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ÉconomieUnion européenne

La Finlande se lance dans un vaste plan de dévaluation interne

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 11 mars 2016 à 14:13 - Mis à jour le 11 mars 2016 à 14:58

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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Les syndicats finlandais ont accepté, sous la pression du gouvernement, un gel des salaires et une augmentation des cotisations et du temps de travail. Le but : rattraper le retard sur le voisin suédois.

La Finlande s'engage dans de rudes « réformes » pour tenter de retrouver sa compétitivité. Jeudi 10 mars, le comité directeur de l'Organisation des syndicats finlandais (SAK), a approuvé l'accord signé le 29 février dernier avec les organisations patronales. Sans l'accord de ce syndicat, qui représente les employés de l'industrie, cet accord eût été mort-né malgré la signature des deux principaux syndicats du secteur tertiaire. Désormais, la voie est ouverte pour ce que l'on appelle le nouveau « contrat social » finlandais.

Le contenu de l'accord

Qu'est-ce que ce « contrat » ? Un véritable remède de cheval qui vise à abaisser de 3,5 % le coût du travail en Finlande d'ici à trois ans. Les syndicats ont accepté de transférer vers les employés une partie des cotisations des employeurs sur les retraites et l'assurance-chômage. Les cotisations salariales vont donc augmenter de 1,2 % pour les retraites et les cotisations chômage de 0,85 %. Les salariés devront travailler sans augmentation de salaires une heure de plus par semaine chaque année, soit au total trois heures de plus par semaine. Les syndicats se sont par ailleurs engagés à ne pas demander d'augmentation de salaire l'an prochain. Enfin, dans le secteur public, les primes des employés seront réduites de 30 %.

Pourquoi les syndicats ont accepté

Les syndicats finlandais, à commencer par le SAK, n'ont cependant pas accepté de gaieté de cœur un accord aussi dur. Ils ont agi sous la pression du gouvernement de centre-droit dirigé par Juha Sipilä qui n'a pas hésité à pratiquer ce qui ressemble fort à un chantage. Le premier ministre avait en effet prévenu qu'en cas d'absence d'accord, il augmenterait les impôts et pratiquerait des coupes budgétaires pour un total de 1,5 milliard d'euros. En cas d'accord, il avait, en revanche, prévenu qu'il réduirait les impôts à hauteur de 1 milliard d'euros. Les syndicats étaient donc sous pression. D'autant que le gouvernement menaçait en réalité de reprendre la main si aucun accord n'était trouvé pour réduire le coût du travail. Cela eût signifié la fin d'une tradition, le fameux « consensus nordique », qui donne beaucoup de pouvoir aux syndicats. Du reste, l'accord pouvait sembler favorable aux salariés puisqu'il se situait sous l'objectif fixé par le gouvernement.

L'accord du gouvernement

Juha Sipilä a néanmoins béni l'accord. Mais pour les baisses d'impôts, il faudra attendre encore. Pour lui, les mesures décidées par les partenaires sociaux sont « un premier pas » qu'il faudra « mette en œuvre. » Il n'est donc pas certain que cet accord suffise. Le ministre des Finances Alexander Stubb, par ailleurs ancien premier ministre, a prévenu qu'il faudra sans doute « se mettre d'accord sur de nouvelles mesures. » Ce contrat n'est donc peut-être qu'un début à de nouvelles exigences. Le gouvernement s'attend à ce que cet accord crée 35.000 emplois alors que le pays compte 252.000 chômeurs et un taux de chômage de 9,4 %.

Mauvaise santé de l'économie finlandaise

Il est vrai que la situation économique finlandaise est préoccupante. Au dernier trimestre 2015, le PIB n'a progressé que de 0,1 % contre 0,3 % en zone euro et 1,3 % en Suède (la compétition entre les deux pays est une référence historique en Finlande). Sur l'ensemble de l'année 2015, le PIB a certes retrouvé la croissance avec une progression de 0,4 %, mais c'est près de trois fois moins que la France (1,2 %), quatre fois moins que la zone euro (1,6 %) et dix fois moins que la Suède (4,1 %). Cette petite progression n'efface donc pas trois ans de contraction de la richesse nationale qui est encore inférieure de 6 % à son niveau d'avant-crise.

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Pourquoi cette dégradation économique ?

Pourquoi ces mauvais résultats ? La raison souvent présentée - et qui a décidé la réponse du gouvernement - est de mettre en avant l'augmentation des salaires par rapport à la productivité. Entre 2010 et 2014, le coût salarial unitaire a progressé 10 % plus vite que la productivité. En Suède et en Allemagne, cet écart n'est que de 8 %, en France de 4 %. Mais tous ces pays partaient de plus bas que la Finlande. Le taux de change effectif réel de la Finlande s'est ainsi apprécié le plus fortement de l'ensemble de la zone euro : + 2 % sur trois ans en 2014, alors que ce taux de change effectif réel reculait de 3,1 % en Suède, de 0,1 % en Allemagne et de 0,7 % en France sur la même période.

Le choix de la dévaluation interne : un choix logique

Confrontée à ce grave problème de compétitivité, la Finlande n'a pratiquement pas profité de la baisse de l'euro. Ses trois principaux marchés sont la Suède, l'Allemagne et la Russie. La crise russe et la chute du rouble n'a guère apporté de soutien au pays. La couronne suédoise s'est dépréciée sur un an face à l'euro grâce à la politique très agressive de la Riksbank, la banque centrale suédoise. Enfin, le taux de change avec l'Allemagne est fixe. La Finlande ne peut donc ajuster son taux de change : elle doit en conséquence faire porter le poids de l'ajustement sur son modèle social et sur les salaires. La Finlande doit pratiquer une « dévaluation interne. »

La voie choisie par la Finlande est donc logique. Peut-elle mener à un redressement du pays ? La principale chance de cette politique est qu'elle se produit dans une phase de reprise lente de l'économie en zone euro et alors que les politiques d'austérité en zone euro sont moins sensibles. Cet « isolement » de la dévaluation interne est une des conditions de son succès. Si tout le monde dévalue en même temps, elle devient beaucoup plus difficile. Pour autant, le succès de cette politique est loin d'être assuré.

Le risque budgétaire

L'amélioration de la compétitivité finlandaise va beaucoup dépendre également de la politique monétaire suédoise et de la santé du marché russe, deux éléments sur lesquels le gouvernement d'Helsinki n'a aucune prise. Par ailleurs, le risque d'une spirale déflationniste de l'économie finlandaise n'est pas à écarter. Le gouvernement va devoir consolider son budget alors même que les revenus des salariés seront réduits. Le pays, chantre dans les réunions européennes de l'orthodoxie budgétaire, est actuellement en phase de procédure pour déficit excessif. Alexander Stubb est sous la pression de la Commission européenne pour prendre de nouvelles mesures : il a reçu une lettre de Bruxelles dans ce sens jeudi. Il n'est donc pas à exclure que, malgré l'accord et les promesses, de nouvelles coupes budgétaires soient décidées. Dans ce cas, la croissance finlandaise pourrait être plus faible que prévue, exigeant de nouvelles coupes et de nouvelles mesures de compétitivité.

Un problème plus structurel

Enfin, il n'est pas à exclure que le problème finlandais ne réside pas seulement dans le coût du travail, mais dans la structure industrielle du pays. Longtemps organisée autour de deux piliers : l'industrie du bois et le géant de la téléphonie Nokia, le pays n'a pas su gérer la transition vers un nouveau modèle. C'est sans doute ici que se situe l'essentiel de la différence avec la Suède qui, outre sa politique monétaire indépendante, bénéficie d'une industrie diversifiée et innovante. Une politique purement quantitative ne pourra pas résoudre les problèmes qualitatifs du pays.

Le gouvernement en difficulté

Reste à connaître la réaction des Finlandais. Un collectif anti-austérité, Joukkovoima (« ensemble de forces ») a appelé à des rassemblements ce week-end à Helsinki et Pori, mais la mobilisation sera sans doute assez faible. On notera que quelques syndicats, comme celui des transports ou le PAM dans les services, ont refusé l'accord. Les agriculteurs manifesteront aussi ce week-end contre la politique du gouvernement. Globalement, le mécontentement semble monter contre le gouvernement. Le dernier sondage de Taloustutkimus donnait dix points de plus que lors des élections de 2015 à la gauche et neuf points de moins à la coalition au pouvoir qui regroupe centristes, libéraux eurosceptiques et conservateurs.

Un référendum sur l'euro ?

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Enfin, certains sont prêts à prendre des mesures plus radicales. L'ancien député européen et ministre du Parti du Centre de 69 ans, Paavo Väyrynen, a rassemblé les 50.000 signatures nécessaires pour contraindre le parlement à discuter de la possibilité d'un référendum sur la sortie de l'euro. Il y a cependant peu de chance que ce référendum ait finalement lieu. Selon Euractiv, dans le dernier sondage sur le sujet, 31 % des personnes interrogées étaient favorable à cette option contre 19 % en 2011. La stratégie du gouvernement devra cependant réussir pour enterrer entièrement ce débat.

Romaric Godin

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