Ouvert depuis 2014 à la mobilité des apprentis au sein de l'Union, le programme Erasmus n'a profité qu'à quelques milliers de jeunes en France. Le pays veut être le chef de file d'une relance de ces échanges dans l'enseignement professionnel, avec un objectif de 10.000 apprentis en mobilité en 2022.Le retrait du Royaume-Uni du programme Erasmus, annoncé par Boris Johnson le 24 décembre, n'a pas ralenti Jean Arthuis dans son élan. L'ancien député européen et ancien ministre, qui porte un projet de fondation pour la mobilité des apprentis, s'est réjoui de la hausse du budget pluri-annuel de ce programme international d'échange d'étudiants, établi à 26 milliards d'euros pour les sept prochaines années. Avec sa fondation Euro App Mobility EU, en cours de constitution à Bruxelles, Jean Arthuis entend profiter de cette période pour convaincre les Etats membres de mieux inclure les apprentis, "l'une des priorités de cette Europe vieillissante qui ne peut plus se permettre de laisser le moindre jeune sur le carreau".
Budget en hausse de 80 %
Le 11 décembre, l'accord budgétaire européen a alloué à Erasmus +, l'évolution du programme ouverte depuis 2014 à la formation des apprentis, une hausse inédite de près de 80 %. Six jours plus tard, le Parlement européen a adopté à Bruxelles une résolution en matière d'enseignement et de formation. Les rapporteurs de la commission de l'Emploi et des Affaires sociales insistent sur la valorisation nécessaire de la filière professionnelle. Ils mettent en avant les effets positifs de l'apprentissage sur "la compétitivité durable, l'équité sociale et la résilience". Dans cette résolution, non contraignante sur le plan législatif, les eurodéputés invitent les États membres à "encourager la mobilité dans le cadre de l'enseignement et de la formation professionnelle en assouplissant les conditions administratives nationales préalables à l'accueil d'étudiants étrangers" et demandent "la mise en place d'un statut européen de l'apprentissage".
La complexité décourage les centres de formation
"La France compte 400.000 apprentis et 700.000 lycéens professionnels. Les centres de formation peuvent déjà organiser des mobilités vers d'autres pays européens, mais la complexité administrative est telle que la plupart des établissements se sont découragés", témoigne la députée française Ilana Cicurel (Renew), qui milite pour une meilleure collaboration entre les administrations des pays membres de l'Union européenne. "Il faut convaincre les Etats de définir des équivalences de diplômes dans la filière professionnelle, comme ils l'ont déjà fait dans la filière universitaire avec le processus de Bologne. Nous pouvons y arriver d'ici deux ou trois ans", propose Ilana Cicurel.
Olivier Mirguet, à Strasbourg