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ÉconomieUnion européenne

Le Royaume-Uni et l’Union européenne : stop ou encore ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 06 mai 2015 à 13:00 - Mis à jour le 06 mai 2015 à 13:05

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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S’il reste Premier ministre, David Cameron organisera en 2017 un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Depuis 2012, un audit est en cours outre-Manche sur l’actuelle répartition des compétences entre l’Union Européenne, les Etats membres et la manière dont le Royaume-Uni conçoit sa place au sein de l’UE. Dans un rapport, le Sénat français revient sur les enjeux en cours.

Le prénom de la petite princesse ayant été dévoilé - Charlotte Elizabeth Diana -, le champion de football d'Angleterre étant connu - Chelsea - un autre sujet alimente les débats outre-Manche : l'avenir du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne.

Le sujet a été mis sur la table par David Cameron en 2010, lors de la campagne électorale. Le candidat conservateur avait promis la réalisation d'un audit sur l'actuelle répartition des compétences entre l'Union européenne et les états membres et la manière dont le Royaume-Uni conçoit sa place au sein de l'UE. Il a été lancé en 2012. Il a permis de mettre en lumière les principales revendications du Royaume-Uni - les griefs - vis-à-vis de l'Union européenne.

Le Sénat français se saisit du sujet

Mais David Cameron ne compte pas en rester là. Alors que les élections générales se tiendront ce vendredi 7 mai, le Premier ministre a fait de cette question un sujet de campagne. En cas de victoire, il a promis la tenue d'un référendum populaire sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne.

Cette question n'agite pas seulement Londres. A Paris, elle occupe également les esprits. Dévoilé ce mardi, un rapport d'information du Sénat français résume les enjeux de ce débat. " C'est tout sauf un sujet anodin. Le Royaume-Uni est l'un des piliers de l'Europe. Nous sommes plus forts à 28, avec nos amis britanniques à nos côtés ", explique Fabienne Keller, la sénatrice UMP du Bas-Rhin, vice-présidente de la commission des Affaires européennes de la chambre haute du parlement et auteure de ce rapport.

Que contient-il ? Si les apports de la construction européenne sont ignorés, cet audit fait la part belle aux  revendications et propose ni plus ni moins qu'un agenda de réformes. Quelles sont-elles ? Nos voisins britanniques souhaitent en priorité un approfondissement du marché intérieur, notamment dans la libre circulation des capitaux, les services, le numérique, l'énergie et les transports. Ils réclament également un rééquilibrage du partage des compétences entre l'Union et les états membres.

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"Le Royaume-Uni déplore le décalage existant entre l'accélération de l'évolution des marchés et le manque de réactivité du processus législatif européen, proposant de répartir les compétences de manière à laisser plus de liberté aux états membres mieux placés pour réagir", précise le rapport.

La crainte d'une Europe à deux vitesses

Autre revendication jugée éminemment importante aux yeux des Britanniques, la non-discrimination entre états membres et états non membres de la zone euro. En clair, ils souhaitent qu'il n'y ait pas d'Europe à deux vitesses qui feraient des pays n'ayant pas fait le choix de la monnaie unique les laisser pour compte de l'UE. Enfin, l'amélioration du processus législatif européen est selon l'audit doit également être classé au rang des priorités «  afin de le rendre plus efficace (...), plus rapide, plus transparent et plus démocratique, et un renforcement du rôle des parlements nationaux », précise le Sénat. Concrètement, ils veulent pouvoir adresser un « carton rouge» à Bruxelles lorsqu'ils sont en désaccord et reprendre la main.

Outre ces revendications, cet audit - et ce rapport d'informations - mettent en lumière la vision toute britannique de l'Europe.

" Pour les Britanniques, la construction européenne est un projet économique, un marché commun, un marché intérieur, un Marché unique. Ce n'est pas et ce ne doit pas être un projet politique et encore moins un projet géopolitique. Lorsqu'ils entrent dans l'Europe communautaire, ils ne souhaitent pas changer leur identité ni leur place dans le monde. L'Europe n'est pas un projet romantique ", constate Fabienne Keller.

Un coup à plusieurs bandes

Avec cette promesse de référendum, David Cameron tente ce que les amateurs de billards appellent un coup à plusieurs bandes. Avec cette manœuvre un peu surprenant puisque le parti conservateur n'est pas fondamentalement eurosceptique, il espère rallier les partisans et ceux qui pourraient se laisser séduire par les idées clairement europhobes de à l'UKIP, pour le très explicite United Kingdom Independence Party. En promettant ce référendum, le Premier ministre exerce une certaine pression sur Bruxelles pour réformer le fonctionnement de l'Union européenne dans un sens plus conforme aux intérêts britanniques.

La menace d'un Brexit, c'est-à-dire le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, est-elle réelle ? Le rapport du Sénat écarte cette hypothèse.

"De l'avis de la classe politique britannique dans son ensemble, seul le Parti UKIP souhaite la sortie inconditionnelle de l'Union. Pour le reste, cette éventuelle sortie n'est qu'un débat interne au Parti conservateur, un débat démocratique qui n'est pas tranché mais qui ne le sera sans doute pas, dans la mesure où les renégociations n'ont pas commencé. Pour cette frange minoritaire du Parti Conservateur, tout dépendra des concessions obtenues à Bruxelles. Il nous a été précisé que l'euroscepticisme était un sentiment très répandu, mais qu'il n'entraînait pas pour autant le soutien à un quelconque ' Brexit ' dont le nom seul témoignerait de l'inventivité maligne de la presse dans ce domaine. En somme, beaucoup de bruit pour rien autour d'un concept embryonnaire et, dans certains cas, seul le plaisir de faire peur serait à l'œuvre. Un de nos interlocuteurs nous a même avoué que ' sans les quatre M - Ministers, MPs, Medias, Mandarins ', le débat aurait déjà perdu de sa vigueur et le bon sens l'aurait emporté. En effet, dans l'opinion publique, l'idée ne fait plus recette et il semble que l'on s'attache plutôt à un succès des négociations préalables au référendum"

En exerçant cette aimable pression - pour certains, notamment ses alliés libéraux-démocrates, il joue avec le feu -, David Cameron cherche surtout à précipiter les réformes au sein de l'Union européenne. Il aurait tort de se priver. Ces idées sont partagées par les Pays-Bas, qui a d'ores et déjà lncé un audit comparable à celui réalisé au Royaume-Uni, et le Danemark, idées qui ne sont pas très éloignées des positions du président de l'UMP Nicolas Sarkozy.

David Cameron n'est pas isolé

" L'Union européenne doit se concentrer sur sa priorité, être un grand marché unique. (...) L'Union européenne doit renoncer à la prétention de tout réglementer et de tout régenter, ce n'est pas cela qui était le message des pères fondateurs. (...) L'Union européenne doit cesser de perdre du temps, de perdre de l'énergie et par-dessus tout de perdre de la crédibilité sur des sujets qui ne relèvent pas à l'évidence de sa compétence. (...) L'Union européenne doit cesser d'exaspérer les citoyens, l'Union européenne doit cesser d'exaspérer les entreprises par des réglementations toujours plus incompréhensibles sur des sujets sans cesse plus secondaires. (...) Nous devons donc assumer l'abandon de pans entiers d'une activité communautaire d'aujourd'hui qui gagnerait grandement en lisibilité si elle se concentrait sur sept ou huit grandes politiques européennes ", déclarait le 28 février 2014 l'ancien chef de l'Etat dans un discours sur les relations franco-allemandes et l'avenir de l'Europe devant la fondation Konrad Adenauer, le cercle de réflexion de la CDU, le parti d'Angela Merkel, citant notamment l'industrie, la recherche, l'énergie, l'agriculture et la concurrence.

Pour l'instant, la France ne dévoile pas son jeu

Justement, qu'inspirent les idées de David Cameron à l'Allemagne, le principal client du Royaume-Uni ? Comme le rappelle le Sénat, le Premier ministre britannique sait qu'il peut compter sur un soutien allemand à sa demande de renégociation des textes européens. " Ce soutien repose sur des liens historiques et culturels anciens mais aussi sur des intérêts convergents en matière économique et commercial. Londres a toujours su habilement mettre en avant les initiatives germano-britanniques, en particulier en matière budgétaire. Georges Osborne et Wolfgang Schaüble ont exhorté ensemble leurs partenaires communautaires à mener des réformes profondes de leurs finances publiques et du marché du travail ", explique le rapport, la France étant, on l'aura compris, l'un des pays visés par ces commentaires.

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Que pense Paris des moulinets de bras de Londres? Si certains europhiles convaincus, comme Fabienne Keller, estiment qu'il faut comprendre les revendications de Londres pour faire avancer l'Europe, le gouvernement français fait pour l'instant profil bas. Pas question de se dévoiler avant que d'éventuelles négociations s'engagent.

Fabien Piliu

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