Espagne : les Socialistes cherchent l'alliance avec Podemos en proposant un accord sur la Catalogne

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Qui gouvernera l'Espagne après les élections du 26 juin ?
Qui gouvernera l'Espagne après les élections du 26 juin ? (Crédits : © Sergio Perez / Reuters)
Le PSOE propose une révision de la Constitution espagnole pour régler la question catalane sans passer par un référendum. Le but est d'obtenir l'appui de Podemos pour chasser Mariano Rajoy de la Moncloa. Mais les chances de succès de la proposition sont faibles.

A 27 jours des nouvelles élections générales espagnoles, les grandes manœuvres ont commencé. Avec pour objectif de dépasser l'échec des négociations qui ont conduit, le 2 mai, à la dissolution des Cortes Generales, le parlement bicaméral du pays. Pour cela, tant le parti populaire (PP) de l'actuel président du gouvernement Mariano Rajoy que le secrétaire général du parti socialiste (PSOE), Pedro Sánchez, tente de séduire les deux nouveaux venus de la politique espagnole : Ciudadanos, à droite, et Podemos, cette fois allié à la Gauche Unie (Izquierda Unida, IU), à gauche.

La tentative de percée la plus significative est venue ce mardi 31 mai de Pedro Sánchez. Le quotidien El País a révélé une proposition du PSOE pour « fixer » la question catalane et permettre à son secrétaire général d'obtenir le soutien de Unidos Podemos, nom de l'alliance de gauche. C'est cette absence de soutien qui, le 2 mars dernier, avait manqué à Pedro Sánchez pour devenir le nouveau chef du gouvernement espagnol. Or, un des principaux points de discorde, que les discussions ultérieures n'avaient pas pu régler était la question catalane.

Le débat sur la Catalogne : pourquoi ça bloque

Depuis 2010, l'indépendantisme est en forte hausse en Catalogne au point qu'il a obtenu la majorité des sièges et 47,8 % des suffrages aux élections régionales du 27 septembre dernier. Podemos et IU sont favorables à la tenue d'un référendum sur l'indépendance en Catalogne. Cette position résulte de deux faits. D'abord, le fait que beaucoup d'alliés et d'électeurs de Podemos dans la région sont indépendantistes ; ensuite parce que la direction de Podemos espère une victoire du « non » à l'indépendance qui, comme au Québec et en Ecosse, agira comme une défaite définitive pour le camp indépendantiste et fermera pour longtemps le débat. Podemos espère alors récupérer une grande partie des électeurs indépendantistes, majoritairement de gauche. L'adhésion au référendum catalan est donc un point essentiel pour Podemos dans une région où il est arrivé en tête lors des élections du 20 décembre dernier.

Mais le PSOE, de son côté, refuse cette option. Pour Pedro Sánchez, il s'agit à la fois de ne pas laisser le combat pour l'unité de l'Espagne - cher à de nombreux électeurs hors de la Catalogne - aux partis de droite, mais aussi de maintenir sa position, car sa rivale Susana Díaz, présidente de l'Andalousie, région qui a fort à perdre d'une sécession catalane, en a fait un casus belli. Or, elle est soutenue par la plupart des barons socialistes qui n'ont pas apprécié l'émergence de Pedro Sánchez, élu par les militants en 2014 à la surprise générale. Bref, du côté du PSOE non plus, il ne peut être question de transiger.

Le besoin d'agir de Pedro Sánchez

Pourtant, la situation est difficile pour Pedro Sánchez. Réunis, Podemos et IU sont désormais clairement devant le PSOE qui serait donc, pour la première fois depuis la chute du franquisme et même depuis les élections de 1933, en troisième position. Il doit donc reprendre l'initiative pour se présenter comme un candidat crédible à la présidence du gouvernement et pour regagner du terrain. Or, le PSOE catalan, appelé PSC, a subi ces dernières années un fort recul sous le coup de la poussée indépendantiste. En Catalogne, le PSC a obtenu 15,8 % des suffrages le 20 décembre 2015. En 2008, il avait gagné 45,4 % des voix. Une chute de trente points qui fait croire à Pedro Sánchez qu'il y a là moyen de regagner du terrain.

La proposition du PSOE sur la Catalogne

La proposition du PSOE est donc de ne pas procéder à un référendum sur l'indépendance et d'en abandonner l'idée même en le remplaçant par une révision de la constitution qui fasse « expressément » allusion à la Catalogne et reconnaisse le caractère particulier de ce territoire. Il s'agira de reconnaître à la fois le « principe d'égalité entre Espagnols, de reconnaître la singularité catalane et d'améliorer l'autonomie catalane ». Cette réforme constitutionnelle sera suivie d'un nouveau Statut de la Catalogne avec de nouvelles compétences claires pour le gouvernement de Barcelone pour en finir avec les querelles juridiques devant le Tribunal Constitutionnel. Le Statut sera enfin approuvé par les Catalans.

Cette proposition serait la base sur laquelle Unidos Podemos et le PSOE pourrait s'entendre pour l'avenir de la Catalogne. Or, selon les dernières projections d'un sondage réalisé par Redondo et publié le 20 mai, ces deux partis auraient la majorité au Congrès des députés, la chambre basse du parlement. Ce n'était pas le cas dans le Congrès issu du 20 décembre. Dès lors, Pedro Sánchez peut espérer remplacer Mariano Rajoy à la Moncloa. Mais ce scénario n'est pas très crédible et la proposition du secrétaire général du PSOE risque, comme les précédentes, d'échouer.

Retour en 2006...

Car, en réalité, ce que propose Pedro Sánchez, c'est un retour amélioré en 2006 lorsque le gouvernement espagnol socialiste avait porté le Statut catalan. A l'époque, le PSC était le parti de l'Estatut, comme on dit en catalan, et dominait la vie politique de la région. Mais cet Estatut a été très largement vidé de son sens par une décision du Tribunal Constitutionnel en 2010, sur la saisine du PP. C'est depuis que l'indépendantisme catalan progresse. Pedro Sánchez propose alors de modifier la constitution espagnole pour y faire entrer le statut. Mais il n'est pas certain que l'opinion publique catalane accepte cette solution aujourd'hui. La demande d'un référendum est assez largement répandue en Catalogne, même au-delà du strict camp indépendantiste.

Du point de vue des partis indépendantistes, un « retour en arrière » est impensable. Ils exigent de « connaître » l'opinion catalane sur l'indépendance par un référendum. Et, comme l'a souligné ce mardi 31 mai le député d'ERC, la Gauche républicaine, premier parti indépendantiste, « nous ne pouvons attendre encore 10 ou 15 ans pour un référendum ».

La proposition du PSOE : un leurre ?

Pour Unidos Podemos, accepter la proposition de Pedro Sánchez serait très dangereux. En Catalogne, ceci risquerait de conduire à une fracture de l'alliance et à se faire devancer par ERC alors que la loi électorale espagnole favorise les partis arrivés en tête. De plus, elle conduirait l'alliance à risque de voir une partie de son électorat en Catalogne, mais aussi au Pays Basque, rejoindre le camp indépendantiste ou autonomiste. Au Pays Basque, la demande du parti national basque (PNV) est celle de la reconnaissance d'une « nation basque », ce qui implique un référendum. La réforme proposée ne permettrait pas cela. Podemos se distinguerait alors dans ces régions de moins en moins du PSOE...

La demande d'un référendum risque donc de demeurer dans le programme de Unidos Podemos. D'autant qu'il pourrait s'agir d'un leurre. La réforme de la constitution espagnole est en effet très difficile. Selon l'article 167 de la constitution, elle réclame l'accord de la majorité absolue du Sénat et de la majorité des deux tiers du Congrès (soit 234 députés sur 350) et peut, à la demande d'un dixième des députés, être soumise ensuite à référendum. Or, la première étape semble déjà impossible sans l'accord du PP (123 sièges le 20 décembre), autrement dit du parti qui refuse tout compromis avec l'indépendantisme catalan et qui a porté le statut de 2006 devant la cour constitutionnelle. On voit mal le PP, chassé du pouvoir par Pedro Sánchez, faire une telle fleur au nouveau gouvernement tout en niant sa propre action depuis des années...

L'impossible alliance à gauche

La proposition du PSOE semble donc morte née. Elle rejoindra sans doute les autres efforts de Pedro Sánchez pour tenter de s'accorder avec Podemos durant la législature du 20 décembre. En réalité, les points de jonction entre les deux partis ne semblent pas aisés à trouver. La question catalane et, plus largement, celle des nationalités au sein de l'Espagne, semble empêcher une alliance des gauches, même s'il faut se souvenir qu'il ne s'agit pas là du seul désaccord entre PSOE et Podemos. La tendance centriste des socialistes refuse toujours cette alliance et préfère regarder vers Ciudadanos. Du reste, si sa proposition échoue, Pedro Sánchez n'aura plus qu'à ressortir du tiroir son « pacte » passé avec Ciudadanos fin février. Mais il ne disposera pas de majorité, le parti de centre-droit étant donné entre 13 et 15 % des voix.

Casse-tête politique

De son côté, Mariano Rajoy compte de plus en plus sur un soutien de Ciudadanos après le 26 juin. Certes, ce parti a la dent dure contre le PP, accusé de représenter l'ancien système et la corruption du pays. Mais face à un nouveau blocage du pays, les responsables « populaires » espèrent qu'Albert Rivera, le président de Ciudadanos, soutiendra finalement le président du gouvernement sortant. Selon la presse espagnole, c'est le calcul que fait le PP et ce parti percevrait des signes favorables à ce scénario au sein de Ciudadanos. Mais là encore, c'est un calcul qui est très incertain : soutenir le PP et Mariano Rajoy sonnerait la fin de l'image de « renouvellement » revendiquée par Ciudadanos. Et il n'est pas certain que l'alliance PP-Ciudadanos dispose de la majorité au Congrès. Or, Pedro Sánchez a prévenu : le PSOE ne s'abstiendra pas pour permettre à une telle alliance de gouverner... On le voit : le casse-tête politique espagnol n'est pas prêt de s'achever.

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Commentaires
a écrit le 01/06/2016 à 19:07 :
Podemos , une fin à la Tsipras est en vue !

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