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ÉconomieUnion européenne

Royaume-Uni : les élections les plus indécises depuis quarante ans

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 30 mars 2015 à 10:53 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 12:52

Elisabeth II

Elisabeth II

Reuters

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La chambre des Communes britannique est dissoute ce 30 mars. Le scrutin du 7 mai pourrait rendre le pays ingouvernable.

Ce lundi 30 mars, le parlement britannique se dissoudra après la traditionnelle visite du premier ministre à la Reine. Officiellement, la campagne en vue des élections du 7 mai sera lancée. Ce sera rien moins que le seizième scrutin du règne d'Elisabeth II. Ce sera aussi un des plus indécis, car aucune majorité absolue ne semble pouvoir se dégager de ce scrutin. La Reine n'a connu, jusqu'ici, que deux fois cette situation, en février 1974 et en mai 2010.

Coude-à-coude entre les deux partis

Actuellement, les sondages donnent les deux grands partis, les Travaillistes du Labour, dirigée par Ed Miliband, et les Conservateurs de l'actuel premier ministre Davis Cameron, au coude-à-coude. Dans la dernière enquête Yougov du 27 mars publiée par le Sunday Times, le Labour disposait de quatre points d'avance sur les Tories avec 36 % des intentions de vote contre 32 %. Mais un sondage ComRes réalisé autour du 28 mars donne le résultat inverse : 36 % pour les Conservateurs, 32 % pour les Travaillistes. Enfin, un sondage Populus de la même période donne une égalité parfaite : 34 % pour les deux grands partis. La course est donc serrée, même si globalement, le Labour semble devoir faire un peu mieux que les 29 % de 2010 et les Tories un peu moins bien que les 36 % de 2010. Mais en aucun cas, ces scores ne semblent en mesure d'offrir à l'un ou l'autre parti la capacité de dégager une majorité absolue.

Vers un Hung Parliament ?

C'était déjà le cas lors du dernier scrutin de mai 2010, mais la situation était alors très différente. Voici cinq ans, un troisième parti s'était dégagé nettement avec 23 % et 57 sièges, les Libéraux-démocrates. Ce parti disposait alors de la capacité de construire une majorité stable avec les Tories et c'est ainsi qu'un gouvernement de coalition, le premier depuis l'après-guerre, a pu diriger le pays pendant cinq ans. Mais le 7 mai au soir, la situation risque d'être beaucoup plus complexe.

L'effondrement des Libéraux-démocrates

En effet, les « Lib-dem » devraient s'effondrer dans ce scrutin, plombés par leur participation au gouvernement. Les sondages leur donnent entre 7% et 9 % des intentions de voix. Grâce à leur bonne implantation locale et au mode de scrutin majoritaire à un tour, ce parti devrait conserver une petite vingtaine de députés. Pas assez cependant pour servir de force d'appoint à une coalition. Du reste, il n'est pas certain que le parti souhaite renouveler l'expérience de ses cinq dernières années. D'autant que la divergence avec les Tories sur la question européenne et le référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne sont fortes. David Cameron veut un tel référendum, pas les Libéraux.

L'UKIP fort dans l'opinion, mais faible aux Communes

L'opinion britannique sera fort divisée. Une grande partie des électeurs Lib-dem ont rejoint le parti eurosceptique UKIP, qui s'est un peu affaissé par rapport aux sondages de l'an passé et aux élections européennes, mais qui est crédité de 12 à 15 % des voix. Un score qui, cependant, ne devrait permettre au parti de Nigel Farage que d'obtenir au mieux 3 sièges. Malgré sa force dans l'opinion, l'UKIP sera une force mineure au parlement et ne devrait pas pouvoir jouer un rôle majeur dans la formation du nouveau gouvernement. Même constat avec les Verts qui devraient émerger avec 4 à 6 % des suffrages contre 0,9 % en 2010. Mais le parti écologiste ne peut compter que sur un élu aux Communes, guère plus.

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L'Ecosse aux mains des Nationalistes

Le « faiseur de roi » aux Communes devrait, cette fois, être le parti national écossais (SNP). Malgré la défaite du « oui » à l'indépendance écossaise le 18 septembre prochain, le SNP, qui gère l'Ecosse depuis 2011, semble avoir fait l'unité autour de lui au détriment d'un Labour, traditionnellement fort dans l'ancien royaume, mais qui pâtit, lui, de sa campagne pour le « non. » Le SNP n'est peut-être pas majoritaire en Écosse, mais compte tenu du mode de scrutin et de l'affaiblissement des deux partis « historiques » de la région, les Lib-dems et le Labour, l'Ecosse devrait connaître une vague nationaliste le 7 mai. Les sondages prédisent ainsi une cinquantaine de sièges au SNP, avec sans doute au niveau national, moins de 3 à 4 % des voix. Beaucoup de leaders britanniques vont regretter d'avoir fait campagne pour le "non"...

Une alliance SNP-Labour possible ?

En théorie, le SNP, parti europhile de gauche, est un allié « naturel » du Labour. Mais deux graves problèmes se posent alors. D'abord, il n'est pas sûr que les deux partis veuillent s'allier. Car ils se détestent malgré des programmes proches et le référendum sur l'indépendance a encore augmenté cette détestation. Le Labour a d'ailleurs indiqué qu'il refusait une coalition avec le SNP. Le SNP est prêt à discuter, mais à quelles conditions ? Le programme écossais est plus à gauche, notamment sur les dépenses publiques, que le Labour. Et le SNP pourrait redemander un référendum ou plus de dévolution de pouvoir à l'Ecosse. Ensuite, il n'est pas certain qu'une alliance SNP-Labour dispose d'une majorité absolue. Il faudra alors trouver des alliances parmi les nationalistes gallois du Plaid Cymru ou les partis nord-irlandais, ce qui n'est jamais simple.

Comme en 1974 ?

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Bref, le 7 mai prochain, le Royaume-Uni pourrait bien être ingouvernable. La Reine a déjà connu cette situation en février 1974. A cette époque, ni le Labour, ni les Tories n'avaient eu la majorité absolue. Et il manquait trois sièges à une coalition Labour-Libéraux pour obtenir cette majorité. Un gouvernement minoritaire dirigé par le leader travailliste Harold Wilson a alors été mis en place, mais le parlement fut rapidement dissous et, en octobre, le Labour gagna une majorité absolue de trois sièges. La particularité de cette élection de 2015, c'est que ce scénario de 1974 semble difficile à renouveler, car la clé du scrutin réside en Ecosse et il est peu probable que le SNP perde soudainement du terrain dans six mois en faveur d'un parti « britannique. » Bref, le blocage pourrait durer.

Romaric Godin

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