La Banque d'Angleterre prépare sa réponse au Brexit

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Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney a mis en garde contre les menaces qui pèsent sur la stabilité financière du Royaume-Uni.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney a mis en garde contre les menaces qui pèsent sur la stabilité financière du Royaume-Uni. (Crédits : Reuters)
Le gouverneur de la Banque centrale britannique, Mark Carney a pris une première mesure pour éviter un credit crunch. Davantage pourrait venir le 14 juillet. En attendant, la livre baisse encore.

La Banque d'Angleterre (BoE) a pris sa première action ce mardi 5 juillet pour contrer les effets économiques du vote en faveur du Brexit sur l'économie britannique. Lors de la présentation du rapport de stabilité financière de la BoE, le gouverneur Mark Carney a annoncé que le « matelas de sécurité » en capital imposé aux banques était réduit de 0,5 % à 0 % des actifs britanniques avec effet immédiat. Ce niveau sera maintenu au moins pendant un an, jusqu'en juin 2017. Ceci devrait permettre aux banques commerciales d'offrir jusqu'à 150 milliards de livres (environ 176 milliards d'euros) de crédits supplémentaires aux ménages et aux entreprises.

Cette décision est un premier pas, prise par le Comité de politique financière pour s'assurer que l'économie britannique ne soit pas victime, comme en 2008 et 2009, d'un effondrement de la demande de crédits. La balle est maintenant dans le camp de l'autre comité de la Vieille Dame de Threadneedle Street, le Comité de politique monétaire, lui aussi dirigé par Mark Carney, et qui se réunira le 14 juillet prochain. Les observateurs tablent sur une baisse du taux de refinancement, actuellement à 0,5 % avec une possible annonce concernant une opération de rachats d'actifs pour 50 ou 100 milliards de livres.

Les dangers qui menacent le Royaume-Uni

Car Mark Carney a dressé un tableau inquiétant de l'économie britannique dans les mois à venir. Il s'est d'abord inquiété de la possible réduction des investissements étrangers qui permettent de réduire l'immense déficit courant de l'économie britannique (autrement dit l'endettement de cette dernière vis-à-vis du reste du monde pour son fonctionnement normal) qui dépasse les 5 % de son PIB. Si cette source de financement se tarit, le déficit finira certes par se combler, mais l'économie sera nécessairement moins dynamique.

Deuxième risque identifiée par la BoE : le marché immobilier. Faute d'un flux d'investissement suffisant et en raison d'un retour à la prudence des agents économiques, ce marché « commence à être tendu ». Mark Carney s'inquiète que, compte tenu de l'endettement élevé des ménages britanniques, cette tension, alliée aux effets sur les revenus du ralentissement économique, n'entraîne un courant vendeur sur ce marché qui conduise encore à le déstabiliser. D'où la décision de ce mardi : il faut soutenir le crédit pour maintenir la demande intérieure de biens immobiliers et compenser le tarissement de la demande externe.

A ces dangers « internes », la BoE ajoute des dangers externes : la faiblesse de la demande mondiale qui pourrait être renforcée par l'incertitude et la volatilité des marchés financiers. Tout ceci pourrait peser sur la demande britannique et réduire à la fois la stabilité financière et la croissance. La BoE ne cache donc pas que « l'ajustement » de l'économie britannique à la nouvelle donne sera douloureux. Mais il estime que les banques britanniques sont en meilleure posture qu'en 2009 en termes de capital pour faire face à la crise et que l'environnement juridique et de régulation est également meilleur.

La livre chute encore

Reste que, malgré son action, ce premier bilan de la BoE n'a pas rassuré, le marché a retenu principalement les risques reconnus par Mark Carney. Le rendement de l'obligation d'Etat à 10 ans (le « Gilt ») a reculé de 4 points de base à 0,791 % (il était à 1,37 % le 23 juin), signe d'une perte de confiance dans les perspectives de l'économie britannique. La livre a perdu dans la journée, 1,5 % face à l'euro à 1,17 euros, son niveau le plus bas depuis novembre 2013 et 17,75 % de moins que le 20 juin dernier. Face au dollar, la livre a reculé sous les 1,31 dollar, du jamais vu depuis septembre 1985. Les opérateurs anticipent à la fois une baisse de la croissance et une réponse musclée de la BoE par de la création monétaire et la baisse des taux. Reste à savoir si le 14 juillet, la réponse de Mark Carney sera à la hauteur.

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a écrit le 06/07/2016 à 8:35 :
Le plus important c'est que tout aille si bien en EU, à l'évidence nous sommes tous au paradis avec des trilliards de la bce, mais pour l'Angleterre c'est différent ils vont aller très mal, c'est la fin, comment vont ils faire pour vivre sans l'EU ... réponse "tout va bien se passer sauf si le pays ne produit rien d'important" ! L'économie c'est quand même "vendre acheter" je ne vois pas trop ce que l'EU changeait, il y a des échangent commerciaux vitaux entre l'Angleterre et l'EU, nucléaire, télécom ...
Réponse de le 06/07/2016 à 10:02 :
Vous ne voyez pas trop ce que l'UE change en terme commercial?
Au hasard: pas de droit de douanes, pas de restrictions déguisées (sous la forme de normes dont le seul but es t de freiner le commerce), pas de controle dounaiers a l'interieur de l'UE, et pour le tourisme intra-européen, pas de visa. Tout cela représente des milliards d'euros au niveau économique qui ne sont pas "perdus" mais peuvent être utilisés différemment par les acteurs economiques (consommateurs inclus). Ne pas comprendre cela, c'est ne pas comprendre le commerce international. Et c'est présidement pour cette raison que le Royaume uni va essayer de rester dans le marché unique.
a écrit le 05/07/2016 à 20:00 :
.... en duo la situation des banques Italiennes (et autres pays)... qui va appuyer sur le premier domino ? Nous sommes tous à deux doigts du "bank run " !
a écrit le 05/07/2016 à 18:54 :
Après hier un premier fond immobilier qui bloquait toute possibilité de retrait ces 3 autres fonds qui font de même aujourd hui et c'est pas du petit..Ces annonces de la BOE ont à mon sens rien de rassurant et confirme que l'on va au devant de sacrés remous. Ca commence à se décanter un peu ce soir au niveau des conservateurs, dans le lot y en a qui demande l'art 50 aussitôt que possible, donc ça peut tanguer sévère sur les marchés...
a écrit le 05/07/2016 à 18:40 :
Reste un facteur non évoqué, que devant l'incertitude née du brexit en plus du renchérissement des produits importés suite à la baisse la livre, les britanniques ne réduise fortement leur consommation pour se constituer une épargne de précaution en cas de dégradation encore plus prononcée de la conjoncture économique. A terme moins de rentrées fiscales dues à la consommation, avec, soit une augmentation du déficit publique voir des impots et/ou une baisse de la dépense publique et une dégradation des services publiques notamment de santé et de la couverture sociale des britanniques. Certains auront du mal à s'en sortir.
a écrit le 05/07/2016 à 17:58 :
"150 milliards de crédit aux ménages et aux entreprises".... Faut être crédule pour avaler ces discours. Ca va peut être maintenir le cours des actions, le coût prohibitif des logements, la bulle spéculative, L'urgence semble être de maintenir la fortune des détenteurs de capitaux, pas de profiter aux "ménages".
a écrit le 05/07/2016 à 17:39 :
" le « matelas de sécurité » en capital imposé aux banques était réduit de 0,5 % à 0 % " donc l'or va en profité ?

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