L'Allemagne en quête de solutions pour sortir de la récession en 2023
latribune.fr
L'ancienne locomotive de l'économie de la zone euro est désormais perçue comme son « boulet », avec des performances à la traîne de ses grands voisins.
WOLFGANG RATTAY
L'Allemagne en quête de solutions pour sortir de la récession en 2023
L'économie de l'Allemagne, qui, selon le FMI, devrait être le seul grand pays industriel à connaître une récession en 2023, a stagné lors du 2e trimestre (avril-juin). Si la tendance se confirme, après avoir déjà été en récession au premier trimestre, elle pourrait l'être sur l'ensemble de l'année. Le gouvernement étudie diverses mesures pour sortir du marasme.
La locomotive de l'Europe reste au point mort. L'économie allemande, comme attendu, a stagné entre avril et juin, après deux trimestres de recul consécutif du PIB. Certes, l'Allemagne est tout juste parvenue à sortir de la récession d'hiver au deuxième trimestre 2023 avec une stagnation de son Produit intérieur brut (PIB), a indiqué vendredi l'institut Destatis. Mais le bilan annuel pourrait être plus sombre.
Déjà, le Produit intérieur brut (PIB) de la première économie européenne a affiché une croissance nulle entre avril et juin sur un trimestre, selon des données définitives, confirmant une première estimation de fin juillet. Il avait reculé successivement de 0,4% et 0,1% lors des deux trimestres précédents, selon des données corrigées des variations saisonnières (CVS), la faisant officiellement entrer en récession. Sur un an, l'indicateur est en recul de 0,6%, corrigé de l'inflation.
Sur l'ensemble de l'année 2023, les principaux instituts économiques allemands s'attendent désormais à un recul estimé entre 0,2 et 0,4% du PIB, le FMI tablant de son côté sur une baisse de 0,3%. L'Allemagne ferait ainsi moins bien que ses voisins européens, dont la France.
La production industrielle est restée faible
« Quelque 50% de notre PIB provient des exportations. Les exportations ont fait notre richesse mais quand l'économie mondiale faiblit, l'Allemagne encaisse plus que les autres », explique le ministre de l'Economie Robert Habeck à l'hebdomadaire Die Zeit. La Chine, où la reprise est poussive, est le premier partenaire commercial de l'Allemagne. S'y ajoute le choc énergétique subi par les entreprises allemandes qui se fournissaient en gaz russe bon marché, remplacé depuis l'invasion de l'Ukraine par des fournisseurs plus onéreux. La production industrielle est restée faible, augmentant de 0,1% seulement sur le trimestre, malgré la fin progressive des goulots d'étranglement dans les approvisionnements. Si le PIB allemand a peu ou prou laissé derrière lui la récession technique - soit deux trimestres d'affilée en recul - traversée au premier trimestre 2023, cela ne pourrait être qu'une parenthèse: l'indice des directeurs d'achats (PMI) reste sur deux reculs sensibles en juillet et août, suggérant qu'une nouvelle baisse du PIB allemand se profile lors du trimestre d'été.
Conséquence : le moral des entrepreneurs a poursuivi sa baisse en août. L'indicateur, réalisé via un sondage mensuel auprès de 9.000 entreprises allemandes, recule de 1,7 point à 85,7 points, en baisse pour le quatrième mois consécutif, a indiqué l'institut de conjoncture munichois dans un communiqué. C'est moins bien que ce que prévoyaient les analystes de l'outil financier Factset, qui tablaient sur un IFO à 86,8 points.
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Quelques indicateurs sont encourageants : malgré des coûts de financement toujours plus élevés, les investissements ont de leur côté progressé de 0,6% dans les équipements et de 0,2% dans le bâtiment. Et, apprès deux baisses consécutives, les dépenses de consommation ont légèrement augmenté de 0,1%, détaille Destatis,
l'institut national des statistiques
. Cela s'explique par un marché du travail qui demeure solide, des salaires en forte augmentation et une tendance au recul de l'inflation, qui reste cependant élevée à 6,5% en juillet, en données harmonisées (HICP).
Les membres du gouvernement se déchirent sur les solutions à apporter
Quelles solutions pour repartir de l'avant ? Le ministre de l'Economie plaide pour bloquer jusqu'en 2030 les prix de l'électricité pour les industries les plus énergivores, en subventionnant leurs dépenses. La mesure, évaluée par le ministre à 20 milliards d'euros, viserait à préserver la compétitivité de secteurs comme la chimie ou la métallurgie, le temps de développer le solaire et l'éolien. « Hors de question d'intervenir directement sur le marché en distribuant des subventions », a répliqué le ministre libéral des Finances Christian Lindner. Olaf Scholz, le chancelier, à la différence de nombreux élus de son parti, est aussi contre un dispositif qui créerait des « effets d'aubaine ».
« Le problème de l'Allemagne n'est pas conjoncturel, mais structurel », décrypte l'expert Marcel Fratzscher, chef de l'institut économique DIW Berlin. L'Allemagne a besoin d'un « programme de transformation à long terme, avec une offensive d'investissement, une large débureaucratisation et un renforcement des systèmes sociaux », détaille-t-il dans une analyse parue cet été Le diagnostic est largement partagé : incertitude sur le coût de l'énergie à moyen terme, lourdeur des règlementations, manque de main-d'oeuvre qualifiée, numérisation trop lente freinent les entreprises de la première économie européenne. Tous sont également d'accord : « Les réductions d'impôts ou les programmes de relance économique traditionnels ne sont pas des mesures judicieuses dans cette situation », selon l'économiste Sébastien Dullien, de tendance social-démocrate.
«L'Allemagne est comme un quadragénaire qui a longtemps réussi»
Face aux discours alarmistes, des experts tempèrent : « l'Allemagne est comme un quadragénaire qui a longtemps réussi, mais qui doit maintenant se réorienter professionnellement », fait valoir Clemens Fuest, de l'institut économique Ifo. Olaf Scholz rejette les discours des Cassandre. « Nous ne devrions pas noircir le tableau et créer une crise artificiellement», vient-il de dire, rappelant que le géant américain des semi-conducteurs Intel avait choisi l'Allemagne pour un gigantesque investissement.