Le taux à 10 ans allemand en territoire négatif

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Les taux allemands à 10 ans ont désormais un rendement moyen négatif.
Les taux allemands à 10 ans ont désormais un rendement moyen négatif. (Crédits : Thierry Roge)
Le rendement du "Bund" est largement passé sous 0% ce mardi 14 juin au matin. Une réaction au risque de Brexit qui pose un problème à la BCE et montre, une nouvelle fois, les insuffisances de la politique économique de la zone euro.

Pour la première fois de son histoire, le rendement moyen des obligations allemandes à 10 ans, le Bund, est passé sous les 0 % et est entré légèrement en territoire négatif, à -0,023 % vers 11 heures. Ce passage est évidemment hautement symbolique d'un marché des obligations souveraines allemandes largement dominé par les taux négatifs. A 5 ans, le rendement moyen des titres allemands est de - 0,5 % ; à 2 ans, il est de - 0,57 %. En tout, 72 % des titres de dettes allemands sur le marché affichent aujourd'hui un taux négatif.

Concrètement, cela signifie que l'investisseur qui achète un Bund sur le marché retrouvera à échéance du titre une somme inférieure au prix d'achat en incluant le versement des intérêts. C'est le fruit de la baisse du prix nominal des obligations qui est descendu si bas que le versement des intérêts prévus ne permet pas en moyenne de compenser la perte enregistrée lors du remboursement du principal. Chaque titre sur le marché est cependant un cas particulier, ce taux à -0,023 % étant une moyenne indicielle des titres du marché secondaire.

L'effet BCE

Pourquoi ce nouvel accès de faiblesse ? Le Bund est naturellement sous pression depuis plus d'un an en raison de la politique de la BCE. Dans son programme de rachat d'actifs publics, la banque centrale doit racheter des titres selon la clé de répartition de son capital. La dette allemande doit donc compter pour 27 % du total des achats. Parallèlement, la BCE s'interdit de racheter des titres dont le taux est inférieur à son taux de dépôt, actuellement à - 0,4 %. Selon Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet, ceci exclut 45 % des titres allemands sur le marché secondaire. Les rachats se concentrent donc sur la partie haute de la courbe des taux, ce qui place la pression sur les échéances plus longues comme le 10 ans. Le rendement du 10-ans baisse ainsi ce mardi beaucoup plus vite que celui du 2 ans. Lundi 13 juin, le Bund rapportait encore 0,024 %. Il donc perdu vers 11h près de 5 points de base, tandis que le taux à deux ans a reculé de 2,6 point de base environ.

La crainte du Brexit

Mais l'élément décisif de cette baisse est bien encore une fois la recherche de la sécurité. L'Allemagne représente toujours un refuge pour les investisseurs qui sont prêts à perdre un peu d'argent pour se mettre à l'abri. Or, le réveil du marché face au risque de sortie du Royaume-Uni de l'UE a été brutal. La publication, ce lundi, de deux nouveaux sondages donnant une victoire assez confortable au « Brexit », a provoqué un nouveau vent de panique. Il est vrai que les études publiées sur le sujet ont joué sur le catastrophisme. Les investisseurs anticipent donc la tourmente et cherchent à cacher leurs fonds. Le Bund allemand est leur destination idéale. Le mouvement a, du reste, été également alimenté par des chiffres peu encourageant venant de Chine sur le plan conjoncturel.

Les insuffisances du QE

Ce phénomène ramène les moyens de la BCE à ses propres limites. La banque centrale visait avec ses rachats à décourager les investisseurs à acheter du Bund et des valeurs sûres. Il s'agissait de « dégoûter » les marchés avec des rendements très bas pour les inciter à chercher du risque et des rendements plus élevés. Cet épisode du Brexit vient montrer la fragilité de cette démarche : au premier risque, les marchés recherchent avidement la sécurité et ce, à n'importe quel prix. Ceci signifie donc bien que la transmission des rachats de la BCE à l'économie réelle, non seulement est incomplète, mais est très fragile. Plus que jamais, il semble donc évident que le « QE », la politique de rachat de dettes ne suffit pas. La financiarisation excessive de l'économie est un frein à sa réussite.

Le culte allemand du « Schwarze Null »

Son insuffisance est d'autant plus forte que la baisse du rendement du Bund offrirait, en théorie, une belle opportunité à l'Allemagne de dynamiser l'économie allemande et européenne, en s'endettant gratuitement, voire en gagnant légèrement des fonds. Le pays avait émis ses Bunds au premier semestre avec des coupons de 0,5 %. Il pourrait, au second semestre, aligner son rendement sur celui des 2 et 5 ans et proposer des coupons zéro. Au second semestre, l'Etat fédéral allemand envisage de lever 23,8 milliards d'euros sur les marchés. Mais ce montant est destiné principalement à rembourser la dette existante puisque le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a fait de l'équilibre budgétaire, le fameux « Schwarze Null », une règle inflexible. Toute augmentation de dépenses doit être financée par les revenus. Pourtant, l'Allemagne dégage un excédent de ses comptes publics (qui regroupent les comptes de l'Etat fédéral, mais aussi des communes, Länder et caisses de sécurité sociale).

Une opportunité que l'Allemagne ne saisira pas

L'Etat fédéral disposerait donc d'une marge de manœuvre pour lancer un plan ambitieux de construction d'infrastructures permettant de faire face aux besoins immenses du pays. Dans le plan budgétaire allemand, les infrastructures représentent sur 2017 seulement 2,1 milliards d'euros, soit 0,07 % du PIB. Or, la zone euro a clairement besoin d'une nouvelle dynamique. Si la zone euro disposait réellement d'une politique économique cohérente, l'Etat fédéral profiterait donc de cette opportunité que lui offre notamment la BCE pour lancer un vaste plan qui profiterait à toute la zone euro et participerait davantage au financement de projets paneuropéens. Au lieu de cela, Wolfgang Schäuble critique les taux négatifs et son impact pour les épargnants. Mais les taux négatifs traduisent aussi une réalité : celle d'une perte de confiance dans l'avenir. Tant que les investisseurs n'attendront pas de vraie croissance dans l'avenir, ils resteront « cachés » sur la dette allemande, ce qui abaissera son taux encore. Si les taux négatifs déplaisent à Wolfgang Schäuble, il dispose d'une réplique possible : dépenser davantage. Continuer à refuser une telle option prouve l'impasse actuelle de la zone euro.

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Commentaires
a écrit le 17/06/2016 à 5:30 :
@Patriot9 16/06/2016 1:09
Pourriez vous définir les critères pour définir le "taux de pauvreté" ?
Cordialement
a écrit le 16/06/2016 à 16:43 :
"Concrètement, cela signifie que l'investisseur qui achète un Bund sur le marché retrouvera à échéance du titre une somme inférieure au prix d'achat en incluant le versement des intérêts. C'est le fruit de la baisse du prix nominal des obligations qui est descendu si bas que le versement des intérêts prévus ne permet pas en moyenne de compenser la perte enregistrée lors du remboursement du principal".

Ce qui est écrit ici est très clair et très différent d'un titre de créance à taux négatif(qui est absurde).Imaginez prêter de l'argent pour céder tout l'intérêt négatif(une partie donc du principale) que doit rapporter cet argent.C'est comme si le prêteur se met à donner de l'argent gratuitement, son entreprise tombera en faillite.

Donc en réalité, c'est une partie de l'intérêt que le détenteur du titre cède à l'emprunteur et non une partie du principal puisque qu' un titre de créance qui ne rapporte aucun intérêt voir un intérêt négatif est une absurdité totale.

De la même manière que l'intérêt est une partie du profit que les entreprises non financières cèdent aux financiers(Eh oui! l'argent ne crée pas l'argent, c'est le travail qui crée l'argent), de même le prêteur cède ici une partie de son intérêt à l'emprunteur parce que le prêteur ici est un emprunteur d'argent(de la BCE, injection de liquidités), il doit donc céder une partie de son intérêt.De même l'emprunteur de titre de créance(BCE, acheteur d'actif) est un prêteur d'argent frais, il doit donc toucher une partie de l'intérêt de celui qui veut vendre son obligation.
a écrit le 15/06/2016 à 10:18 :
Peuvent ils se payer tout les actifs de la zone euro avec cette monnaie de singe?
a écrit le 14/06/2016 à 17:18 :
L'Allemagne doit se réformer et augmenter son smic de misère !
Réponse de le 15/06/2016 à 6:21 :
@dilemblue 14/06/2016 17:18
Le smic Allemand est à E 8.50/hr vs 9.67 en France. On pourrait réduire le nôtre.
Les salaires nets moyens en Allemagne sont supérieurs à ceux en France pour les entreprises de 10+ (source Eurostat)
La France a choisi le chômage de masse contre la flexibilité.
Cordialement
Réponse de le 16/06/2016 à 1:09 :
Indice de pauvreté 2016 :
Allemagne : 17 % ( en augmentation depuis 5 ans )
France : 13 %
Réponse de le 16/06/2016 à 11:51 :
C'est surtout la monnaie allemande qu'il faudrait augmenter... Attendez, on me dis que nous sommes passé à l’ère de l'Euro et que ce n'est pas possible! Bref, tant que nous ne faisons pas le lien avec l'euro qui empêche la valeur des différentes monnaie de rétablir l’équilibre des compétitivités en Europe, rien de s’arrangera.
a écrit le 14/06/2016 à 16:21 :
En effet les capitaux européens pléthoriques se ruent sur les obligations allemandes a taux négatif . Comme quoi tout devient possible meme ce qui ne l'était pas avant.
a écrit le 14/06/2016 à 16:12 :
@Corso 14/06/2016 13:41
¨Pourriez-vous traduire ?
Btw, you might write in English.
Cordialement
a écrit le 14/06/2016 à 14:17 :
Erreur dans l'article attention :

"C'est le fruit de la baisse du prix nominal des obligations qui est descendu si bas que le versement des intérêts prévus ne permet pas en moyenne de compenser la perte enregistrée lors du remboursement du principal."

Le cours des obligation a justement bcp monté (elles sont très demandées), au point que les taux sont négatifs, s'il avait baissé les taux auraient monté...
Peut être que l'auteur voulait dire "rendement" au lieu de "prix nominal"?
a écrit le 14/06/2016 à 14:13 :
bravo l'Allemagne mais pour la France et les Français: what did you expect. Help me SOS ze quin
Réponse de le 16/06/2016 à 1:12 :
Les taux Français continuent a descendre, le 5 ans est déja en territoire négatif. l'OAT 10 ans n'est pas loin.
a écrit le 14/06/2016 à 13:41 :
La situation économique allemande est celle qui réclame le plus de restructuration dans tous les domaines. Un simple regard sur la stratégie des entreprises pointe la grande fragilité du pays. Le gouvernement donne donc un signe clair au monde des investisseurs : tout l'argent envoyé servira uniquement à la restructuration et pas un centime sera dépensé en investissements excessifs. Un gage de bonne conduite qui leur est accordé. Les capitaux pourtant hésitent tandis que les placement se font par défaut. Les investisseurs préfèrent des coups tangible par l'achat des nombreuses entreprises plus ou moins en faillite qui sont à vendre. Le gouvernement fustige les taux négatifs, se voulant à l'image du modernisme des affaires, pourtant il se réjouit en silence qu'ils le soient pour payer sa dette et ses dérives financières comme la restructuration de ses banques. C'est donc le principe du "manque-à-perdre" qui est à l'oeuvre : on ne gagne pas mais qu'il est bon de ne pas perdre non plus. On oublie parfois que l'économie du réel consiste à laisser se dérouler les plans et faire preuve de patience face à tous les excités de l'action à tout prix. La situation grave de l'Allemagne nécessite que le pays redouble de prudence, il le sait lui, dont la population devait payer un bock de bière avec des brouettes de billets il y a tout juste un siècle pour des raisons presque similaires.

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