Le gouvernement allemand fait fi des manifestations sur le TTIP

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En Allemagne, les organisateurs de la manifestation anti-TTIP attendaient entre 50 000 et 100 000 participants.
En Allemagne, les organisateurs de la manifestation anti-TTIP attendaient entre 50 000 et 100 000 participants. (Crédits : Reuters/Fabrizio Bensch)
Malgré l’immense manifestation anti-TTIP à Berlin le 10 octobre, le gouvernement allemand et l’industrie veulent poursuivre les négociations. Un article d’EurActiv Allemagne.

Le gouvernement allemand semble peu disposé à changer de position sur le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP), malgré les manifestations qui ont réuni entre 150 000 et 250 000 personnes à Berlin ce week-end. "Le gouvernement fédéral juge les inquiétudes [des manifestants] [...] infondées", a déclaré Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière allemande le 12 octobre. L'Europe a "la chance incroyable de fixer des normes internationales".

Le ministère de l'Économie considère néanmoins que le partenariat peut encore être amélioré. Le BDI, une association représentant l'industrie allemande, a mis en garde contre l'échec des négociations sur le TTIP. Le BDI souhaite que le gouvernement étende sa stratégie de dialogue et d'information pour mieux contrer les détracteurs du TTIP.

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Le gouvernement réagit à ce qui s'est avéré être la plus grande manifestation à Berlin depuis de nombreuses années. Les chiffres de la police indiquent 150 000 manifestants alors que les organisateurs en ont dénombré près de 250 000. Les manifestants craignent surtout que le projet d'accord avec les États-Unis et celui en cours avec le Canada (CETA) ne menacent les lois européennes en matière de protection de l'environnement, du travail, et de la sécurité alimentaire. Les inquiétudes portent également sur le fait que les entreprises pourront défendre leurs propres intérêts face aux gouvernements nationaux via des instruments juridiques qui contournent les tribunaux de droit commun.

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Selon le Süddeutsche Zeitung, l'Europe veut que les États-Unis s'engagent à appliquer des normes sociales et environnementales plus élevées dans le chapitre du "commerce et du développement durable". Le gouvernement allemand a insisté sur le fait que les règleseuropéennes strictes de protection ne seraient pas affaiblies par le TTIP. Un porte-parole du ministère de l'Économie a dit prendre acte des préoccupations des citoyens qui ont manifesté le 10 octobre, mais a assuré que la protection élevée et les normes techniques pourraient s'appliquer dans le monde entier.

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Le président du BDI, Ulrich Grillo, a appelé à une discussion ouverte et factuelle sur les risques et les avantages du TTIP. Selon lui, s'opposer directement à l'accord ne peut être que négatif. Le partenariat transpacifique (PTP), entre 12 États bordant le Pacifique, se trouve déjà à un stade avancé et l'Europe doit réagir si elle ne veut pas être laissée sur le carreau au niveau commercial. L'Allemagne a besoin de marchés ouverts, a souligné Ulrich Grillo, puisqu'un quart des emplois dépendent des exportations.

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a écrit le 17/10/2015 à 8:58 :
Voici quelques raisons d’être agacés par cette négociation.

1 - S’il est approuvé, la totalité de l’accord sera applicable aux Etats Européens. L’inverse n’est pas exact. Des Etats US peuvent refuser telle ou telle disposition. Scandaleux.

2 - Les parlementaires n’ont accès aux documents que dans des salles sécurisées de l'ambassade américaine, sans téléphone et sans crayon. Scandaleux.

3 - L’Union Européenne a ouvert ses marchés publics à toutes les entreprises américaines. Les Etats US refusent de faire de même. Scandaleux.

4 - Les américains demandent un accès à tous les projets de Loi en Europe avant même qu’ils soient rendus publics. Les Etats américains refusent absolument qu’il en soit de même au profit des européens. Scandaleux.

5 - Sur l’arbitrage, lisez ce qui suit : « «Je partage totalement les nombreuses critiques selon lesquelles les procédures de règlement des différends entre investisseurs et États n'ont débouché jusqu'à présent que sur des exemples très inquiétants de litiges contre les États. Signé Karel De Guth, prédécesseur de Cécilia Malmström. Difficile, pourtant, d’être plus libéral que lui.

6 - Les américains refusent de signer 6 des 8 « conventions fondamentales » de l’OIT (Organisation Internationale du travail). Il s’agit pourtant de « bol de riz ». Par exemple, les américains refusent de signer la convention de 1948 sur l’interdiction du travail forcé. Qui se sent capable prêt à expliquer à une classe de 3ème que cela est bien normal ?

7 - Poursuivons. Ce matin dans Le Figaro on lit que le TAFTA serait porteur de 90 milliards d'euros de gains économiques de part et d'autre de l'Atlantique. Nul ne précise entre qui et qui sera réparti se gain de 90 milliards d’euros.

8 - Enfin, relisons la Tribune du 19 juin 2014. On y lit que l'ambassade américaine propose aux partisans d'un vaste accord de libre-échange américano-européen qui seraient insatisfaits de la couverture médiatique négative dont il fait l'objet d'envoyer leurs idées et projets afin d'organiser un débat "positif" sur le sujet. "Nous vous soutiendrons !", assure l'ambassade américaine de Berlin qui promet une aide financière pouvant aller jusqu'à...20.000 dollars. N’est-ce pas bizarre, s’agissant d’un accord gagnant- gagnant merveilleux ?

9 - Conclusion : Oui à l’accord, mais pas comme ça.
a écrit le 16/10/2015 à 16:40 :
Les Etats, les politiques donc, ont depuis longtemps failli en sacrifiant l'intérêt commun aux intérêts particuliers, en se soumettant à la finance, en subissant le chantage des entreprises, en se commettant avec les lobbies. La signature du TTIP par l'Europe sera l'apogée de cette faillite par déni de démocratie.
Il ne peut être gouverné indéfiniment contre les peuples. La révolte commence toujours par des détails, des chemises déchirées... Les gouvernants et la "justice" auront beau vouloir faire un exemple, lorsque la rivière sort de son lit des dégâts sont à craindre, surtout que la crûe peut durer et tout emporter. En attendant TTIP: Niet.
a écrit le 16/10/2015 à 13:32 :
Il est intéressant de voir que nos amis Allemand sont les premier à défendre le comportement de UE face aux Européens alors qu'ils protestent contre le TTIP...

Bon, ils ne sont pas les seuls, les politiques qui prônent l'Europe et sont contre le TTIP sont soit naïfs soit hypocrites.

Dans le monde du chacun pour sa gueule, c'est... chacun pour sa gueule!
a écrit le 16/10/2015 à 10:57 :
L'Allemagne... Un modèle de démocratie (!) qui se révèle au peuple aujourd'hui, mais aussi et surtout le porte parole des US pour saborder l'UE. Mais pourrais t'on faire pareillement en France ? Je me rappelle le "non" au référendum de 2005, transformé en oui par nos élus plus tard... J'ai lu il y a peu un extrait du texte du moine Manogold de Lautenbach (1084) qui écrivait : "Le peuple est au-dessus de ses princes, le pouvoir découle d'un contrat entre le peuple et ses souverains. Dès lors que ces derniers exercent leur ascendant au détriment du peuple, il faut les destituer car, si on chasse un porcher qui néglige la garde de ses cochons au risque de les perdre, combien est il plus important de démettre de leur mandat et de leurs titres ceux qui ne savent pas gouverner les hommes mais les mènent à l'erreur. Le prince qui n'exerce pas son autorité avec justice rompt le contrat tacite et délie lui même le peuple de son serment de fidélité". Combien de nos élus et de nos politiques devraient être démis de leurs titres, fonctions et indemnités, selon Manogold ? Angela pourrait je pense figurer dans sa liste.

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