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ÉconomieUnion européenne

Italie : le sauvetage de quatre banques fait scandale

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 14 décembre 2015 à 15:16 - Mis à jour le 15 décembre 2015 à 10:05

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Rome a sauvé fin novembre quatre banques pour éviter de mettre les déposants à contribution comme le prévoit l'union bancaire européenne dès le 1er janvier. Mais l'affaire a provoqué des remous en ruinant des petits épargnants. Le mécanisme européen de résolution bancaire est déjà sous pression.

Lorsque, le 21 novembre dernier, le gouvernement italien a décidé de « sauver » quatre petites banques régionales. Quatre petites banques dont le montant total des bilans ne cumule pas 3,6 milliards d'euros. Mais quatre banques plombées par de nombreuses créances douteuses, fruit de près de quatre ans de crise économique.

L'objectif du sauvetage bancaire

Le problème, pour Rome, était que ces petits établissements étaient deux caisses d'épargne - de Ferrare et de Chieti - et deux banques régionales - d'Etrurie (Toscane) et des Marches - autrement dit, deux banques qui recueillent l'épargne de très nombreux citoyens de ces régions. Or, le 1er janvier, la directive européenne de résolution bancaire (BRRD) entre en vigueur. Selon cette directive, les déposants peuvent être mis à contribution en cas de crise bancaire. C'est le fruit des nouvelles règles de l'union bancaire européenne qui cherche avant tout à sauver les contribuables, fût-ce au détriment des déposants.

Pour le gouvernement italien, la mise à contribution des dépôts et de l'épargne des Italiens eût été une catastrophe politique. Pour l'éviter, Matteo Renzi a choisi de réaliser un sauvetage express mettant en partie à contribution les actionnaires et les créanciers de ces banques. Un mouvement qui visait donc à éviter des remous politiques causés par la nouvelle directive bancaire européenne. Mais le pari s'est révélé désastreux.

Petits épargnants touchés

Ces banques ont en effet vendu leurs actions et leurs obligations subordonnées (celles qui sont les moins protégées en cas de renflouement) à de nombreux épargnants. Selon les données publiques, les quatre banques compteraient 133.000 actionnaires et environ 10.500 détenteurs d'obligations. Les journaux de la Péninsule sont remplis de témoignages de petits épargnants - retraités, ouvriers, petits employés, artisans modestes, femmes au foyer ou même chômeurs, ayant dû faire leur deuil de toutes leurs économies. A la différence d'autres produits d'épargne et des dépôts, les détenteurs d'actions et d'obligations ne sont pas concernés par la garantie européenne (en réalité nationale) des dépôts jusqu'à 100.000 euros. La perte est donc complète.

Suicide et mobilisation

L'affaire a pris une tournure tragique le 28 novembre lorsque Luigino D'Angelo, un retraité de 70 ans s'est pendu chez lui à Civitavecchia (Latium), après avoir perdu 110.000 euros dans le sauvetage des banques. Connu le 9 décembre dernier, ce suicide a provoqué une onde de choc en Italie. Les associations de défense des victimes de « Salvabanche », nom donné au sauvetage de ces quatre banques par les Italiens, sont montés au créneau. Ce lundi 14 décembre, ils ont manifesté à Florence devant l'ancienne station Leopolda, où se tient la convention traditionnelle des amis de Matteo Renzi en présence du premier ministre. Le ministre des Finances, Pier Paolo Padoan a dû recevoir une délégation d'épargnants victimes. Sans parvenir à apaiser leur colère.

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Choix impossible pour le gouvernement

Le gouvernement est fort gêné face à cette affaire. Fin novembre, son choix était de faire payer les déposants et les créanciers et actionnaires ou seulement ces deux dernières catégories. Sur le plan macro-économique et politique, il a jugé que la deuxième solution était moins douloureuse. En réalité, il fallait choisir entre la peste et le choléra. Car l'opposition, et notamment la Ligue du Nord, qui a adopté depuis quelques mois des positions proches du Front National en France, tente de profiter de la situation en dénonçant la manœuvre du gouvernement. Politiquement, le résultat pour Matteo Renzi - déjà peu vaillant dans les sondages - est désastreux.

Dédommagement prévu

Pier Carlo Padoan a donc dû annoncer que le gouvernement mettrait en place un système de dédommagement des épargnants à hauteur de 100 millions d'euros. Les contribuables seront donc bien mis à contribution, ce qui est une première défaite de l'union bancaire. Les conditions d'attribution de ces fonds promettent d'être complexes. Le ministre des Finances s'est contenté d'indiquer que ses services « évalueraient si les personnes ont été correctement conseillés. » Autrement dit, l'étude des dossiers s'annoncent longue et délicate et sans doute pleine de contestations possibles. Sans compter qu'il y aura des déceptions : on évalué à 340 millions d'euros le montant des obligations subordonnées de ces quatre banques vendues aux particuliers. Certes, Pier Carlo Padoan a fait savoir que le fond sera élargi, mais selon des modalités de financement encore floues (par le produit, notamment de la vente des titres de mauvaise qualité). « Le compte n'y est pas », ont estimé les manifestants selon le quotidien La Stampa.

Epargner les contribuables à tout prix ?

Cette crise que traverse le gouvernement italien montre que les nouvelles modalités de résolution bancaire européennes posent de graves problèmes. D'abord - et on a pu aussi le voir avec la Grèce qui s'est hâtée de renflouer ses banques avant le 1er janvier - la question de la participation des déposants pose un véritable problème. Un gouvernement qui accepterait de voir les dépôts mis à contribution prendrait un risque économique et politique considérable. Ensuite, la logique qui a été mis en place en Italie et qui consiste à faire payer les créanciers et les actionnaires a ses limites, car ces derniers ne sont pas toujours des Fonds vautours ou des banques internationales. Ce sont aussi des épargnants. Dans ce deux cas, un gouvernement risque de devoir recourir aux contribuables pour adoucir le choc. Or, c'est précisément ce que les Européens voulaient éviter : lier le risque souverain au risque bancaire.

Une union bancaire peu convaincante

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Comme toujours, les auteurs de l'union bancaire ont manqué une occasion. En voulant éviter, à la demande de Berlin, toute vraie mutualisation des risques, on a fait prendre des risques politiques et économiques considérables aux Etats membres. Le résultat risque d'être que ces derniers vont tout faire pour contourner ce risque, quitte à avoir recours encore à l'argent public. L'exemple italien est donc déjà plein d'enseignements. D'autant que ce sauvetage bancaire commence à faire planer une menace sur l'ensemble du secteur. Pier Carlo Padoan a dû rassurer ce lundi en affirmant que le secteur financier italien « était grand et solide. » Mais en voyant les épargnants ruinés, ceux qui ont placé leur argent dans des structures similaires ne peuvent qu'avoir peur et penser à se retirer. Car tout le monde sait que le poids des créances douteuses est considérable sur les petites banques italiennes. Et la directive de résolution européenne effraie beaucoup en Italie où la presse fait le compte des épargnants "à risque." Si la panique se déclenchait, ce serait alors le début d'une phase fort dangereuse pour l'Italie et pour la jeune union bancaire européenne.

Romaric Godin

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