La BCE réduite à dissimuler son inefficacité

Lors de la réunion de jeudi, Mario Draghi, président de la BCE, devra rassurer encore sur sa capacité à agir. Peut-être annoncera-t-il la prolongation de six mois de sa politique de rachat d'actifs. Mais désormais, c'est bien l'efficacité de la logique de la politique économique de la zone euro qui est en jeu, ce qui laisse la banque centrale face à son impuissance.

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La BCE est contrainte à poursuivre une politique inefficace.
La BCE est contrainte à poursuivre une politique inefficace. (Crédits : © Ralph Orlowski / Reuters)

Plus que jamais, Mario Draghi est dans une position des plus délicates. Sa politique ultra-accommodante ne semble pas porter les fruits attendus, mais il paraît difficile de, déjà, se lancer dans de nouvelles mesures. Faute de mieux, le président de la BCE devra donc se contenter du service minimum lors de la conférence de presse qui, jeudi 8 septembre, suivra la réunion du Conseil des gouverneurs en assurant de sa vigilance. Le seul geste possible attendu par les observateurs serait l'annonce d'une prolongation des rachats d'actifs de six mois, jusqu'en septembre 2017. Un prolongement acquis depuis des mois, mais dont la BCE a retardé l'annonce pour disposer encore de "munitions".

Nouveau trou d'air

Il semble cependant que l'insuffisance de la politique monétaire de la BCE devienne de plus en plus évidente. Après l'accélération de la croissance au premier trimestre à 0,6 % pour la zone euro, celle-ci a de nouveau piétiné au deuxième trimestre en revenant à 0,3 %. Certaines économies, comme l'Italie, la France ou l'Autriche marquant le pas avec une croissance zéro, d'autres, comme l'Allemagne, divise par deux leur rythme de croissance. Une fois de plus, il semble patent que, sans perspective d'inflation, la reprise économique de la zone euro demeurera insuffisante. Sans la capacité de pouvoir espérer disposer d'une marge pour fixer ses prix à l'avenir, les entreprises hésiteront toujours à se lancer dans des investissements d'envergure. Aussi assiste-t-on à des reprises par à-coups de l'investissement, liées à des besoins de renouvellement plus qu'à de vraies politiques. Sans compter que ce manque d'inflation est aussi le signe d'un manque de demande, et que c'est là une raison supplémentaire pour les entreprises de se montrer prudentes.

L'inflation, nœud gordien du problème européen

L'inflation est donc bien le cœur du problème de la zone euro. La BCE a ainsi toutes les raisons de chercher à tenter de remplir son mandat d'une inflation "à moyen terme, proche mais sous les 2 %". Les récents chiffres sur ce front sont, en effet, préoccupants. Alors que la chute annuelle des prix de l'énergie, un des moteurs de l'inflation faible, ralentit depuis plusieurs mois, la hausse des prix demeure très faible en zone euro. En août, elle a été de 0,2 %, soit le même rythme qu'en juillet. Surtout, l'inflation sous-jacente, celle qui ne dépend pas de l'énergie, du tabac et de l'alimentation, s'est affaissé à 0,8 %, ce qui est un rythme assez faible. De l'aveu même d'une récente étude de la BCE, on doit, du reste, s'attendre à voir cette inflation sous-jacente rester faible, même avec la remontée du prix de l'énergie. Or, pour la BCE, ce serait un scénario catastrophe. En effet, avec une telle inflation sous-jacente, on ne pourrait espérer une relance de l'investissement tandis que la consommation, seul vrai moteur de la croissance actuellement, serait ralentie par la hausse des prix de l'essence et de l'énergie. Déjà, on a appris qu'en juillet, en zone euro, les ventes au détail avaient reculé de 1,1 % sur un mois. Et comme il n'existe toujours pas de dynamique extérieure, les perspectives de croissance semblent préoccupantes.

La BCE face à ses limites

La BCE est donc naturellement tentée d'agir encore pour encore faire remonter l'inflation. Cette pression de l'inflation basse interdit absolument tout abandon de la politique actuelle, qui laisserait libre cours aux forces déflationnistes. L'ennui, c'est que la méthode utilisée, celle qui consiste à peser sur les coûts de financement par des rachats sur les marchés et des taux de dépôt négatifs pour relancer la demande, semble ne pas porter ses fruits. Les conditions de crédit s'améliorent, mais la demande de financement reste faible, faute de demande et de perspectives. Pour preuve : avec autant de "bazookas" déjà sortis par la BCE, la croissance de la zone euro reste sujette à des trous d'air et son inflation sans ressort. La politique de la BCE n'est donc pas la bonne. C'est pourtant la seule stratégie dont dispose l'institution monétaire. Aussi est-elle condamnée à poursuivre dans une politique qui, manifestement, a atteint ses limites puisqu'il n'est pas possible en zone euro d'organiser une authentique politique de relance.

Les problèmes de la politique de la BCE

La situation se complexifie encore dans la mesure où cette politique commence à poser de sérieux problèmes. Les taux négatifs font crier les banques qui craignent pour leur rentabilité et menacent de faire payer les clients, autrement dit d'alourdir les coûts de financement. En Allemagne, des banques ont commencé à facturer les dépôts. Sur le plan pratique, les titres publics à racheter deviennent rares en raison des limites que s'est fixée la BCE, non seulement en termes de taux mais aussi en termes de poids dans le marché. Mais si elle cherche à se donner plus d'air, soit en élargissant les rachats, soit en abaissant encore le taux de dépôt, elle prendra davantage de risques, fera peser plus lourd le fardeau des taux négatifs sur les banques et deviendra le seul "faiseur de marché" sur les titres souverains, ce qui risque de rendre sa sortie des plus hasardeuses. Certes, il reste encore des moyens d'action : rachats d'actions d'entreprise, de titres indiciels, de davantage d'obligations privées. Mais tout ceci ne règlera guère les problèmes centraux de l'économie réelle et risque d'amener encore plus de déséquilibres sur les marchés. Mario Draghi reste, de surcroît, sous la pression contradictoire des critiques venant d'Allemagne qui estiment toute action inutile et néfaste et des marchés qui s'alarmeront de toute tentation de lever le pied sur l'assouplissement quantitatif.

Un "policy mix" perdant

On comprend donc sa prudence à agir. La BCE, faute de mieux, va jouer la montre et attendre une très hypothétique reprise du commerce mondial capable de redynamiser l'économie. En attendant, elle va tenter de continuer à jouer sur les taux de financement en espérant que la "magie" de la transmission à la demande finale agisse, ce qui est fort improbable. Ce sera le sens d'une éventuelle annonce d'un prolongement de la politique de rachat d'actifs de six mois. Mais les hésitations à agir sur cette mesure qui est déjà considérée comme acquise depuis longtemps montre combien sa situation est impossible et son action émoussée. Mario Draghi semble devoir s'en remettre à des expédients peu efficaces. Plus que jamais, son isolement semble le nœud du problème. Au Japon, au Royaume-Uni, au Canada, les gouvernements semblent avoir saisi la nécessité d'agir. En zone euro, on s'en remet à un policy mix contradictoire et insuffisant : un mélange de "réformes" et de politique monétaire ultra-accommodante. Un échec que la BCE, malgré ses efforts, ne pourra guère couvrir encore longtemps.

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Commentaires 19
à écrit le 06/09/2016 à 19:36
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Il semblerait qu un seul internaute est le droit de réponse , quand on voit ses connaissances économiques il ne peut s agir que d un passe droit espérons momentanée J écris ceci car un de mes commentaire à été effacé .Peut etre le quidam ou le modér...

à écrit le 06/09/2016 à 12:07
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Non quelle surprise? les manipulations monétaires n"auraient pas le pouvoir de changer durablement les fondamentaux du marché? Quand on comprendra que la BCE ne peut pas faire repartir toute seule la machine et que l'outil monétaire a un pouvoir limi...

le 06/09/2016 à 14:13
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SVP dans quels pays vos souverainistes de droite ou de gauche appliquent ils leurs solutions monétaires . D avance merci ! . Je crois qu emporter par votre amour des banques vous affirmez péremptoirement des contre vérités .Avez vous peur qu ils ai...

le 06/09/2016 à 15:34
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@Le Paysan: à la différence de Trichet, Draghi a mis en place un policy mix monétaire qui est à peu de chose prêt ce que les souverainistes réclament avoir le droit de faire: relance de l'activité par la planche a billet, laquelle serait la seule pla...

à écrit le 06/09/2016 à 11:50
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Il devient urgent que la BCE au lieu de prêter aux banques prête aux états.

le 06/09/2016 à 13:30
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pour qu'il jettent l'argent par la fenetre en votant comme la france ' la retraite a 30 ans pour tous payee par personne'? vous rigolez?

le 06/09/2016 à 14:46
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Contrer vous aimez bien . Répliquer un peu moins . Soyez sur que c est sans animosité que je répond a vos remarques . Et si l on continue , j espère vous amenez dans le camp des Colbertiste . A la condition de réfléchir aux arguments avancés .

le 06/09/2016 à 15:36
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Elle le fait déja via les programmes de rachats de dettes, ce qui explique que les obligations souveraines aient des taux aussi bas.

à écrit le 05/09/2016 à 19:33
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Plutôt que de manipuler la valeur de la monnaie sous l'impulsion des gouvernements démocratiques irresponsables, il reste à la BCE la possibilité d'annuler ouvertement une partie de la dette des états. La pérennisation des taux nuls est devenue indis...

à écrit le 05/09/2016 à 19:20
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Mais qui mais qui va payer la note ????? Cherchez la rèponse, toujours les mèmes, il faut vite se (sasser de cet Euro et de cette Europe. cà pue.....

le 06/09/2016 à 8:28
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Réveillez vous ! On la paie depuis 10ans. Sortir de l Europe n est pas la solution...si nous sortons, nous serons heureux 2/3 ans..,et puis...la faiblesse de notre monnaie nous rendra vulnérable ...et nous sombrerons de la 6eme puissance. A...la 10,...

à écrit le 05/09/2016 à 17:47
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Sortir de l'union européenne semble la solution la plus raisonnable pour sortir de la crise économique dans laquelle la finance nous a plongé.

le 05/09/2016 à 19:53
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Revenir à la finance à papa dans une petite France bonapartiste n'est pas une solution d'avenir. La solution est la régulation adéquate de la monnaie (non la réglementation) et la gestion moderne des risques économiques. Ce que ne savent plus faire l...

le 06/09/2016 à 8:37
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Qui vous parle de revenir à la finance ?! L'avantage de sortir de l'europe c'est que justement cela chassera une grosse partie des financiers de notre pays qui auront beaucoup moins de poids sur les politiques nationales. Qu'appellez vous la...

le 06/09/2016 à 12:04
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Quitter (enfin dans ce cas, mettre fin a la construction européenne dans son ensemble, c'est pareil) n'aura qu'une seule et unique consequence: creer une crise qui fera passer celle de 2008 pour de la gnognotte. Si ce scenario se réalise, préparez vo...

le 06/09/2016 à 13:15
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"n'aura qu'une seule et unique consequence: creer une crise qui fera passer celle de 2008 pour de la gnognotte." ça sent l'incantation religieuse cette phrase, avez vous du concret à proposer pour changer svp ? Parce que l’Angleterre devait s...

le 06/09/2016 à 15:45
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@Citoyen blasé: aucune incantation religieuse. Voici des faits tout simplement: la crise de 2008 a été déclenchée par l'effondrement d'une SEULE banque Lehman brothers. banque importante certes, mais une seule banque.. or l'Euro est la deuxieme reser...

le 06/09/2016 à 17:10
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L'Angleterre s'en sort très bien pour le moment et ce ne sont pas vos incantations qui changeront quoi que ce soit. SI la France sortait de l'ue, bien négociée elle s'en sortirait également sans aucun problème. Vous faites des liens de cause ...

le 06/09/2016 à 17:42
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@Citoyen blasé: l'Angleterre? mais vous n'etes pas aucourant? elle ne fait pas partie de la zone Euro, ce qui fait que sa situation n'a strictement rien à voir avec celle qui prévaudrait avec la disparition de l'Euro, pour les raisons expliqués (en b...

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