Après la Grèce, l'Italie tente d'échapper à la résolution bancaire unique de la zone euro

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L'Italie a voulu éviter de faire payer les déposants
L'Italie a voulu éviter de faire payer les déposants (Crédits : © Alessandro Bianchi / Reuters)
L'Italie a restructuré quatre banques dimanche pour éviter de faire payer les déposants, comme l'union bancaire le prévoit. La Grèce avait aussi accéléré le renflouement des banques pour la même raison.

L'union bancaire devait être une assurance absolue contre les nouvelles crises bancaires. Ce devait être également un moyen de sauver « l'argent du contribuable » grâce à un mécanisme unique de résolution des crises. Ce mécanisme entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Son fonctionnement est simple : les créanciers et les actionnaires des banques doivent payer avant les contribuables nationaux, puis les contribuables européens. Mais, étrangement, ce mécanisme commence à inquiéter plusieurs Etats membres de la zone euro qui, pourtant s'étaient en 2014 félicités de la mise en place de cette union.

L'Italie veut échapper à la résolution bancaire unique

Dimanche, l'Italie a ainsi « sauvé » quatre de ses banques. Des petites banques régionales, la Banca delle Marche, la Banca Popolare dell'Etruria e del Lazio, la Cassa di Risparmio di Ferrara et la Cassa di Risparmio della Provincia di Chieti. En tout, un bilan cumulé de 43 milliards d'euros pour un « sauvetage » estimé à 3,6 milliards d'euros. Ce sauvetage sera réalisé par le montant de la contribution du secteur bancaire italien au Fonds de résolution unique européen pour quatre ans et par des pertes pour les détenteurs d'obligations « junior » et les actionnaires. En réalité, le seul but de la manœuvre de l'Etat italien a été d'éviter l'application de la résolution unique européenne. Car, dans ce cas, les déposants de plus de 100.000 euros, étant considérés comme créanciers, auraient été touchées par le « sauvetage. » Or, ces déposants sont aussi des consommateurs, des investisseurs et des... contribuables. Pour éviter tout impact négatif sur la confiance du public et des entreprises dans leurs banques, Rome a donc agi avant le 1er janvier.

La Grèce aussi...

Ce cas n'est pas unique. En Grèce, le gouvernement Tsipras III s'est pressé de trouver un accord avec les créanciers sur la recapitalisation des banques avant le 1er janvier pour éviter également de mettre les déposants à l'amende. D'autant qu'il n'est d'ailleurs pas certain que la Grèce aurait pu assurer la garantie européenne des dépôts de 100.000 euros. Car cette garantie est en effet laissée à la responsabilité de chaque Etat. Le montant de la garantie est fixé au niveau européen, mais son application est nationale. L'Allemagne se refuse absolument à mettre en place ce « troisième pilier. » Or, en Grèce, une grande partie des « gros dépôts » ne sont plus dans les banques. On voit mal comment l'Etat, sauf à s'endetter davantage aurait pu assurer cette garantie. Or, toucher les déposants, même les seuls « gros déposants », c'est aussi toucher la confiance générale dans le système bancaire et dans l'économie du pays. C'est aussi toucher la capacité de consommation. Pour la Grèce, c'eût été dramatique et même la BCE s'y est opposée.

Le problème du « modèle chypriote »

Alors que la supervision unique de l'Union bancaire par la BCE peut faire l'objet de critiques en favorisant un « mélange des genres » entre politique monétaire, supervision bancaire et politique tout court, et que les différents stress-tests de ce superviseur ont été fortement critiqué, une autre faille apparaît. Cette idée de « faire payer » les déposants pose de grandes difficultés et risque de faire trembler plus d'un Etat en cas de crise bancaire. Ce modèle vient de la crise chypriote où la zone euro avait réduit la « facture » du « sauvetage » de l'île en faisant payer les déposants des immenses banques chypriotes. Mais ce cas était très particulier, car Chypre était un « tuyau financier » pour les oligarques de l'ex-URSS. On faisait donc payer des acteurs extérieurs au pays, même si cette décision a eu des conséquences très négatives sur l'économie. Mais on a fait, comme l'avait prédit Jeroen Dijsselbloem en avril 2013 de Chypre un « modèle. » Et cela risque de poser de graves problèmes.

Le problème italien

Il est donc étrange que des Etats membres de la zone euro tentent d'éviter à tout prix la mise en place de cette résolution unique. Dans ce cadre, l'Italie pourrait se retrouver rapidement face à un problème. Le pays doit faire face à un niveau important de créances douteuses : pas moins de 330 milliards d'euros, soit le tiers du total de la zone euro. Rome voudrait mettre en place une « bad bank », une structure où ces mauvaises créances viendraient finir leur vie et qui assumerait les pertes, pendant que les banques assainies pourraient prêter davantage à l'économie. Mais pour être efficace, il faut que ces pertes soient garanties par l'Etat. C'est ce qui a été fait en Autriche pour Hypo Alpe Adria, en Allemagne pour WestLB, en Espagne pour les Cajas... Mais, désormais, une telle garantie risque d'être vue comme une « aide d'Etat » et donc interdite par l'UE.

L'Italie devra donc en passer par des mesures de résolution et faire payer les déposants. Quand on sait l'état fragile de la reprise italienne, ce n'est guère une solution qui semble appropriée. D'autant que cette situation rend encore moins efficace la politique monétaire de la BCE, dans un pays où elle est très importante pour soutenir la reprise. La question de la résolution unique va donc inévitablement se poser dans l'avenir, car il n'est pas sûr que les Etats acceptent de voir les déposants perdre une part de leur argent.

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Commentaires
a écrit le 24/11/2015 à 23:25 :
"Chypre était un « tuyau financier » pour les oligarques de l'ex-URSS. On faisait donc payer des acteurs extérieurs au pays"
Selon les estimations disponibles, ces comptes "extérieurs" ne représentaient que 20% des saisies...
a écrit le 23/11/2015 à 23:55 :
Je ne lis meme pas l'article, car on sait deja ce que l'ou va decouvrir, n'est ce pas?
Du Romaric qui ne changea rien au monde des bamques.
Romaric, ecoute, les banques sont la pour faire du fric et c'est tout !!!!!!!!!!!!!!!
Réponse de le 24/11/2015 à 22:40 :
"Romaric, écoute, les banques sont la pour faire du fric et c'est tout !!!!!!!!!!!!!!! " Non seulement les banques mais le système capitaliste en général sont la pour faire du pognon l ! Faire du fric , du fric ! voilà le but obligé du capitalisme , la logique à laquelle il est condamné Les économistes, plus doctement, parlent d'accumulation et de sur-accumulation du capital mais ça veut dire exactement la même chose ! Une logique qui le condamne à terme aussi ! Le problème c'est qu'il risque fortement de nous entrainer dans sa propre perte !
a écrit le 23/11/2015 à 22:15 :
La vrai question que devrait se poser Romaric Godin est QUI sont les plus gros deposants des banques en question. L'autre question est de savoir si les deposants de plus de 100.000 mais avec des dpots raisonnables n'auraient pas pu etre grandement epargné non plus par l'application stricte du mecanisme europeen. Mon petit doigt me dit que nous aurions eu des surprises. Mais cela impliquerait un travail de journaliste serieix, plutot que de placarder une logique anti europeenne primaire.
a écrit le 23/11/2015 à 21:04 :
Qu'en est-il des assureurs ? Seront-ils considérés comme des banques alors même que certains n'ont aucune activité bancaire au sens classique du terme (par exemple Aviva) ?
a écrit le 23/11/2015 à 20:57 :
Il est scandaleux que tous les dépôts (hormis ceux liés à des trafics mafieux ou illégaux) ne soient pas garantis par les banques. Celles-ci n'ont pas à jouer au casino avec notre argent.
Réponse de le 23/11/2015 à 22:18 :
Il est strictement impossible de garantir financièrement l'entierete des depots d'une banque. C'est pour cela qu'on oblige les etats a ne garantir que les depots jusqu'a 100.000 euros.

Meme la banque la plus sage du monde n'a pas les fonds propres necessaires a tout garantir
Réponse de le 23/11/2015 à 23:10 :
Où est ce scandale, puisqu'il s'agit d'un système mondialisé, voulu ou admis par tous les Etats ? C'est la loi du Marché de l'Offre et de la Demande, voulu décideur de la valeur des choses. Qu'un système d'enchères "valorisantes" joue au casino est ainsi inévitable. Quant aux banques, elle ne sont jamais que des commandités pas innocentes mais associées étroitement à leurs commanditaires que sont les Etats.
"Notre" argent, nous n'en sommes ni propriétaires ni possesseurs ; ce sont les banques qui le sont ; nous ne sommes que des créanciers, juridiquement et comptablement.
a écrit le 23/11/2015 à 20:40 :
Voilà qui est clair et bien expliqué , sauf la minoration du sujet par la dérive de l'argent de la clientèle vers l'énorme placement collatéral développé avec les fonds de placements isolés ou au contraire intégrés dans les contrats de l'assurance-vie. Le schéma, à peine plus compliqué à citer, consiste en une titrisation de créances bancaires ( leurs divers crédits ) ainsi sortis des bilans des banques, leur évitant d'en supporter les risques et aussi le besoin de davantage de fonds propres nécessaires. Le fameux risque systémique bancaire, dont l'on parle couramment, omet cette masse énorme de risque ainsi logé dans les pyramides de fonds ; ils sont placés aux avant-gardes pour éponger les pertes des krachs boursiers. Si les contribuables n'ont pas à payer pour les sauvetages étatiques de banques, ces pertes boursières sont aisément apurées avec l'argent placé dans la kyrielle de fonds en tous genres ; alors, la pilule est ainsi avalée par le consommateur convaincu du pas de chance avec les Marchés. La manipulation ou la cavalerie en matière financière, c'est un art souverain. Les exemples, de Chypre qui fut déclamé exemplaire tout de suite, de la Grèce, plus ou moins de l'Italie, ( qui ensuite.?.. ) ne sont pas méconnus de gens avisés, tout comme l'article.
a écrit le 23/11/2015 à 18:55 :
c'est compliqué, cher Romaric, une partie de ce site vous laisse analyser le système et ses dérives, brillamment dans votre cas, vous êtes devenu une référence, et dans le reste du site on conseille comment profiter au mieux de ce même système, les placements spéculatifs, les profits égoistes et défiscalisés... qui ont besoin des structures dont vous essayer de mettre en lumière les dérives...
Un peu comme si on voulait lutter contre le terrorisme (financier), tout en essayant d'en capter les avantages ponctuels pour sa petite (ou trés grosse) cagnotte...
Un peu comme si on voulait lutter contre certains terroristes en livrant des armes à leurs frères...
a écrit le 23/11/2015 à 18:18 :
Le coup de la bad bank on a déjà donné et on donne encore avec Dexia ...
Pour le reste, il vaut mieux avoir 100 000 € dans de l'immobilier avec une bonne assurance ! lol
J'ai déjà vidé mon compte épargne et je sors tranquilou en cash l'excédent de mes dépôts. Je n'y laisserai in fine que de quoi régler mes factures. Je n'ai plus aucune confiance dans les banques ni même dans une soi disant garantie des dépôts par l'Etat.

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