Législatives britanniques : "Le programme des conservateurs débouchera sur des pertes d'emplois et de l'inflation"

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Le meilleur accord que je puisse imaginer et qui soit également politiquement réaliste pour la Commission et le gouvernement britannique serait une sorte d'accord de libre-échange qui se concentre sur l'élimination des barrières non-tarifaires à l'entrée des produits au Royaume-Uni, estime Mark Littlewood.
"Le meilleur accord que je puisse imaginer et qui soit également politiquement réaliste pour la Commission et le gouvernement britannique serait une sorte d'accord de libre-échange qui se concentre sur l'élimination des barrières non-tarifaires à l'entrée des produits au Royaume-Uni", estime Mark Littlewood. (Crédits : Capture d'écran/Youtube)
ENTRETIEN. Mark Littlewood, directeur général de l'Institute of Economic Affairs (IEA), analyse les perspectives économiques du Royaume-Uni, deux semaines avant la tenue d'élections législatives, qui seront suivies par l'ouverture des négociations sur le Brexit.

C'est l'une des plus grandes satisfactions de Theresa May. Depuis sa prise de fonction en juillet dernier, la Première ministre se félicite de la bonne santé économique du pays. En témoignent une croissance de 1,8% en 2016 (0,7% au quatrième trimestre), un taux de chômage de 4,6% historiquement bas et une prévision de croissance de 2% en 2017. Un beau pied-de-nez aux observateurs, dont la Banque d'Angleterre, qui promettaient un fort ralentissement économique après le référendum du 23 juin 2016.

Seulement, en ce deuxième trimestre 2017, certains voyants ne sont plus au vert. La dépréciation de la livre au lendemain du vote en faveur du Brexit a entraîné une hausse de l'inflation jamais vue depuis septembre 2013. La progression des prix pèse désormais sur la consommation des ménages, qui portait la croissance jusqu'à présent, et par conséquent sur le déficit budgétaire, en raison d'une stagnation des recettes de la TVA. Pas vraiment de quoi s'inquiéter, assure Mark Littlewood, directeur général de l'Institute of economic affairs (IEA), think tank libéral prisé de Margaret Thatcher durant son règne. Pour cet ancien responsable des Liberal democrats, l'économie britannique a le potentiel pour rester en bonne santé d'ici à la fin des négociations sur le Brexit, à condition que le prochain gouvernement évite certaines "erreurs".

LA TRIBUNE - Le taux d'emploi au Royaume-Uni est à un niveau historiquement haut, du jamais-vu depuis 1975. Est-ce en raison des contrats "zéro-heure", en forte hausse ces derniers mois ?

MARK LITLLEWOOD - La flexibilité du marché du travail britannique est en effet un facteur important pour expliquer ce taux de chômage très bas. A mon sens, toutefois, les contrats "zéro-heure" ont moins compté que la progression très importante - de l'ordre de 730.000 depuis la crise financière, et de 88% depuis 2001 - du nombre d'auto-entrepreneurs. La leçon à retenir ici est que grâce à cette flexibilité du marché du travail, qui permet aux gens de faire correspondre leur statut à leurs besoins personnels, nous voyons davantage de personnes ayant la volonté de s'insérer sur le marché du travail. Et selon l'Office for National Statistics, le niveau de satisfaction chez les auto-entrepreneurs et à peu près le même que celui des employés. Nous ne sommes donc pas face à des personnes qui préféreraient forcément la sécurité du salariat.

L'économie semble pourtant marquer le pas ces dernières semaines. La hausse de l'inflation, causée par la baisse de la livre consécutive au référendum sur le Brexit, affecte le niveau de vie des ménages. La bonne santé économique peut-elle, de manière réaliste, se poursuivre d'ici à la fin des négociations sur le Brexit ?

Je ne suis pas certain que l'économie ralentisse tant que cela. Ce qui est sûr, c'est qu'elle fait beaucoup mieux que ce que de nombreux observateurs avaient prévu, depuis juin dernier. Les fondamentaux n'ont pas changé. L'économie restera en bonne santé jusqu'à ce que nous ayons un aperçu de l'accord, ou de l'absence d'accord, de sortie de l'Union européenne.

Vous avez remis en cause, à la fin du mois d'avril, l'ébauche du programme des conservateurs, le qualifiant de "léger". Maintenant que la version officielle a été présentée, pensez-vous que les conservateurs, et Theresa May en tête, soient les mieux placés pour stimuler l'économie et réduire les inégalités croissantes ?

Etant donné que le programme des conservateurs semble évoluer et subir des modifications en permanence, je ne me risquerais pas à commenter la manière dont il sera mis en pratique. Ce que je peux dire, en revanche, c'est que la proposition d'instaurer un objectif arbitraire de réduction du solde migratoire est très décevant [Theresa May souhaite faire passer ce solde net sous la barre des 100.000 personnes par an, Ndlr]. Même si cet objectif était atteint, il le serait grâce à un interventionnisme lourd et contre-productif. Des mesures visant à rendre plus cher l'embauche de travailleurs étrangers sont tout simplement une forme de protectionnisme.

Ensuite, les mesures ayant pour finalité d'augmenter le fardeau des régulations et de l'interférence du gouvernement dans les prix et les salaires [les conservateurs comptent porter le salaire minimum des plus de 25 ans à 60% du revenu médian d'ici à 2020, Ndlr] entraîneront une hausse des coûts, une baisse de la compétitivité et affecteront la flexibilité du marché du travail, ce qui débouchera sur des pertes d'emplois et une hausse de l'inflation.

Enfin, le fait que le programme des conservateurs prévoit de repousser le calendrier d'élimination du déficit affaiblit la crédibilité du parti en matière de discipline budgétaire. Dans la même lignée, la suppression annoncée du "triple-verrouillage" fiscal, qui garantit actuellement le gel de la TVA, de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales, va certes rendre plus facile le travail du ministre des Finances, mais celle-ci aurait dû être compensée par la garantie que le fardeau fiscal ne dépasse pas un tiers du PIB.

Le programme de Theresa May comprend aussi sa position en faveur d'un "clean" ou "hard" Brexit. A quoi ressemblerait un bon accord selon vous ?

A mon sens, le Brexit est bien moins important que ce qui arrivera par la suite. C'est une opportunité, pas une fin en soi. Toutes les options évoquées comportent des éléments positifs et négatifs mais, pour être honnête, le meilleur accord que je puisse imaginer et qui soit également politiquement réaliste pour la Commission et le gouvernement britannique serait une sorte d'accord de libre-échange qui se concentre sur l'élimination des barrières non-tarifaires à l'entrée des produits au Royaume-Uni. Même si cela doit passer par la mise en place par l'UE de droits de douane calqués sur les taux préconisés par l'OMC pour les produits britanniques, ce qui affecterait inutilement les consommateurs européens, les barrières non-tarifaires sont vraiment ce qui doit être éliminé.

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a écrit le 01/06/2017 à 13:21 :
Ce qui est bien avec ce genre de commentateur, sait qu'on sait exactement ce qu'il va baratiner : flexibilité : fardeau fiscal : souplesse et, c'est-à-dire un parfait exemple de pensée unique. Plutôt que de le publier A TRIBUNE devrait plutôt mettre qu'il s'agit d'un copié-collé de ce qu'on entend depuis 35 ans. Avec le résultat qu'on voit.
a écrit le 27/05/2017 à 2:55 :
Si l'Angleterre fait un brexit, fait-on un blexit si on publie une moindre qualité pour le blé français et donc une bonne gestion des avantages compétitifs? On publie que le taux moyen de protéines serait de 11,6 en France avec depuis 1996 avec un tiers des récoltes au dessus, contre 12,5-13 en Allemagne et un taux qui serait près de 12 en Angleterre. Un scoring de 2013 placerait les USA en numéro un, l'Allemagne en deux puis le Canada, sommes-nous victimes de mauvais temps conjoncturel si le critère numéro un a l'export serait la qualité protéique du blé pour les questions d'assemblées. La tendresse du blé est elle oubliée si le score est de 615 au Canada et 597 en Australie, sommes nous victimes d'un réchauffement localisé ? Il y aurait un déficit de 500€ à l'hectare pour les producteurs et une baisse à l'export de 40% dans un contexte d'augmentation de la production et d'augmentation du commerce prévu au 4 mai 2017 à 170 millions de tonnes pour 158,2 en 2013-2014 pour une production de 740,4 millions.
a écrit le 26/05/2017 à 20:33 :
Ils faut être pas seulement pragmatic mais aveugle et très cynique
La volonté de travailler c'est surtout l'absurdité qui force les mère célibataires à travaillé 15h par mois contre un salaire ridicule qui ne couvre pas la garde d'enfant En échange de la continuation des prestation social
Et auto entrepreneur ou zéro hour contract qui ne sont pas comptabilisé comme chômeur mes si ils ne touche pas un centime pendant trois mois !!! Et plus si ils touche au moi. 150/200€ sur un moi
Si ca c'est pas un paradis !!!
Dons MAY est la faucheuse !!!
a écrit le 26/05/2017 à 18:26 :
Par la "suppression des barrières non-tarifaires", ce Monsieur Anglais pointe les Normes européennes...On peut comprendre que ça l'ennuie, mais son pays est aussi sorti pour justement ne plus subir les Norme européennes! On ne peut avoir la chaîne ET la montre (et accessoirement le c... de la fermière). Les produits fabriqués au RU , s'ils veulent être exportés dans l'UE ne pourront pas se contenter de leurs normes nationales. Ca va leur coûter tellement cher d' avoir des fabrications spéciales UE qu'ils auront certainement intérêt à n'en faire qu'une... directement aux Normes européennes...De la logique anglaise en somme.
a écrit le 26/05/2017 à 17:47 :
Juste mort de rire : "cette flexibilité du marché du travail, qui permet aux gens de faire correspondre leur statut à leurs besoins personnels"

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