L'Europe floue de la social-démocratie

Il assure qu'il est « bien où il est » (comprendre : loin de Paris et de la bataille sanglante qui s'annonce pour la gauche). Pour autant, Pierre Moscovici ne s'interdit pas de passer des messages.
(Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)

« J'attends des sociaux-démocrates (français) qu'ils n'aient pas l'Europe molle », explique le commissaire européen Pierre Moscovici. En tout cas, pour l'instant, ils ne l'ont pas tendre.

Valls "European friendly" ?

À commencer par le Premier ministre qui a menacé de ne plus appliquer la directive travailleurs détachés : « dispositif européen qui fait des ravages majeurs, terribles, dans le monde salarié, le monde ouvrier », au moment même où sa réforme, en cours, prévoit d'y introduire le principe : à travail égal, salaire égal pour les travailleurs détachés et nationaux. On appréciera l'usage du terme de « dispositif » pour cette loi qui bénéficie à presque autant de salariés français travaillant à l'extérieur de l'Hexagone que d'Européens venant en France (environ 150.000 dans chaque cas)...

Ce n'est pas la première fois que Manuel Valls parle de l'Europe comme d'un lointain et encombrant « étranger », façon lieutenant Drogo les yeux rivés au-delà du désert des Tartares. Il faut dire que, de tous les membres du gouvernement, il est le seul à ne (presque) jamais mettre les pieds à Bruxelles ni rencontrer ses vingt-sept homologues ensemble.

Le bicéphalisme de la Ve République fait que le premier des ministres reste cantonné aux affaires françaises, quand le président Hollande court les conseils européens, Michel Sapin les conseils des ministres des Finances, Laurent Fabius des ministres des Affaires étrangères, etc.

L'indécision des sociaux-démocrates européens

À l'autre bout du spectre, Arnaud Montebourg, qu'un récent sondage place devant François Hollande aux primaires, dit vouloir « un mandat de dépassement des traités » et la fin de la règle des 3% de déficit. Même le Premier ministre grec Aléxis Tsípras, pourtant censé se trouver à sa gauche, n'en demande pas tant, et se contente d'appeler à faire des « exceptions ». Ce que du reste la commission Juncker fait sans le dire par la grâce de la « flexibilité » du pacte de stabilité, dont Pierre Moscovici peut s'arroger la paternité.

Il a fallu qu'un autre candidat à la primaire, peu soupçonnable d'« eurolâtrie », le frondeur Benoît Hamon, donne une leçon de réalisme à l'ancien ministre du Redressement productif.

« Il y a un côté puéril à penser que l'Europe s'agenouillera devant le nouveau président français », dit-il.

L'actuel locataire de l'Élysée est bien placé pour le savoir, lui qui a dû mettre pas mal d'eau dans le vin du « plan de relance » promis en 2012 et n'a pas réussi la « réorientation » de l'Europe promise.

Coincée dans une grande coalition à Bruxelles comme à Berlin, ultra-minoritaire au Conseil européen (8 des 28 chefs d'État et de gouvernement sont sociaux-démocrates), chahutée sur sa gauche par Syriza, Podemos, Die Linke, le Front de gauche, les Verts, la social-démocratie a partout sur le continent l'Europe non pas molle, mais floue. Elle hésite entre le centrisme qui l'a menée au pouvoir et l'alliance à sa gauche qui pourrait l'en éloigner. Les deux options peuvent se défendre. Mais laisser croire que son indécision est la faute... de l'Europe serait criminel.

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Commentaires 2
à écrit le 17/09/2016 à 16:23
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La social-démocratie n'est ni floue, ni molle : elle est minable. Il n'y a ni socialisme, ni social, ni démocratie. Juste une droite complexée.

à écrit le 16/09/2016 à 14:10
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Bon article merci. Maintenant je ne suis pas d'accord avec votre conclusion qui du coup détonne avec la qualité du contenu de votre article. Bien entendu que si le PS et les sociaux démocrates sont de droite (et non centristes hein, la sémant...

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