grande partie responsable de résultats qu'il qualifie de "désastreux".

Les conservateurs profitent de l'effondrement de UKIP

En parallèle, les conservateurs grignotaient des sièges jusque dans des terres historiquement acquises aux travaillistes, notamment l'Ecosse, où le parti avait quasiment disparu du paysage politique au début des années 2010. Fait notable et principal enseignement pour le parti de Theresa May, le transfert des voix s'est avant tout produit entre UKIP et les conservateurs et non entre les deux partis principaux, comme lors des élections précédentes : en Angleterre, UKIP a perdu 15% des voix par rapport à 2013, quasiment toutes reportées sur les conservateurs (+13 points). Le résultat de la position ferme de Theresa May sur le Brexit, rendant caduque la raison d'être d'un parti ne vivant quasiment que pour la sortie de l'UE et une politique migratoire plus stricte. UKIP, dont la gestion est catastrophique depuis le départ du charismatique Nigel Farage, a déçu à Hartlepool, ville ciblée pour les législatives, et pourrait voir son pourcentage de voix final s'écrouler à 3% (contre 22% en 2013).

Rien ne dit que les écarts seront similaires le 8 juin. Mais comme le prédisaient les sondeurs, la dynamique est bel et bien du côté des conservateurs. Les électeurs du Labour, partis chez UKIP voilà quelques années, ne rentreront très probablement pas au bercail et voteront pour les candidats représentants le "hard Brexit", à savoir les Tories. Raison de plus pour Theresa May d'espérer une majorité écrasante (et pour Jeremy Corbyn de s'inquiéter) : dans les années 1980, les conservateurs ont toujours amplifié leurs victoires aux scrutins locaux lors des élections générales suivantes.

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Commentaires
a écrit le 06/05/2017 à 12:56 :
pour ukip, faut pas oublier que farage a admis post vote avoir 'menti de bonne foi' ( si vous voyez a quel politicien francais ca fait allusion....) sur la bbc....
a écrit le 06/05/2017 à 10:18 :
May a bien raison de profiter du calme avant la tempête du Brexit pour tenter, avec des législatives anticipées , de renforcer la domination de son parti :
-UKIP discrédité pour son incapacité à prendre ses responsabilités et les mensonges de ses leaders lors de la campagne référendaire
-le Labour plombé par la ligne politique et le dirigeant qu'il s'est choisi (comme le PS en France avec le choix de Hamon pour le représenter à la présidentielle). S'il veut rebondir, il y a urgence à virer Corbyn et à chercher un nouveau Blair
Pour elle la seule ombre au tableau est la progression du SNP qui renforce la probabilité, à plus ou moins long terme, du Scottexit.
a écrit le 05/05/2017 à 19:08 :
Bonne analyse, merci.

Et voilà tandis que si les anglais n'étaient pas sortis de l'UE l'ukip aurait encore augmenté ses scores. Le crépuscule de la pensée binaire.

ET c'est ce qui a plombé le labour majoritairement pour le remain.

Par ailleurs Theresa May a bien pris le problème à bras le corps et a été ferme sur la volonté de sortir de l'ue et de respecter le choix des anglais du coup les gens la soutiennent.
Réponse de le 09/05/2017 à 14:08 :
Pour l'instant les gens la soutiennent... le temps que le brexit produise ses effets économiques, qu'il faille lever un impôt exceptionnel dans le Royaume-Uni pour financer le brexit, que les entreprises internationales déplacent leurs implantations vers l'UE,...
a écrit le 05/05/2017 à 17:38 :
les food stampers vont apprécier la nouvelle !!!!!!!

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