Italie : la constitution du gouvernement vire à la crise politique

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Giuseppe Conte est arrivé à 17:00 au Palais du Quirinal pour présenter au président la liste des membres de son gouvernement.
Giuseppe Conte est arrivé à 17:00 au Palais du Quirinal pour présenter au président la liste des membres de son gouvernement. (Crédits : Remo Casilli)
Le président italien refuse que Paola Savona devienne ministre des Finances, alors même qu'il devrait faire parti de l'équipe gouvernementale constituée par Giuseppe Conte, le nouveau président du Conseil. Furieuse, la Ligue du Nord menace d'élections anticipées.

L'impasse politique restait totale dimanche en Italie où le chef du gouvernement désigné, Giuseppe Conte, ne parvient toujours pas à imposer son équipe, près de trois mois après les élections, faute d'accord sur le nom du ministre des Finances.

Les populistes italiens d'un côté et le président, Sergio Mattarella, de l'autre restent arc-boutés sur leurs positions, et rien n'indique qu'une solution pourra être trouvée d'ici la réouverture des marchés lundi matin.

Objet de ce bras de fer: le refus du président de nommer Paolo Savona, 81 ans et eurosceptique déclaré, à la tête du ministère des Finances. En Italie, le chef de l'Etat nomme le président du Conseil et les ministres sur proposition de ce dernier.

Vers des élections anticipées ?

Ce refus scandalise Matteo Salvini, le patron de la Ligue (extrême droite), qui, avec Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème), ont porté M. Conte à la présidence du Conseil. Et il n'est pas prêt à céder, quitte à "tout faire sauter" et à retourner devant les électeurs, fort de son ascension dans les sondages.

"Soit le gouvernement commence à travailler dans les prochaines heures, soit il vaut mieux retourner voter et prendre la majorité absolue", a-t-il lancé samedi soir, devant ses partisans près de Bergame (nord). Et sur ce point, il est soutenu par M. Di Maio. "Nous avons déjà perdu trop de temps, ou on boucle dans les 24 heures (...) ou on laisse tomber", a-t-il déclaré samedi soir lors d'un meeting de son mouvement à Terni (centre).

Dimanche, Matteo Salvini a enfoncé le clou sur Twitter, son mode de communication préférée avec Facebook : "moi jusqu'à la fin, je ne me rends pas ! "

Cette détermination ne semble pas toutefois ébranler le chef de l'Etat pour qui il en va de la défense de la Constitution et des prérogatives du président.

Déjà peu convaincu de l'autorité de M. Conte face aux poids-lourds politiques qui composeront son équipe, M. Mattarella, garant du respect des traités internationaux, tient aussi à ce que l'Italie respecte ses engagements européens.

Un "complot des élites" ?

Au risque de donner des armes aux populistes, qui dénoncent déjà le complot des élites pour les empêcher de gouverner. "Restez à nos côtés, nous avons des gens contre nous dans les étages supérieurs mais tellement d'autres qui nous soutiennent", a ainsi averti M. Di Maio devant ses partisans.

Le chef de l'Etat italien attend désormais en son palais du Quirinal à Rome que M. Conte vienne lui rendre compte et lui présente sa liste de ministres. Giuseppe Conte est arrivé à 17:00 au Quirinal.

Si sa liste comportait le nom de M. Savona, M. Mattarella devrait confirmer son refus, selon la plupart des commentateurs italiens, obligeant ainsi M. Conte à renoncer.

Le président désignerait alors un nouveau président du Conseil mais, cette fois, sans chercher l'aval des vainqueurs des législatives du 4 mars, pour former un "gouvernement du président". En d'autres termes, un gouvernement technique qui, en tout état de cause, n'obtiendrait pas la majorité au Parlement, où dominent le M5S et la Ligue. Cet exécutif serait alors chargé de gérer les affaires courantes jusqu'à des élections, probablement à l'automne.

M. Savona pourrait de lui-même jeter l'éponge pour faciliter une issue à cette crise institutionnelle sans précédent en Italie mais, selon la presse italienne, il s'y est refusé.

Une Europe "différente"

Cet économiste, ancien ministre de l'Industrie, a rendu public dimanche un communiqué dans lequel, il affirme son credo dans une "Europe différente, plus forte mais plus juste". Mais, concernant la monnaie unique, il renvoie à ses écrits, en particulier ceux contenus dans son dernier livre, non encore paru, dans lequel il exprime des positions très critiques sur l'euro, comparé à une "prison allemande".

Pas de quoi rassurer les marchés financiers qui se sont montrés déjà nerveux la semaine dernière. Vendredi, la Bourse de Milan avait terminé une nouvelle fois en baisse, à -1,54%. Quant au spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, il avait atteint dans l'après-midi 217 points, son plus haut depuis décembre 2013, avant de clôturer à 206 points.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 27/05/2018 à 23:45 :
l'attituxe du oresident italien eest curieuse: unseul eurosceptique qui n'appelle d'ajileurs pas a la sortie de lUE et pas de gouvernement
de quoi faire del'UE UNE PRISON.
s'il voulait transfoemer les elections en plebicite il ne s'y prendrait pas autrement
a écrit le 27/05/2018 à 20:41 :
"Cet économiste, ancien ministre de l'Industrie, a rendu public dimanche un communiqué dans lequel, il affirme son credo dans une "Europe différente, plus forte mais plus juste"."


L' autre Europe, il est aussi fort que Tsipras, les italiens vont-ils se laisser syriser comme les grecs avec cette autre impossible Europe .....?
a écrit le 27/05/2018 à 20:11 :
Paolo Savona n'est pas Paola Savona. Encore une erreur de CV chez ce Conte ?
a écrit le 27/05/2018 à 19:42 :
On voit bien que les marchés financiers italiens sont moroses qu'ils tentent de s'interposer contre ce gouvernement ne rélève en rien d'une théorie du complot, seulement d'une logique oligarchique dont nous sommes particulièrement habitués.

C'est de ne pas voir la convergences des intérêts financiers qui relève de l'aveuglement mais car bien souvent intéressé.

Qui va enfin avoir le courage de mettre enfin un terme à cette désunion européenne ?

Vite un frexit.
a écrit le 27/05/2018 à 18:48 :
Les bienpensants n'aiment pas la démocratie.
Ils aiment leur idéologie.
a écrit le 27/05/2018 à 18:35 :
Ben voyons. Et vous allez nous dire que Bruxelles ne manigance absolument pas pour soumettre l'italie ?
J'imagine aussi que la menace d'une hausse brutale des taux d'emprunt (qui a déjà commencé) n'est qu'une thèse complotiste ?

A peine cet homme a été choisi que dans les heures qui ont suivi, la presse l'a condamné. Vous en êtes écoeurant de soumission au système... Pourquoi ne pas avoir divulgué son fameux "cv gonflé" avant qu'il soit choisi ?

Tout est fait pour que cette coalition "populiste" (franchement, ya quoi de mal à penser aux intérêts de son peuple en premier ? Faudrait culpabiliser pour ça ? Voyons... C'est ce que font les USA, les Allemands, les Chinois, ect ect..)
a écrit le 27/05/2018 à 18:28 :
Cet administration qu'est l'UE de Bruxelles ne laissera pas les politiques prendre l'initiative de quoi que ce soit, seul le dogme des "Traités" a droit au chapitre! Il sabotera tout ce qu'il pourra !

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