En Europe, la spirale du chômage s'accentue

Le chômage a progressé en août dans la zone euro, pour le cinquième mois consécutif dans le contexte de crise sanitaire, touchant 8,1% de la population active contre 7,6% en mai dernier, a annoncé jeudi l'Office européen des statistiques.
Grégoire Normand
Le chômage a progressé en août dans la zone euro, pour le cinquième mois consécutif dans le contexte de crise sanitaire, touchant 8,1% de la population active, a annoncé jeudi l'Office européen des statistiques.
Le chômage a progressé en août dans la zone euro, pour le cinquième mois consécutif dans le contexte de crise sanitaire, touchant 8,1% de la population active, a annoncé jeudi l'Office européen des statistiques. (Crédits : Reuters)

Les conséquences de la pandémie sur le marché du travail ne cessent de s'amplifier. Selon les dernières données de l'institut Eurostat rendues publiques ce jeudi premier octobre, le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) a grimpé  de 0,1 point entre août et septembre, passant de 8% à 8,1% de la population active. A l'échelle de l'Union européenne, l'augmentation est relativement comparable avec un taux passant de 7,3% à 7,4%. Si ces hausses sont relativement modestes, la liste des chômeurs ne cesse d'augmenter depuis cinq mois. En un an, plus de 1 million de chômeurs supplémentaires ont été recensés par les services statistiques européens.

La multiplication des foyers de contamination en zone euro ne risque pas d'arranger la situation sur le marché du travail dans les semaines à venir. Dans une note sur les perspectives du quatrième trimestre pour la zone économique à 19, l'économiste de BNP-Paribas Louis Boisset explique que le rattrapage ne devrait pas se faire avant plusieurs trimestres.

"La reprise économique s'essouffle en zone euro. Après une chute historique de l'activité au T2 2020 et un rebond mécanique au T3, la croissance économique devrait nettement baisser les prochains trimestres [...] Sur l'ensemble de l'année 2020, la croissance économique devrait s'établir à -8,0% (en moyenne annuelle) avant de se redresser à +5,2% en 2021."

La montée préoccupante du chômage dans les pays du Sud

La pandémie risque d'accroître les clivages au sein de l'Union monétaire. Alors que quelques pays commençaient à peine à se remettre de la crise de 2008 et de la crise des dettes souveraines du début des années 2010, cette catastrophe sanitaire pourrait plonger la partie Sud de la zone euro dans une spirale récessive. En effet, les derniers chiffres de l'organisation de statistiques européenne indiquent une flambée du chômage en Espagne (16,2% en août contre 15,4% en mai), en Grèce (18,3% en juin/dernière donnée disponible contre 17,3% en mai), en Italie (9,7% en août contre 8,7% en mai) ou au Portugal (8,1% en août contre 5,9% en mai). Cette soudaine et violente flambée du chômage risquent encore plus de fragiliser ces pays parfois minés par des situations politiques et économiques extrêmement instables comme l'Italie.

En France, les restructurations bondissent

Les défaillances et restructurations risquent de se multiplier cet automne. Selon les dernières données communiquées par la direction statistique du ministère du Travail (Dares) ce jeudi premier octobre, les plans de sauvegarde de l'emploi augmentent régulièrement depuis le début du mois de septembre avec plus de 35 plans de sauvegarde de l'emploi recensés lors de la semaine du 21 septembre contre 30 lors de la semaine du 7 septembre. Le nombre de ruptures de contrats de travail envisagées dans le cadre de ces PSE bondit également de semaine en semaine. Après les fermetures de sites annoncés par les grands groupes durant le printemps et l'été, de nombreuses PME risquent de mettre la clé sous la porte si la conjoncture se détériore et le plan de relance annoncé par le gouvernement français le 3 septembre ne vient pas prendre le relais des premières mesures de soutien.

Les jeunes en première ligne

L'autre signal très inquiétant est la montée importante du chômage chez les jeunes depuis le début de la propagation du virus en Europe. En effet, le chômage des jeunes selon les données corrigées des variations saisonnières est passée de 17% à 18,1% entre mai et août 2020. La situation est particulièrement alarmante en Espagne (43,9%) en Italie (32,1%), au Portugal (26,3%) ou en France (19,8%). "En août 2020, 3,032 millions de jeunes (de moins de 25 ans) étaient au chômage dans l'UE, dont 2,460 millions dans la zone euro [...] Par rapport à juillet 2020, le nombre de chômeurs de moins de 25 ans a augmenté de 64.000 dans l'UE et de 69.000 dans la zone euro" expliquent les statisticiens.

Lire aussi : La relance est-elle à la hauteur du chômage de masse des jeunes ?

Une photographie partielle de la dégradation du marché du travail

Les derniers chiffres de l'agence européenne de statistiques ne montrent qu'une partie des dégâts de la pandémie sur le marché du travail. Cette photographie incomplète s'explique par le fait que les chiffres d'Eurostat ne prennent pas complètement en compte tous les demandeurs d'emploi. Le critère utilisé par Eurostat pour définir le chômage est celui du Bureau international du travail. Est désigné comme chômeur les personnes qui sont sans emploi, ont activement cherché du travail au cours du dernier mois et doivent être disponible pour travailler dans les deux prochaines semaines.

En parallèle, beaucoup de personnes se sont retrouvées indisponibles au moment des mesures de confinement. En effet, la fermeture des écoles et des crèches a obligé beaucoup de parents à s'occuper de leurs enfants pendant plusieurs semaines. En outre, la montée en puissance des mesures de chômage partiel a permis de limiter la casse dans un premier temps et maintenir l'illusion d'un taux de chômage relativement faible. Avec le retour des enfants à l'école et dans les crèches, la diminution du chômage partiel, et ceux qui passent entre les mailles des filets de sécurité, les chiffres à venir pourraient être encore plus alarmistes.

> Lire aussi : Le spectre du chômage de masse hante les Etats

Grégoire Normand

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Commentaires 3
à écrit le 02/10/2020 à 12:59
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pourquoi, il fallait en douter? Dans la mesure ou "l'Europe" n'a aucun sens, paradigme, et ne sert qu'a financer les banques et organismes financiers, multinationales, disons qu'a la fin hormis faire revenir l'extrême droite, je ne vois pas a quoi se...

à écrit le 02/10/2020 à 8:57
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Et au fait, il a été voté le plan de 750 milliards annoncé au mois de mars ?

à écrit le 01/10/2020 à 21:41
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En Europe, tout est fait pour favoriser le chômage, il est donc normal qu'il se développe.

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