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ClimatEnergie & Environnement

Comment réinventer l'écologie ?

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 24 décembre 2018 à 06:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:08

jardin, nature, plantes

jardin, nature, plantes

Reuters

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Photo d'illustration de l'article
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En dépit du coup de projecteur donné par la COP21 en 2015 et d’une mobilisation croissante des politiques et de la société civile, les mauvaises nouvelles s’accumulent sur le front du climat et de la biodiversité. Une information fiable et claire, des propositions permettant à tous de s’impliquer, la mue d’une juxtaposition d’utopies individuelles en une aventure collective, sont autant de pistes à explorer, pour que la bascule se fasse dans la société avant qu’elle ne se produise dans la nature et le...

Ré-enchanter le monde, réinventer Paris... La sémantique de l'époque traduit la nécessité de ré-insuffler du rêve, de l'espoir, voire de l'utopie. Faut-il réinventer l'écologie ? Issu du grec oikos, "demeure", et logos, "science", ce terme désigne la science qui étudie les rapports entre les organismes et le milieu où ils vivent. Il recouvre aujourd'hui de multiples réalités : des ONG plus ou moins radicales, des citoyens engagés, des politiques et des élus de tous bords, et même des chefs d'entreprise qui inventent de nouveaux modèles et entraînent leurs troupes avec eux.

De l'apparition d'un premier candidat écologiste (René Dumont, pionnier de l'écologie politique) à l'élection présidentielle française de 1974, jusqu'à l'absence de tout candidat en 2017 en passant par le score record d'Yves Cochet en 2002 (5,25%) ou à l'apogée du mouvement aux élections européennes de 2009 (avec 16,28% des suffrages pour la liste emmenée par Daniel Cohn-Bendit contre 16,48% pour le PS), toute l'histoire de l'écologie politique française est émaillée de luttes intestines. On peut choisir d'y voir le verre à moitié vide ou à moitié plein.

À propos du développement durable dans l'entreprise, d'aucuns estiment que le sujet aura réellement gagné ses lettres de noblesse lorsque la direction « du développement durable » n'existera plus, mais aura irrigué de ses thèses tous les départements. En politique, l'absence de candidat « vert » au scrutin suprême peut être le signe que les idées écologistes se sont tant et si bien diffusées dans les partis traditionnels, qu'il n'est plus besoin pour les défendre d'un parti dédié. Mais pour le think tank transpartisan la Fabrique écologique, qui a consacré une note au sujet, ni l'existence d'un parti politique écologique, ni la prise en charge de la thématique par les partis traditionnels ne semblent constituer de solution adéquate, et il faut « imaginer de nouvelles formes d'action et de représentation politique correspondant aux profondes mutations en cours de l'économie et de la société ».

Consommateurs, élus, chefs d'entreprise : tous mobilisés

Ces dernières années, essentiellement en raison de leurs impacts en matière de santé publique, développement des réseaux sociaux aidant, les citoyens se sont approprié de nombreux sujets afférant à l'écologie. Le lien entre pollution de l'air, des eaux ou des sols, congestion automobile et mauvaises pratiques industrielles ou agricoles est de mieux en mieux compris. Sur fond de crises sanitaires, souffrance animale, agriculture productiviste, malbouffe et gaspillage alimentaire forment un tout auquel les consommateurs sont toujours plus sensibles. L'appétence pour des produits durables ou des aliments de saison et de proximité, la préférence pour des modes de distribution en circuits courts, dépassent de plus en plus largement le seul cercle des écolos-bobos.

De leur côté, les entreprises sont toujours plus nombreuses à comprendre que le choix de pratiques environnementales, sociales et de gouvernance plus vertueuses, fût-ce au prix d'investissements amortis sur de plus ou moins longues durées, voire de profonds bouleversements de leurs modèles économiques, répondaient aux attentes de leurs clients (particuliers comme entreprises), mais aussi à celles des jeunes recrues qu'elles s'efforcent d'attirer. Sans oublier la garantie d'une gestion des risques plus rigoureuse.

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Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Illustration de la newsletter Climat & environnement

Le monde de la finance lui-même se verdit peu à peu au-delà du microcosme de l'investissement socialement responsable, comme l'illustre notamment le mouvement de désinvestissements des industries fossiles et de verdissement des portefeuilles ou encore la multiplication des émissions d'obligations vertes dédiées à des projets respectueux du climat et de l'environnement

Quant aux élus locaux, ils adoptent des objectifs toujours plus ambitieux en matière d'énergies renouvelables ou d'émissions de CO2. C'est évidemment le cas des maires de la centaine de villes du monde entier en pointe contre le changement climatique regroupées au sein du réseau C40, aujourd'hui présidé par la maire de Paris Anne Hidalgo. En Europe, de plus petites villes et certaines communautés de communes rurales ne sont pas en reste, tandis qu'aux États-Unis, de nombreux États s'engagent, d'autant plus volontaristes face aux positions climato-sceptiques affichées par Trump et son administration et au détricotage systématique de la politique environnementale d'Obama.

Du citoyen lambda à certains chefs d'État (à l'instar d'un Emmanuel Macron qui clame haut et fort à la face de Donald Trump « Make our planet great again »), le climat mobilise de plus en plus largement. Notamment depuis décembre 2015 et l'accord de Paris conclu lors de la COP21. Mais depuis, les écologistes tentent de faire progresser un autre sujet, la biodiversité, ambitionnant de le faire grimper sur l'agenda politique et dans l'opinion publique au même niveau que le climat. Ils misent notamment sur la COP15, la Conférence des Parties sur la Diversité Biologique organisée par la Chine en 2020 et un « Accord de Pékin » qui pourrait devenir le deuxième pilier d'une stratégie de préservation de la biosphère.

Vit-on la sixième extinction de masse de l'histoire ?

Pourtant, en dépit de cette mobilisation autour de ces deux grandes croisades actuelles, que certains opposent mais qui souvent convergent, les mauvaises nouvelles s'accumulent. Les émissions de CO2, qui, pour respecter l'accord de Paris (hausse maximale de la température moyenne de + 2 °C) doivent impérativement atteindre un plafond d'ici à 2050 avant de décliner pour parvenir grâce à la compensation à la neutralité carbone dans la seconde moitié du XXIe siècle, sont reparties à la hausse en 2017. C'est le cas à l'échelle mondiale sous l'effet notamment des consommations énergétiques chinoises, pas encore assez vertes, mais aussi en Europe (+ 1,9%) et même en France (+ 4%). À Paris, les experts de Météo France prédisent une hausse de la température de + 4 °C en hiver et + 5 °C en été dans la capitale annoncée à l'horizon 2071-2100, si rien n'était fait pour modifier radicalement nos comportements.

Quelques jours avant la COP23 en novembre 2017, 15.000 scientifiques de 184 pays poussaient un cri d'alarme sur l'état de la planète dans la revue Bioscience et annonçaient le sixième phénomène d'extinction de masse, en 540 millions d'années, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou se trouver au bord de l'extinction d'ici à la fin du siècle. Dans un rapport publié en mars 2018, le WWF (World Wide Fund For Nature) signale que la masse globale des vertébrés sauvages dans le monde s'est réduite de 58% dans les quarante dernières années et que dans les campagnes européennes, les populations d'oiseaux ont chuté de 30% depuis 2000.

Consommation, modes de vie, finance : mille façons de s'impliquer

Comment inverser la tendance ? Comme l'a récemment montré le débat public sur la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), on observe une dissonance entre les convictions du citoyen majoritairement favorable aux énergies renouvelables et à l'alimentation bio, les contraintes du consommateur qui doit gérer son budget et la résistance au changement qui caractérise nombre d'entre nous, nous rendant réticents à la proximité d'éoliennes comme au renoncement à la voiture individuelle.

Condition sine qua non pour que les gens se sentent suffisamment concernés pour avoir envie de s'impliquer : une information correcte. La communication scientifique sur ces sujets est indispensable, mais elle doit faire l'objet d'efforts de vulgarisation. Surtout, son caractère potentiellement anxiogène doit être compensé par la nature positive et inspirante du « journalisme de solutions », en plein développement, qui donne à voir des exemples d'initiatives repérées dans le monde entier, contribuant à protéger la planète à leur échelle.

Cette information peut favoriser une implication citoyenne, qui peut prendre des formes assez légères. Le Muséum d'histoire naturelle mobilise ainsi des citoyens depuis 1989 pour établir des relevés dans le cadre de son programme "Suivi Temporel des Oiseaux Communs " (Stoc). POLLINIS, qui collabore avec l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) dans le cadre du projet Apiformes, demande aussi son aide au grand public pour recenser les populations d'abeilles sauvages.

Le portail Web OPEN dédié aux sciences participatives permet à tout un chacun, en fonction de son lieu d'habitation, ses centres d'intérêts et son niveau de connaissance, de participer à différents programmes, qu'il s'agisse de comptabiliser les oiseaux sur son balcon, signaler la présence d'insectes ou photographier la ligne de côte. En France, près de 54.000 personnes ont déjà participé à l'un de ces programmes qui permettent aux chercheurs de récolter des observations en très grand nombre, tout en sensibilisant les citoyens à la biodiversité.

Un cran plus loin que les opérations de nettoyage de plages ou de forêts menées à l'initiative d'associations, de municipalités et parfois d'entreprises qui y trouvent un bénéfice en matière marketing, le plogging fait son apparition en France. Venu de Scandinavie, ce jogging d'un genre nouveau consiste à courir tout en ramassant les déchets le long du parcours.

Pour Sandrine Roudaut, qui se définit elle-même comme chercheuse et semeuse d'utopies,« être impliqué dans un projet incite à être acteur du scénario et donc à tout faire pour que cela marche. C'est le cas, par exemple, du spécialiste de l'autopartage Blablacar. C'est l'un des principes de l'utopie ».

Autre mode d'implication : le crowdfunding. Ce financement participatif qui s'applique particulièrement bien aux projets « verts », notamment aux parcs éoliens et solaires, a mobilisé en 2017 un montant record de 20,5 millions d'euros (sur un total de 336 millions euros), en hausse de 78%. Outre des départements dédiés au sein de plateformes généralistes, plusieurs plateformes, telles que Lumo ou Lendosphère sont spécialisées sur ce créneau, qui permet aux particuliers d'investir leur épargne de façon rentable, et aux porteurs de projets de se faire mieux accepter par les riverains, qui bénéficient souvent de conditions privilégiées.

Savoir accueillir l'innovation

Mais ce ne sont pas seulement les particuliers qu'il s'agit de séduire, rassurer, inspirer, motiver... Vis-à-vis des entreprises et des gouvernements aussi, il est urgent de démontrer que la protection de la planète n'est pas exclusivement synonyme de surcoûts et de contraintes. Dans la lignée de l'agenda des solutions né à l'occasion de la COP21, Bertrand Piccard et sa Fondation Solar Impulse mènent une initiative de repérage de 1 .000 solutions efficaces et rentables pour le climat et l'environnement. Il les dévoilera lors de la COP24 en décembre 2018 en Pologne, avant d'aller en personne les présenter aux chefs d'États du monde entier.

Les innovations technologiques bouillonnent, et il est parfois tentant de se laisser aller à la critique devant l'imperfection de certaines solutions « propres », comme l'illustre la polémique sur l'utilisation dans les batteries de véhicules électriques et certaines énergies renouvelables de métaux rares. À l'inverse, il est parfois tout aussi difficile de renoncer à poursuivre dans certaines voies où le remède semble pire que le mal, par exemple en matière de biocarburants issus de denrées alimentaires pour lesquels le bilan carbone, calculé sur l'ensemble du cycle de vie, est plus mauvais  encore que celui du diesel.

Mais pour Sandrine Roudaut,«  les critiques sont des outils de diversion. Il faut s'autoriser à expérimenter ».« Les technologies doivent effectivement progresser,confirme Alexandre Raguet, fondateur de Lumo.Mais c'est toujours mieux que ce que cela remplace. Le photon est transformé en énergie solaire en 8 minutes, contre 300 millions d'années pour le pétrole... ».

S'inspirer de la nature...

Qu'il s'agisse de simples citoyens, d'entreprises ou d'élus, tout l'enjeu est de transformer une multitude d'initiatives individuelles (telles que celles qui coopèrent au sein du mouvement les Colibris fondé par Pierre Rabhi) en une vague de fond susceptible de faire réellement bouger les lignes. Si les écosystèmes peuvent s'effondrer d'un coup lorsqu'il atteignent un point de bascule (tipping point) difficile à anticiper, que la présidente du WWF, Isabelle Autissier, compare à la Tour Eiffel et ses poutrelles métalliques, il suffit également parfois de quelques éléments perturbateurs pour faire basculer l'opinion publique et les usages.

« Le monde change grâce à un petit nombre de citoyens. Les suffragettes étaient 300 au Royaume-Uni. Les résistants représentaient 2% à 3% de la population pendant la guerre,rappelle Sandrine Roudaut.Quand on regarde les grands mouvements de l'Histoire, on ne sait jamais quel pion a tout fait basculer  »Elle incite également à« penser en termes d'écosystème, l'une des grandes leçons du biomimétisme ».

Le conseil vaut également pour les entreprises, qui multiplient d'ailleurs des actions collectives de filières, de secteurs, des alliances privé-public et une mobilisation impliquant leurs collaborateurs, partenaires, clients, fournisseurs, actionnaires, des scientifiques, et in fine de l'ensemble de la société.

Dominique Pialot

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