L'écologie, tout le monde en parle : bonne nouvelle pour l'environnement ?

EUROPÉENNES 2019. Sous la pression citoyenne, les listes rivalisent de propositions sur l’écologie. Mais cette profusion risque in fine de profiter au parti le moins vert de tous.
Dominique Pialot

6 mn

(Crédits : Reuters)

La multiplication, à l'été 2018, d'événements climatiques extrêmes a suscité marches pour le climat, grèves scolaires et autres recours juridiques contre les gouvernements dans plusieurs États membres de l'Union européenne, dont la France. Aussi, sur fond de rapports alarmants du Giec puis de l'IPBES (Giec de la biodiversité) et de sondages plaçant l'environnement en tête des préoccupations des Français (comme de 73% des Européens), les principaux candidats ont décidé de verdir leur programme. Souvent après avoir rallié des personnalités issues de partis écologistes.

L'objectif de « faire de l'Europe une puissance verte », qui figure en tête du programme de la liste Renaissance de la majorité présidentielle, n'est pas sans lien avec la présence de Pascal Canfin, ancien député européen vert et directeur général du WWF France, en numéro deux.

Une profusion de "vert" dans les programmes

La plupart des listes s'accordent sur l'objectif de neutralité carbone en 2050 et de moyens supplémentaires via des budgets consacrés au climat et à la biodiversité : un pacte finance-climat-biodiversité poussé par la liste Envie d'Europe de Raphaël Glucksmann, une banque pour le climat pour Renaissance et Europe Écologie, un Green New Deal pour la liste du Printemps européen de Benoît Hamon... Côté ressources, outre une taxe carbone aux frontières, la taxation des bénéfices des entreprises ou celle du kérozène font des émules, notamment chez Envie d'Europe et La France insoumise.

Les programmes se rejoignent également sur le terrain juridique : reconnaissance des droits des animaux et des écocides pour Urgence écologie (qui réunit le philosophe Dominique Bourg et l'ancienne ministre Delphine Batho), création d'une Cour européenne de l'environnement pour Hamon et d'un tribunal international de justice pour La France insoumise.

Europe Écologie, qui peine à se démarquer au milieu de cette profusion de propositions, propose l'adoption d'un traité supérieur, en vertu duquel toute décision européenne serait subordonnée à l'objectif de préservation du climat et de la biodiversité, et la création d'un parquet européen autonome.

Les Républicains proposent également plusieurs mesures en faveur de l'environnement, dont un plan européen pour le climat piloté par un haut-commissaire. Quant au Rassemblement national, il promeut le « localisme » consistant à produire, à consommer et à recycler au plus près. Mais, au moins pour ces deux dernières listes, les votes des eurodéputés concernés au cours du dernier mandat pourraient faire douter les électeurs de leur soudaine épiphanie. Ils se sont en effet souvent opposés à la protection de l'environnement, synonyme à leurs yeux de menace pour l'économie et l'emploi.

Quant à la liste Renaissance, en dépit de la crédibilité de Pascal Canfin, la volonté réelle du parti majoritaire de mettre en œuvre toutes ses propositions peut légitimement être questionnée, au vu de la politique qu'il mène sur ces sujets au niveau national.

En raison des guerres intestines qui opposent les hérauts de l'écologie politique, des compromissions des uns et de la radicalisation des autres, les partis historiques n'inspirent plus guère confiance. À l'inverse de leurs cousins allemands de Die Grünen qui, alliés à la gauche ou à la droite, ont l'expérience du pouvoir à divers échelons locaux et dont le poids au niveau national se traduit à Bruxelles.

Cette profusion de vert dans quasiment tous les programmes risque in fine de créer plus de confusion que de mobilisation pour un scrutin où l'abstention s'annonce plus élevée que jamais. Surtout chez les plus jeunes, pourtant les plus mobilisés sur ces thématiques, mais qui ont tendance à voter avec leurs pieds (en l'occurrence, en défilant) plus qu'avec un bulletin.

Leadership en berne

Pourtant, l'Europe compte à plus d'un titre en matière d'environnement. D'abord parce que c'est à cette échelle seulement que la transformation du système financier, l'établissement de standards et de normes, ou encore la négociation de traités internationaux ont un sens. Ensuite parce qu'avec ses 500 millions d'habitants et autant de consommateurs, le Vieux Continent a les moyens de peser sur la scène mondiale. Des enjeux importants figurent au programme des députés européens élus le 26 mai, à commencer par la réforme de la politique agricole commune - dont les orientations auront des effets contrastés sur l'environnement - ou le vote du budget 2021-2027. La réorientation massive de ces 1.200 milliards d'euros est une condition sine qua non d'une transition écologique à l'échelle européenne.

Historiquement, le traité de Rome ne prévoyait pas de compétence en matière d'environnement, mais l'Europe a su se doter d'outils pour devenir pionnière sur ce sujet depuis les années 1970. C'est à Bruxelles qu'ont été instaurées les zones Natura 2000, l'interdiction des décharges sauvages, les mesures de protection de certains oiseaux, la réglementation Reach sur les produits chimiques, l'interdiction de certains néonicotinoïdes tueurs d'abeilles.

En 2018, le Parlement européen a voté la réforme du marché du carbone et la révision à la hausse des objectifs du paquet climat-énergie pour 2030. En 2019, il a adopté des plafonds d'émissions pour les voitures et les camions neufs à horizon 2030. Réduire encore la mise en décharge des déchets et supprimer le plastique à usage unique sont également au programme. Une part significative des réglementations nationales sont issues de directives européennes, bien qu'elles ne soient pas toujours transposées avec diligence ni rigueur. Les États sont régulièrement condamnés pour non-respect de certaines d'entre elles, comme la France sur la qualité de l'air ou la Pologne pour l'abattage d'arbres millénaires. Dans le même temps, des scandales comme le « dieselgate » mettent en évidence la facilité de contournement de certaines réglementations et le poids des lobbies industriels.

Retards et divergences

Depuis la signature de l'accord de Paris, à laquelle l'Union européenne a contribué aux côtés des États-Unis et de la Chine, le leadership climatique de l'Europe s'est terni. Ses engagements restent en deçà de ce qui serait nécessaire, plusieurs États membres - dont la France - sont en retard en matière d'énergies renouvelables... Seulement 30% du plan Juncker - 500 milliards d'investissements de 2015 à 2020 - ont été affectés au climat. Comme on a pu le constater lors de la COP25 de décembre 2018 en Pologne, l'Europe est handicapée par les divergences entre États, dont plusieurs succombent au repli nationaliste.

Donner la primauté à l'écologie permettrait tout à la fois à Bruxelles de répondre aux préoccupations des Européens, de se doter d'un nouveau récit collectif fédérateur, qui lui fait cruellement défaut aujourd'hui, et de reprendre des couleurs sur la scène internationale. Mais, à défaut de convaincre les électeurs, la surenchère de façade à laquelle se livrent toutes les listes pourrait au contraire favoriser l'abstention... et le Rassemblement national, le parti le plus en retrait sur ces sujets.

Dominique Pialot

6 mn

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Commentaires 3
à écrit le 24/05/2019 à 11:29
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L'écologie c'est "la relocalisation"; qui nous permettra de supprimer les déplacements inutiles, pour les hommes et les marchandises, permettant a chaque habitant d'être responsable d'un territoire local! Et non pas, d'être de simple touriste en "go...

à écrit le 24/05/2019 à 10:19
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l avenir de lhomme est déjà etame DEPUIS DUMON LE PREMER VRAIS ECOLOGISTE LE MONDE S EST MOQUER DE LUI/ AUJOURDHUI D AUTRE CRISNT AUX ELECTION ET APRES ON NE LES VOIS QUE 5ANS APRES? MOI JE VAIS VOUS RACONTER L HISTOIRE DE LA GRENOUILLE VIVANTE MIS ...

à écrit le 24/05/2019 à 8:36
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Sachant que le politicien à défaut d'être efficace, plutôt corrompu même, préfère tordre le langage afin de nous convaincre de son profond obscurantisme, non bien entendu que ce n'est pas une bonne nouvelle. Encore s'il n'y avait pas la télé et l...

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