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ÉconomieUnion européenne

Le PS français menacé de "pasokisation" ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 29 novembre 2016 à 11:28 - Mis à jour le 29 novembre 2016 à 11:56

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Plusieurs sondages placent le PS sous les 10 % à la présidentielle. Un destin qui rappelle celui de plusieurs partis social-démocrates européens. Le point sur ce phénomène de "pasokisation".

Les sondages doivent certes être désormais pris avec beaucoup de précautions. Mais les dernières enquêtes d'opinion sont unanimes : quel que soit son candidat officiel, le Parti socialiste (PS) pourrait réaliser un score inférieur à 10% au premier tour de l'élection présidentielle d'avril 2017 : 9% pour Harris Interactive, 8% pour Odoxa. Cette chute vertigineuse de la social-démocratie française n'est pas une spécificité nationale (même si l'ancêtre du PS, la SFIO a connu un destin comparable avec les 5 % de Gaston Deferre en 1969). Au point qu'un néologisme décrit désormais l'effondrement de ce centre-gauche dans l'électorat : la « pasokisation ».

Le noir destin du Pasok

Car c'est le puissant Parti socialiste panhellénique (Pasok) qui, le premier, a connu ce triste destin : une victoire électorale puis un recul historique allant jusqu'à une marginalisation extrême. Le destin du Pasok est certes lié au cas particulier de la Grèce, mais il annonce celui de plusieurs partis sociaux-démocrates européens. Le Pasok remporte à l'automne 2009 les élections générales grecques. Son dirigeant, George Papandreou, fils du fondateur du parti Andreas Papandreou, devient premier ministre et annonce que le déficit budgétaire grec est bien supérieur aux évaluations du gouvernement conservateur précédent. La crise grecque commence. Le pays refuse tout défaut et s'engage dans une austérité féroce pilotée par les créanciers.

Le Pasok, parti de centre-gauche, est naturellement la première victime de sa propre politique fondée sur la déflation salariale et la réduction des dépenses publiques. En novembre 2011, George Papandreou tente de reprendre la main et propose un référendum sur l'austérité. Les créanciers s'en irritent et demandent sa démission. Le parti, désormais dirigé par Eleftherios Venizelos, lâche le premier ministre et soutient les gouvernements de Lukas Papadimos, puis d'Antonis Samaras, qui suivent les directives de la « troïka ». Le Pasok s'identifie progressivement à l'austérité qu'il contribue à maintenir. A l'inverse de Nouvelle démocratie (ND), son rival conservateur, ce positionnement est incompris par son électorat, tandis que le Pasok perd sa capacité à « distribuer » les postes comme jadis.

Les scissions et les départs se multiplient logiquement. La gauche démocratique (Dimar) tente de construire une alternative à gauche tandis que George Papandreou créé son propre parti le « Mouvement » et que beaucoup de cadres rejoignent l'étoile montante de la gauche grecque, Syriza. La sanction électorale est sans appel. En mai 2012, le Pasok passe de 43,9 % des voix à 13,2 % des voix. En juin, il s'effrite encore à 12,3 % des suffrages, puis, en janvier 2015, son score est encore divisé par près de trois à 4,7 %. Le Pasok, jadis principal parti grec n'est plus que septième ! En septembre suivant, son alliance avec Dimar lui permet de revenir à la quatrième place, mais avec 6,3 %, le Pasok est désormais un parti secondaire, identifié aux pires années de l'austérité aveugle en Grèce, incapable d'incarner une alternative et condamné à servir de supplétif aux gouvernements conservateurs. Même le recul de Syriza - lui aussi menacé de « pasokisation » après son tournant social-libéral de juillet 2015 ne profite guère au Pasok qui, dans les sondages, demeure aux alentours de 6 %.

Le Waterloo du Labour irlandais

La « pasokisation » n'est cependant pas un phénomène purement grec. Elle s'est produite dans un autre pays européen, l'Irlande, en février dernier. En Irlande, la social-démocratie incarnée par les Travaillistes du Labour n'a jamais été une force centrale. La crise de 2010 et le choix du gouvernement irlandais libéral du Fianna Fáil, sous la pression de la BCE, de ne pas faire participer les détenteurs d'obligations bancaires, mais d'accepter un plan de « sauvetage » moyennant une forte austérité, est rejetée en février 2011 par les électeurs.

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Le Labour arrive alors en deuxième position avec 19,5 % des voix, soit son meilleur score depuis 1922. Il décide de s'allier avec les Conservateurs du Fine Gael, arrivés en tête sur un slogan : « burn the bondholders ! » (« Brûler les détenteurs d'obligations »). A peine au pouvoir, la BCE menace de sortir l'Irlande de la zone euro si ces projets sont menés à bien. La coalition Labour-Fine Gael change de stratégie et applique strictement les demandes de la troïka.

Le Labour promet de protéger au mieux les intérêts des citoyens. Mais il vote toutes les coupes budgétaires. En 2016, l'électorat du Labour de 2011, se sentant trahi, le sanctionne fortement. Une grande partie des électeurs traditionnels du Fianna Fáil, plus centristes, qui l'avaient rejoint retourne dans leur parti d'origine, revigoré par sa cure d'austérité et qui retrouve des accents sociaux. Une autre partie, plus à gauche, rejoint l'Alliance contre l'austérité ou le Sinn Féin. Résultat : le Labour enregistre le deuxième plus faible score de son histoire avec 6,6 % des voix, soit un tiers de ceux de 2011. Il n'a plus que sept députés au Dáil, du jamais vu depuis 1932. Le Labour décide de ne plus soutenir de gouvernement, mais il semble avoir perdu toute crédibilité et continue à reculer dans les sondages puisque la dernière enquête le donne à 5 % des intentions de vote, soit autant que l'alliance d'extrême-gauche...

L'effondrement du PvdA néerlandais

Un troisième parti social-démocrate pourrait connaître le même score dès mars 2017 : les Travaillistes néerlandais du PvdA. Les Pays-Bas ont aussi connu à partir de 2010 une politique d'austérité assez sévère entamée par la coalition minoritaire entre les Libéraux du VVD du premier ministre Mark Rutte et les Chrétiens-démocrates du CDA. En 2012, les Travaillistes mènent une campagne très critique envers le premier ministre qui leur permet de gagner cinq points à 24,8 % des voix, leur meilleur score depuis 2003. Le PvdA décide de s'allier avec le VVD, arrivé en tête, comme en Irlande, sur la promesse d'une protection des plus fragiles. Mais les Travaillistes mènent une politique d'austérité très dure incarnée par l'inflexible ministre des Finances et président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Le parti s'effondre alors dans les sondages et est désormais donné entre 8 et 10 %. Les électeurs néerlandais de gauche, pourtant assez modérés traditionnellement, ont rejeté les choix travaillistes de déconstruction de l'Etat-providence. Il est désormais éclaté et les déçus rejoignent les rangs du parti des retraités (50 plus), de l'alliance des Verts de gauche (Groenlinks), parti qui regroupent les Ecologistes et les anciens Communistes, et qui incarne la social-démocratie historique, ou même vers l'extrême-droite du PVV. Le PvdA peut certes se targuer d'avoir redressé les comptes publics néerlandais, mais il risque une marginalisation inédite dans son histoire puisque le PvdA n'a jamais eu moins de 30 sièges à la chambre basse et qu'on lui en promet entre 8 et 12 seulement en mars prochain...

Un mouvement général en Europe

Au-delà de ces cas de « pasokisation », l'ensemble de la social-démocratie européenne est au plus bas, à quelques exceptions près. Les grands partis du nord, suédois ou danois, demeurent forts, mais à des niveaux très faibles. La SPD allemande semble condamnée à rester entre 20 et 25 % des voix, loin de ses scores des années 1990. La SPÖ autrichienne n'est pas parvenue à qualifier son candidat pour le second tour de la présidentielle, avec à peine plus de 10 % des voix. En Espagne, enfin, le PSOE s'est résolu à soutenir indirectement le gouvernement conservateur au prix d'une crise interne qui semble lui coûter également électoralement très cher. Il n'y a que deux exceptions. D'abord, le Parti-démocrate italien, très modéré qui profite de la dissolution du centre-droit de ce pays et de la disparition d'une alternative à gauche, mais dont le score demeure modeste aux environs de 30 %. Ensuite, le PS portugais qui a renoncé à la « grande coalition » pour choisir le soutien externe de l'extrême-gauche et qui parvient à maintenir un certain équilibre entre ses choix pro-européens et les demandes de ses alliés. Le PS est en forte progression dans les sondages les plus récents, à plus de 40 % des intentions de vote contre 32 % aux élections de l'an dernier.

Les causes du déclin

Le crépuscule du PS français n'est donc que le reflet du crépuscule de la social-démocratie européenne. Cette dernière a été incapable de trouver un équilibre entre son désir gestionnaire qui, progressivement, l'a amené à adopter des positions proches des programmes de la droite, et son positionnement initial progressiste.

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Ceci l'a amené à choisir des « grandes coalitions » où elle est inaudible ou des politiques de « réformes » peu convaincantes. Résultat : la Social-démocratie a déçu tout le monde. Les électeurs « réformistes » rejettent ses « demi-mesures » et se tournent vers le centre ou le centre-droit (Emmanuel Macron ou François Fillon en France), tandis que l'électorat de gauche rejoint des partis qui défendent l'Etat-providence. La base électorale de la Social-démocratie se réduit donc comme peau de chagrin, ces partis apparaissant de plus en plus comme « inutiles » politiquement. C'est la destinée du Pasok. Et peut-être bientôt celle du PS qui se traduit dans son incapacité à fédérer la gauche dans « sa » primaire.

Romaric Godin

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