Finlande : premier recul des prix depuis 60 ans en 2015

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Le ministre finlandais des Finances a déclaré, en novembre, son pays comme le nouveau malade de l'Europe.
Le ministre finlandais des Finances a déclaré, en novembre, son pays comme "le nouveau malade de l'Europe". (Crédits : Tony Öhberg)
L’indice des prix à la consommation, dans le seul pays d’Europe du Nord à avoir adopté l’euro, a reculé en 2015 de 0,2 % par rapport à 2014, une baisse inédite depuis 1955. Cette tendance inquiète une partie des experts, dans un contexte où la conjoncture économique du pays est dans ses heures les plus sombres.

Les prix ont reculé en Finlande sur l'ensemble de l'année  2015 pour première fois depuis 1955, a fait savoir ce jeudi 14 janvier l'institut statistique national, ouvrant un débat entre les économistes sur la possibilité que le seul pays nordique à avoir adopté l'euro entre en déflation. L'indice des prix à la consommation a diminué l'an dernier de 0,2 % par rapport à 2014, tiré à la baisse par la faiblesse des prix de l'énergie, notamment des hydrocarbures, dans une moindre mesure de l'alimentation et des télécommunications, et par le déclin du taux d'intérêt sur les emprunts immobiliers. Les plus fortes augmentations des prix ont été observées sur les taxes automobiles, les loyers et les frais de maintenance, alors que les déclins les plus importants se sont portés sur les taux d'intérêts immobiliers et les carburants liquides. Selon les données préliminaires de l'institut, l'inflation en zone euro en décembre s'établit à 0,2 %, tandis qu'elle tombe à - 0,3 % en Finlande. Eurostat publiera le 19 janvier un rapport détaillé sur les indices harmonisés des prix à la consommation dans la zone euro.

Un gouvernement pro-austérité à la manœuvre

L'an dernier a été marqué en Finlande par l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de droite clairement en faveur d'une austérité qui combine baisse des dépenses publiques et hausse des impôts, formé d'une coalition entre les libéraux, les libéraux-conservateurs et les nationaux-conservateurs, emmenée par le centriste Juha Sipilä qui avait fait campagne sur le redressement de l'envie d'entreprendre et le besoin de compétitivité du pays. Depuis les élections, les mesures proposées par le gouvernement, visant à réduire le « coût du travail » en revenant sur certains acquis sociaux, n'ont pas entraîné le redressement de la croissance attendu, en raison notamment de la faiblesse des exportations. D'après les premières estimations de la Banque centrale, le PIB a pratiquement stagné en 2015, à - 0,1 %, après trois années consécutives de contraction (- 0,1 % en 2012, - 1,3 % en 2013 et - 1,4 % en 2014) qui ont creusé l'écart avec les 5 % de croissance que connaissait le pays en 2007, à la veille de la crise des subprimes. Au troisième trimestre 2015, le PIB finlandais s'est établi à - 0,5 %. Face à ces mauvais résultats, le Premier ministre a décrété en janvier que le pays avait besoin de « décisions plus audacieuses ». Selon les estimations du gouvernement, le pays aurait besoin, en l'absence de possibilité de dévaluer sa monnaie, de réduire de 15 % ses coûts salariaux pour rivaliser avec ceux de pays comme l'Allemagne ou la Suède.

La Finlande, « le nouveau malade de l'Europe »

L'économie finlandaise est très dépendante de ses exportations, qui représentent environ 30 % de son PIB. Or, la balance commerciale du pays était en 2015 déficitaire pour la quatrième année de suite, souffrant en particulier du déclin de Nokia et de l'industrie du papier, l'électronique et la sylviculture représentant des avantages compétitifs de premier plan pour le pays, ainsi que des difficultés de l'économie russe, le troisième plus gros marché pour ses exportations, dans le contexte des sanctions mutuelles entre Moscou et Bruxelles dues à la crise ukrainienne. Le déficit public finlandais a dépassé la barre des 3 % en 2014 pour la première fois depuis 1996, et l'endettement public est sur le point de dépasser les 60 % en 2015, l'éloignant du respect des critères européens de Maastricht. Face à cette dégradation sensible de la situation économique, en partie liée au vieillissement de la population active, les Finlandais craignent pour le maintien de leur niveau de vie, parmi les plus élevés de la planète. Avec la Grèce, la Finlande est le seul pays européen à connaître une conjoncture économique aussi mauvaise dans un contexte de reprise timide en zone euro, ce qui a poussé le ministre des Finances libéral-conservateur Alexander Stubb à diagnostiquer en novembre dernier le pays comme « le nouveau malade de l'Europe ».

Débat sur la déflation, un autre sur l'euro à l'horizon

L'évolution actuelle des prix inquiète, dans diverses mesures, les économistes. « Les prix à impôts fixes ont baissé de 0,4 % en 2015, et en calculant de cette manière, la déflation va se poursuivre en 2016 », ont écrit Twitter les économistes de la banque OP. « La Finlande est en déflation », affirme encore Juhana Brotherus de la banque Hypo. Face à ces discours tranchés, d'autres relativisent. Ainsi Pasi Sorjonen, de la banque Nordea, relève que l'inflation de base reste positive, à 0,14 %. « Donc pas de déflation », estime-t-il. Ce débat d'experts ne saurait en cacher un autre à venir : celui sur la monnaie européenne. En effet, une pétition qui a réuni 50.000 signatures ouvre la possibilité au premier semestre 2016 d'un débat au Parlement sur l'organisation éventuelle d'un référendum sur le maintien du pays dans la zone euro. Le soutien des Finlandais à la monnaie unique ne cesse de se dégrader. En décembre, un sondage d'opinion de la radio-télévision publique nationale, Yle, montrait que seuls 54 % des Finlandais étaient en faveur d'un maintien dans la zone euro, alors que 44 % considèrent que la Finlande s'en sortirait mieux hors de la zone euro.

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Commentaires
a écrit le 14/01/2016 à 15:52 :
Il y aurait une crise économique mondiale depuis 2008 que l'on m'aurait caché que ça ne m'étonnerait pas...
a écrit le 14/01/2016 à 15:51 :
Ils sont où les Français qui disaient que l'adoption de l'Euro était synonyme d'inflation ?
Il va falloir trouver d'autres boucs émissaires.

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