La BCE change son objectif d'inflation et intègre le climat dans sa politique

Inchangé depuis 18 ans, l'objectif de niveau d'inflation de la Banque centrale européenne passe à 2%, contre un niveau "inférieur, mais proche de 2%" auparavant. L'institution tolère désormais des hausses de prix temporairement supérieures à ce taux. D'autre part, la BCE s'engage à "intégrer davantage les considérations relatives au changement climatique dans son cadre d'action", notamment dans les rachats de dettes d'entreprises.

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La Banque centrale européenne a annoncé le 8 juillet un ajustement de sa cible d'inflation tolérant désormais des hausses de prix temporairement supérieures à 2%.
La Banque centrale européenne a annoncé le 8 juillet un ajustement de sa cible d'inflation tolérant désormais des hausses de prix temporairement supérieures à 2%. (Crédits : Ralph Orlowski)

La Banque centrale européenne (BCE) a dévoilé ce jeudi les grandes lignes de sa nouvelle stratégie de politique monétaire. L'institution a notamment annoncé une cible d'inflation plus flexible, désormais fixée à 2% tout en tolérant des dépassements temporaires et modérés. De plus, sa politique monétaire va dorénavant intégrer la lutte contre le changement climatique.

Ces changements sont le résultat d'une refonte de sa stratégie, la première depuis 2003, impulsée par sa présidente Christine Lagarde. L'ancienne ministre de l'Économie sous Sarkozy entre 2007 et 2011 voulait accélérer la conclusion de cette revue stratégique lancée fin 2019, c'est chose faite. Les annonces étaient, en effet, initialement prévues en septembre, mais les vingt-cinq banquiers centraux de la zone euro sont, à la surprise générale, tombés d'accord plus vite que prévu. Réunis en conclave à Francfort depuis mardi soir, ils se sont quittés mercredi soir en ayant finalisé ce chantier retardé pour cause de pandémie du Covid-19 et dont certains points restaient litigieux.

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Un objectif plus flexible...

Concrètement, l'objectif d'un niveau d'inflation "inférieur, mais proche de 2%" pour la zone euro, servant d'étalon depuis 18 ans, est remplacé par "une cible d'inflation de 2% à moyen terme", a annoncé dans un communiqué l'institution. La BCE précise que "cela peut également impliquer une période transitoire pendant laquelle l'inflation est modérément supérieure à la cible". A noter que jusqu'ici l'inflation mesurée dans les 19 pays ayant adopté la monnaie unique n'a pas atteint durablement 2% depuis près de dix ans.

Le Conseil des gouverneurs de la BCE estime que viser une inflation de 2% à moyen terme est le meilleur moyen pour garantir la stabilité des prix. "Autrement dit, le Conseil des gouverneurs considère que les écarts positifs ou négatifs par rapport à l'objectif sont également indésirables", ajoute la BCE dans un communiqué.

"Nous savons que les 2% ne seront pas atteints constamment, qu'il peut y avoir une déviation modérée, temporaire dans les deux sens par rapport à ces 2%. Et c'est très bien", a déclaré la présidente de l'institution lors d'une conférence de presse.

...mais la prudence est de mise

Toutefois, si les taux directeurs devaient se rapprocher de leur "niveau plancher", alors une politique monétaire "particulièrement vigoureuse" et "ancrée dans la durée" sera nécessaire pour éviter à l'inflation de s'ancrer à un niveau trop bas et éloigné de son objectif, ajoute l'institution.

De cette manière, la BCE s'autorise à user de mesures exceptionnelles, comme les rachats massifs de dette sur le marché, pour stimuler l'économie et in fine les prix, comme elle l'a déjà fait depuis plus d'une dizaine d'années face à une inflation durablement passée sous les 2%.

Plan climat

L'institut recommande par ailleurs d'"introduire progressivement les coûts des logements occupés par leur propriétaire" dans le calcul du taux d'inflation, ce qui est de la responsabilité de l'Office européen Eurostat.

"Comme cela est discuté depuis longtemps, l'inclusion des ménages propriétaires de leur logement (owner-occupied housing) dans l'IPCH est désormais recommandée par l'institution de Francfort. Ce projet, mené par Eurostat, s'étalera sur plusieurs années et pourrait modifier les dynamiques de prix en particulier dans les pays qui présentent des taux de propriétaires élevés" a expliqué Louis Boisset, économiste en charge du suivi de la zone euro chez BNP-Paribas.

De plus, un "plan d'action sur le changement climatique" qualifié d'"ambitieux" par l'institut figure aussi dans cette nouvelle stratégie. La BCE va ainsi "intégrer davantage les considérations relatives au changement climatique dans son cadre d'action", notamment dans les rachats de dettes d'entreprises, mais aussi la communication et l'évaluation des risques. Elle prévoit de commencer à publier des informations liées au climat concernant son programme d'achats d'obligations d'entreprise d'ici au premier trimestre 2023.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires 3
à écrit le 09/07/2021 à 0:29
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Un aveu que la BCE n'est pas indépendante mais soumise au diktat politique... en particulier celui des scientologues verts.

à écrit le 08/07/2021 à 19:38
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Du grand n'importe quoi. On ne voit vraiment pas quel est le rapport entre la BCE, et le réchauffement climatique. Décidément, le politiquement correct fait des ravages dans la cervelle des européens

à écrit le 08/07/2021 à 17:23
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Les prix et tarifs augmentent depuis toujours c'est juste des calculs comptables qui les dissimulent ils doivent donc être un peu gênés aux entournures avec cette fois ci l'explosion du prix des matières premières.

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