En Europe, le chômage se stabilise, la croissance cale

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L'industrie automobile a particulièrement été touchée en Allemagne ces derniers mois.
L'industrie automobile a particulièrement été touchée en Allemagne ces derniers mois. (Crédits : Ralph Orlowski)
La croissance dans la zone euro est restée stable au troisième trimestre, mais à un niveau faible de 0,2%, selon une première estimation, ce jeudi, de l'Office européen de statistiques Eurostat, signe d'une stagnation de l'activité en Europe.

Le marché du travail européen résiste en Europe. Selon les derniers chiffres communiqués par les services de statistiques de la Commission européenne ce jeudi 31 octobre, le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) s'est établi à 6,3% en septembre dernier à l'échelle de l'Union européenne. C'est un niveau similaire à celui du mois d'août et en diminution par rapport aux résultats de septembre 2018. Malgré le ralentissement des grandes économies dans la zone euro et la dégradation de la conjoncture mondiale, ce ratio est au plus bas sur le Vieux continent depuis l'an 2000 et les premières séries statistiques mensuelles enregistrées par l'administration bruxelloise pour l'Union européenne à 28 pays.

Ces résultats peuvent être cependant jugés décevants. Le chômage stagne après avoir connu une baisse marquée depuis 2016. Ce changement de rythme illustre toutes les difficultés économiques traversées par les grandes puissances européennes. Si tous les pays ne sont pas touchés de la même façon, "les perspectives de croissance ont peu de chance de se redresser", explique le chef économiste chez Oddo, Bruno Cavalier, dans une récente note sur l'économie européenne.

"Une possible contagion de l'industrie vers le reste de l'économie pourrait survenir si l'emploi venait à flancher, mais ce risque reste à ce jour modéré. Par ailleurs, il n'y a pas de signes de resserrement des conditions de crédit".

En outre, l'inflation reste à des niveaux très bas. L'indice rapporté par les statisticiens européens a ralenti en octobre à 0,7%, bien en deçà de l'objectif de la Banque centrale européenne (BCE), qui vise un niveau "proche de mais inférieur à 2%".

Une baisse importante sur un an

Sur un mois, le nombre de chômeurs a augmenté de 48.000 en août. Il concerne 15,6 millions de personnes dans les 28 pays et 33.000 dans la zone euro. En glissement annuel, la baisse est significative avec 889.000 personnes en moins dans l'UE à 28 et 738.000 en moins dans la zone monétaire. En zone euro, le taux de chômage s'établit à 6,3% en septembre, soit son niveau le plus faible recensé depuis juillet 2008 avant la Grande récession.

Des disparités criantes

En dépit de ces chiffres favorables, les disparités demeurent très marquées au sein du continent. En septembre dernier, les taux les plus bas concernent la République tchèque (2,1%), l'Allemagne (3,1%) et la Pologne (3,3%). À l'opposé, la Grèce (16,9%), l'Espagne (14,2%) et l'Italie (9,9%) sont les pays les plus frappés par ce phénomène. La France arrive quant à elle en quatrième position avec un taux de chômage au sens du bureau international à 8,4%. Ces résultats illustrent la persistance des effets de la crise de 2008 et la crise des dettes souveraines en zone euro avec un véritable contraste entre le Nord et le Sud de l'Europe.

Le chômage des jeunes repart à la hausse

Sur le front du chômage des jeunes, les chiffres sont moins positifs. Après avoir connu une baisse régulière depuis 2016, le taux a tendance à stagner ces derniers mois pour s'approcher des 16% en zone euro et 14,5% dans l'Union européenne. Là encore, les pays du Sud de l'Europe sont particulièrement concernés par ce fléau. En Espagne, le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 32,8% contre 28,7% en Italie et 19,4% en Espagne. À l'inverse, la République tchèque (4,4%), l'Allemagne (5,9%) et les Pays-Bas (7,2%) sont bien plus épargnés.

Lire aussi : Pour les jeunes, l'accès à l'emploi reste un calvaire

Une croissance au ralenti en zone euro

Depuis plusieurs mois, les indicateurs conjoncturels s'assombrissent en Europe. Au troisième trimestre 2019, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de seulement 0,2% en zone euro et dans l'Union européenne à 28. C'est un rythme bien inférieur enregistré au cours du premier trimestre (0,4%). Dans l'union monétaire, ce rythme identique au second trimestre confirme clairement le net coup de frein de l'activité. En effet, la progression trimestrielle n'avait jamais été aussi basse depuis le second trimestre 2014 selon les données d'Eurostat dans la zone monétaire à 19.

La France résiste

Dans le détail, la progression du PIB français au troisième trimestre atteint 0,3% à un rythme similaire à celui des deux trimestres précédents. Si les mesures socio-fiscales décidées à la suite de la crise des "gilets jaunes" ont gonflé le porte-monnaie des Français, leurs effets ont été relativement modestes au cours du premier semestre. Les Français ont pour l'instant privilégié l'épargne de précaution au détriment de la consommation. La consommation pourrait néanmoins repartir à la fin de l'année après des mois d'attentisme. Malgré cette résistance, le climat social est loin d'être apaisé. L'entrée en vigueur de la première salve de mesures de l'assurance-chômage ce premier novembre et la multiplication des appels à la grève contre les retraites le 5 décembre prochain pourraient contribuer à réduire la confiance dans les milieux économiques.

Des signes de faiblesse en Espagne

En Espagne, les données pour le T3 ne sont pas encore sorties mais les 0,4% du second trimestre peuvent être décevants au regard des performances trimestrielles enregistrées depuis plusieurs trimestres.

"Depuis quelques mois, l'économie espagnole montre quelques signes de faiblesse, le plus net touchant le rythme des créations d'emploi. Le climat des affaires s'est aussi affaibli, et bien entendu, comme dans le reste de la zone euro, c'est l'industrie qui tire le sentiment vers le bas. La demande extérieure joue négativement mais il est probable aussi que la situation politique contribue à créer de l'incertitude", explique Bruno Cavalier.

L'Allemagne au point mort

En Allemagne, la morosité est toujours d'actualité. Si les chiffres du T3 ne sont pas encore sortis, ceux du second trimestre ne sont guère réjouissants avec une croissance en territoire négatif (-0,1%). Un autre trimestre en recul entraînerait la première économie de la zone euro en récession technique. Sur l'Allemagne, l'économiste Bruno Cavalier se montre malgré tout relativement optimiste.

"Après un effondrement presque aussi marqué que durant la Grande récession, la production automobile donne désormais des signes de stabilisation à un bas niveau. Cela suggère que la correction de l'activité industrielle a passé sa phase la plus aiguë".

L'industrie italienne toujours en souffrance

Avec l'Allemagne, l'Italie est la seconde économie frappée par un sérieux coup de frein de l'activité. La progression trimestrielle du produit intérieur brut cale à 0,1% depuis le début de l'année. Le poids important de l'industrie dans le modèle économique italien et sa forte exposition à la demande mondiale peuvent expliquer en partie ces difficultés.

L'économie italienne est affectée par le ralentissement en Europe, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, mais aussi par la prudence des entreprises italiennes qui investissent moins, inquiètes à la fois de l'évolution mondiale et de l'instabilité politique qui a touché le pays pendant un an et demi.

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Commentaires
a écrit le 07/11/2019 à 4:12 :
La pologne avait un taux de chomage a 20% en 1994. Ils n'ont pas augmenté le SMIC ou implementer le RIC pour baisser le chomage. Ils sont baissés le taux d'imposition des entreprises.
a écrit le 04/11/2019 à 11:59 :
la République tchèque (2,1%), l'Allemagne (3,1%) et la Pologne (3,3%). À l'opposé, la Grèce (16,9%), l'Espagne (14,2%) et l'Italie (9,9%)

Bon les chiffres disent aussi ce qu'a été la politique économique européenne.

Le dumping social a fait les choses, mais a présent!?

L’Europe est un mythe, dont les anglais ne semblent plus penser qu'il s'agit d'autre chose que conglomérat dans lequel les règles du commerce ont été mis en plus pour le moins disant sociale et économique permettant aux entreprises de l'ouest de racheter celles de l'est, et a juste titre puisque les chiffres du chômage indique la logique politique qui s'est faite.
a écrit le 03/11/2019 à 11:05 :
Sur la période de réchauffement climatique 1990-2220 la population mondiale est passée de 5 milliards un quart à sept milliards et demi. Ce n'est pas le moment de baisser les bras, car l'IA ne les remplacera pas. Investir massivement dans l'activité non productive dite verte n'est qu'une voie vers la pauvreté du plus grand nombre.
a écrit le 03/11/2019 à 10:31 :
L’Union européenne, en fait principalement sa grosse partie, la zone euro, a été involontairement conçue d’un point de vue juridique pour favoriser une croissance de long terme structurellement faible. Selon des données de la Banque mondiale de 2010 à 2017, Le PIB mondial est passé de 65,96 millions USD à 80,73 milliards USD, soit une hausse de 22,39% , parmi les pays inclus dans celui-ci, le PIB américain est passé de 14,96 milliards de dollars US à 19,39 milliards de dollars US, soit une hausse de 29,61%, Le PIB de l’UE n’a augmenté que de 16,98 milliards à 17,28 milliards de dollars, soit seulement une hausse de 1,76%. Si l’Euro s’est déprécié par rapport au dollar durant cette période c’est en raison principalement de cette croissance faible imposant des taux négatifs pour la zone euro, etc.

Tout le monde, y compris la nouvelle Présidente de la BCE, espère que l’Allemagne notamment va se lancer dans une politique de relance significative mais le cadre institutionnel de la zone euro est conçu pour favoriser le dumping social ou fiscal. L’Allemagne le sait très bien, elle a fait une dévaluation interne qui lui a parfaitement réussit au début de la zone euro pendant que nous on faisait une politique de la demande creusant le déficit commercial et accélérant la désindustrialisation dans un contexte où on s’était volontairement privé de déprécier la monnaie au plan national comme les autres pays de la zone euro. Donc l’Allemagne va y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans un plan de relance massif en Interne, en tout cas elle aura le souci ne de pas dégrader sa compétitivité coût et de respecter le cadre budgétaire de la zone euro formalisé par des traités. A l’inverse la Chine et les USA eux peuvent se permettent de faire des plans de relance massifs et ne se privent pas de le faire.

Les dirigeants de l’UE et plus particulièrement de sa partie prépondérante : la zone euro ont un gros problème de croissance bancale. Malheureusement ce n’est pas susceptible de changer fondamentalement car lorsque c’est toute la construction de l'union monétaire qui est viciée à la base, c’est difficile d’y remédier. Évidemment je souhaite me tromper mais ça ne devrait pas être le cas malheureusement.
a écrit le 03/11/2019 à 9:36 :
Et le "en même temps", il fait la misère aux chômeurs !!
a écrit le 01/11/2019 à 14:31 :
Merci aux pays de l'Europe pour cette intelligence économique et de réduction du taux de chômage jusqu'à 6, 3% malgré celui des jeunes reste au-delà de 10%.
Le chômage touche aujourd'hui la majorité des populations des pays en développement. Mon pays la Guinée enregistre aux environs de 56% du taux de chômage et 80% du taux de chômage des jeunes et des femmes.
La création des emplois est une questions qui reste aujourd'hui sans solution. Sans commentaire, le chômage égal à la pauvreté. La pauvreté est une prison , une vie de peines.
S'il vous plaît, nous avons besoin de votre aider immatérielle nous permettant de réduire le chômage dans nos pays et surtout en République de Guinée.
Merci.
a écrit le 01/11/2019 à 11:04 :
Croissance en berne et forcément chômage en hausse, Macron va ramer en 2020 .
a écrit le 01/11/2019 à 11:01 :
Des millions de crèves la faim ont pu trouver un emploi grâce au dumping social européen à 300 euros par mois et cette baisse massive des salaires ne permet pas de croissance, étonnant non ?

Penser avec les pieds, la devise de l'oligarchie européenne.
Réponse de le 01/11/2019 à 14:07 :
Peut-être aussi que nous avons atteint un état de développement qui ne justifie plus une augmentation continue de la croissance. Après tout, si l'on détruit la planète avec notre mode de consommation actuel, cela veut peut être dire qu'il faut désormais arrêter de croître, voire décroître comme le veulent les plus écolos, et donc accepter de voire notre niveau de vie diminuer progressivement. Cette nouvelle de croissance en berne devrait donc nous réjouir si l'on en croit la tendance écologiste de plus en plus forte.
Réponse de le 02/11/2019 à 9:27 :
@ multispeudos: "Peut-être aussi que nous avons atteint un état de développement qui ne justifie plus une augmentation continue de la croissance"

Donc tu penses à un complot carrément ? Ou bien pire à une prise de conscience de nos mégas riches qui investissent sur le dumping fiscal et mondial à fond ?

Tu me fatigues.

Signalé
a écrit le 01/11/2019 à 10:55 :
Oui il faut réduire le taux de chômage doit être réduit en europe à 4,0%, chiffre du pleine emploi. Oui les pays européens peuvent encore faire pour la lutte conte les inégalités et contre le chômage. La croissance doit reprendre en europe et non plus stagner. C'est un devoir commun il faut continuer a se battre contre le problème du chômage qui n'est pas inéluctable comme le disait mitterand. La france comme l,allemagne peut créer beaucoup d'emplois pour l'avenir. 6,3% c'est encore trop ! Mais il faut que la croissance soit là aussi pour tous. Les règles d'indemnisation change en france et se durcissent . Le concept du travailler plus pour gagner plus. Oui c'est un impératif, une obligation légale de faire encore plus pour l'emploi durable. Oui a l'emploi durable qui rémunére qui permet de mieux cotiser pour sa propre retraite et qui assure l'avenir!
a écrit le 01/11/2019 à 4:10 :
Quelle propagande primaire. 15,6 millions de chomeurs pour l'Europe ! On se fiche de qui ? Rien qu'en France plus de 10 millions reels, alors le solde serait de 5,6 ?
a écrit le 31/10/2019 à 19:26 :
L' UE est une machine à se tirer une balle dans le pied qui se concurrence entre états membres et ne produit RIEN puisque la croissance est négative depuis dix ans ..
"Croissance depuis 2009 : Chine +139%, Inde +96%, Etats-Unis +34%, Europe -2% !" Source La Tribune du 4 03 2019..
L' Ue a tout juste permis à la seule Allemagne bénéficiant seule de l' euro fort de détruire les économies du Sud dont la France avec des effets aujurd' hui quasi irréversibles sauf à Frexiter d' urgence, voir donc l' excellent article du Figaro sur les différentiels de compétitivité intra Ue..
"L'euro est trop fort de 6,8% pour la France et trop faible de 18% pour l'Allemagne selon le FMI"

L’UPR rappelle également ce jour que l’oligarchie européiste a décidé de faire entrer dans l’Union européenne 6 nouveaux États dont 4 sont déjà officiellement « candidats à l’adhésion » (Serbie, Monténégro, Macédoine du Nord, Albanie) et 2 sont classés parmi les « candidats potentiels » (Bosnie-Herzégovine et Kosovo).

La « mise à niveau » de ces États, dont nombre sont gangrénés par des mafias, représente une charge financière potentiellement considérable pour les États contributeurs nets.

L’Allemagne a déjà pris les devants en se portant à la tête d’un groupe de cinq États – surnommé à Bruxelles les « frugal five » : Allemagne, Autriche, Suède, Danemark et Pays-Bas – qui refusent que la Commission européenne leur fasse les poches en toute liberté pour financer le prochain budget pluriannuel européen 2021-2027.

Les « frugal five », âpres à défendre leurs intérêts nationaux et leurs deniers publics, se distinguent ainsi des autres États contributeurs nets qui, comme la France, font figures de vaches à lait ponctionnables à merci, et de proies faciles pour les fonctionnaires bruxellois.

D’après le journal Les Echos, la contribution de la France pourrait passer de 7,5 milliards en 2020 à plus de 10 milliards par an en 2027, sans que ces chiffres – qui apparaissent comme un minimum – n’aient été justifiés ou même simplement confirmés par le gouvernement.
Heureux anglais..
CQFD-
a écrit le 31/10/2019 à 18:58 :
C'est tout à fait normal. Le monde est arrivé à maturité. La période de croissance que nous avons connue durant l'ère industrielle était une exception qui se termine maintenant.

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