Espagne : le nombre de chômeurs passe en mai sous les 4 millions

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L'Espagne compte désormais moins de 4 millions de chômeurs.
L'Espagne compte désormais moins de 4 millions de chômeurs. (Crédits : © Andrea Comas / Reuters)
En mai, l'Espagne comptait 3,89 millions de chômeurs, du jamais vu depuis novembre 2009. Le recul est tiré principalement par la croissance économique, notamment dans le secteur des services.

Pour la première fois depuis août 2010, l'Espagne compte moins de 4 millions de chômeurs. En mai 2016, selon les données du ministère de l'Emploi et de la Sécurité Sociale du Royaume, le nombre de demandeurs d'emploi a reculé de 119.768 personnes pour finalement s'établir à 3.891.403 personnes. En données corrigées des variations saisonnières, la baisse est de 43.966 chômeurs. C'est la plus forte baisse pour un mois de mai depuis le début de la constitution des données en 1996, alors que ce même mois est traditionnellement un mois favorable à l'emploi. Sur un an, le chômage recule de 7,7 % en données corrigées.

Les services, pourvoyeurs d'emploi

Cette progression s'explique principalement par des recrutements dans le secteur des services (78.406 chômeurs de moins sur un mois). Ce secteur est celui qui porte actuellement la très forte croissance de l'économie espagnole (0,8 % sur le premier trimestre 2016 et 3,4 % sur un an). Il est lui-même favorisé par la bonne consommation des ménages, alimentée par les gains de pouvoir d'achat réalisés grâce à la baisse du prix de l'énergie et de l'essence et par l'amélioration de l'emploi. On notera également que le deuxième secteur pourvoyeur d'emploi est la construction, avec 15.149 chômeurs de moins. La reprise de ce secteur est portée principalement par les taux bas comprimés par la politique de la BCE.

La croissance tire l'emploi

Cette amélioration de l'emploi espagnol s'explique donc principalement par la croissance de l'économie espagnole. Avec une très forte croissance de l'activité, il est logique que le nombre de chômeurs recule. Ceci est d'autant plus logique que l'ajustement espagnol durant la crise s'est réalisé principalement sur le recul de l'emploi, avec une explosion du nombre de chômeurs qui est passé de 1,8 millions de chômeurs début 2007 à plus de 6,3 millions à la mi-2013. La correction à la baisse est donc dans l'ordre des choses, mais la situation sociale en Espagne demeure difficile. Au premier trimestre 2016, le taux de chômage demeurait, selon l'Institut National des Statistiques du pays (INE) à 21 % (46,5 % pour les moins de 25 ans). C'est encore le deuxième taux le plus élevé de l'Union européenne après la Grèce. Avec ce chiffre de mai, le nombre de chômeurs revient à la situation de novembre 2009.

Normalisation progressive

On reste donc dans un phénomène encore très progressif de normalisation et loin d'un quelconque « miracle de l'emploi ». La baisse du chômage est impressionnante, mais sa première cause réside dans la forte hausse précédente. Il est, par ailleurs, à noter que le taux d'activité espagnol est très bas et a continué à reculer au premier trimestre 2016 pour se situer à 59,29 % de la population contre 59,45 % au premier trimestre 2015. C'est un des plus faibles de la zone euro et cela suppose une partie de « chômage non enregistré » où, pour diverses raisons, des personnes décident de renoncer à rechercher un emploi et à faire partie de la population active.

Hausse des CDI, mais prédominance des CDD

Dernier point : le retour de la croissance s'accompagne naturellement d'un retour de la confiance des entrepreneurs qui permet de faire progresser les contrats à durée indéterminée. Ces derniers sont, en mai, les types de contrat qui ont le plus augmenté sur un an, de 17 %, souligne le Ministère de l'Emploi. Mais ce taux de croissance ne doit pas faire illusion : en mai, ce type de contrat a représenté 8,34 % des nouveaux contrats de travail conclus au cours du mois de mai. Le CDI assoupli à l'espagnol croît donc plus vite que les autres contrats, mais il reste encore marginal dans le paysage de l'emploi du Royaume. Autrement dit, malgré les « réformes », l'emploi espagnol demeure toujours aussi précaire : en 2008-2009, lorsque la bulle immobilière a explosé, puis en 2011-2013, lorsque le gouvernement a mené une forte politique d'austérité, ce sont les ruptures de CDD qui ont conduit l'Espagne à tripler son taux de chômage. Ce danger reste, en cas de retournement, d'actualité.

Cette baisse du chômage espagnol est donc une bonne nouvelle susceptible de soutenir la croissance de la demande interne du pays, mais elle ne doit pas faire illusion. Le gouvernement de Mariano Rajoy n'est pas parvenu, lors des élections du 20 décembre, à capitaliser sur ce « miracle ». Il n'y parviendra pas davantage le 26 juin.

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Commentaires
a écrit le 02/06/2016 à 13:42 :
Aucune relation avec la flexibilisation du travail bien entendu. Nous pendant ce temps, nous regardons le nombril, pensons en mode 'lutte des classes' et préféron qu'il y aie une masse de gens désépérés à ne pas se trouver de travail tandis que d'autres sont sur-protégés et ne se remettent pas en cause.
On va attendre que leur chomage baisse au niveau du notre pour commencer a s'interroger, et encore là ...
Réponse de le 04/06/2016 à 11:38 :
Il y a eu six millions de chômeurs, en France ?

Ah, tiens, non.
a écrit le 02/06/2016 à 13:23 :
Il est vrai aussi qu'ils ont franchi la frontière pour offrir leurs services ailleurs ou en tant que travailleurs détachés, ce qui ne veut pas dire que l'Espagne soit en meilleure santé!
Réponse de le 03/06/2016 à 18:16 :
C'est vrai ça: tous les ans ils viennent et parfois restent en France pour les travaux agricoles ( vendanges vertes et vendanges par exemple) . Ils sont bons camarades, travaillent avec ardeur, s'entendent très bien avec les Français et les Françaises ;-) et sont honnêtes.

Viva España !

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