Les Sociaux-démocrates allemands continuent à se chercher

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Sigmar Gabriel a été réélu président de la SPD sans vrai programme.
Sigmar Gabriel a été réélu président de la SPD sans vrai programme. (Crédits : Reuters)
Le président de la SPD, Sigmar Gabriel, a lancé de vives attaques contre Angela Merkel. Mais son parti reste dans une situation très difficile.

Sigmar Gabriel tente de redonner une identité politique aux Sociaux-démocrates allemands. Avant d'être réélu président de la SPD par 74,2 % des délégués, le vice-chancelier et ministre de l'Economie et de l'Environnement d'Angela Merkel a prononcé un discours très dur contre la chancelière.

Charges contre la chancelière

Sur la montée du Front national (FN) en France, Sigmar Gabriel a, ainsi, mis en avant la responsabilité de la politique menée par les conservateurs allemands. « J'ai toujours mis en garde Angela Merkel contre le risque de dicter à la France une politique d'austérité », a indiqué le numéro deux du gouvernement fédéral allemand. Si la chancelière avait écouté, « madame Le Pen ne serait pas si haute qu'aujourd'hui », a-t-il ajouté.

Deuxième charge : sur la politique migratoire. « On ne peut pas le matin se faire applaudir pour ramener en Allemagne un million de réfugiés et le soir dans un comité de coalition faire à chaque fois des propositions pour qu'on puisse mal les traiter », a martelé Sigmar Gabriel dans une critique très dure de la chancelière avant d'affirmer que la SPD « ne fait pas cette double stratégie. » Le chef de la SPD s'est présenté comme le parti de la défense des réfugiés. Pour finir, le vice-chancelier a voulu présenter les Sociaux-démocrates comme le point de stabilité d'un gouvernement qui est soumis aux fortes tensions internes du camp conservateur.

A la recherche d'une identité

Avec un tel discours, Sigmar Gabriel a tenté de rassurer ses camarades sur leur utilité et leur force. Il est vrai qu'ils en ont besoin. En réalité, depuis la fin de l'ère Schröder en 2005, le parti se cherche une identité et est à la recherche des moyens de retrouver une force politique capable de le ramener au pouvoir en tant que force dominante. La participation aux deux « grandes coalitions » avec la CDU/CSU d'Angela Merkel, de 2005 à 2009, puis depuis 2013, ne lui ont pas permis de trouver cette voie. En 2009, le parti avait récolté son pire score de l'après-guerre avec 23 % des voix contre 34,2 % en 2005 et 40,9 % en 1998. Depuis 2013, la SPD ne redécolle pas. Dans les derniers sondages, il est donné à 24 % (contre 25,8 % lors des élections de 2013).

La SPD n'est plus une alternative

En réalité, la SPD apparaît comme un bon moyen de contrebalancer le pouvoir de la CDU, mais guère plus. Nul, outre-Rhin, n'envisage plus la SPD comme une vraie alternative aux Conservateurs. Son affaiblissement ne lui laisse que deux choix : soit s'allier avec Angela Merkel ; soit former une coalition de gauche avec les Verts et Die Linke, comme dans le Land de Thuringe depuis septembre 2014. Cette dernière option semble encore peu crédible au niveau fédéral et, faute de vouloir l'envisager sérieusement, la SPD doit se contenter de son statut de partenaire des Conservateurs.

Stratégie mal lisible

Certes, ceci a permis à la SPD d'obtenir des concessions importantes comme le salaire minimum au niveau fédéral, la possibilité de partir à la retraite à 63 ans ou la loi sur la maîtrise des loyers. Mais la SPD a aussi dû accepter beaucoup : la position de Wolfgang Schäuble sur la Grèce et l'Europe, l'acceptation de la stratégie en Ukraine d'Angela Merkel, l'engagement des forces armées allemandes sur des théâtres d'opération extérieurs ou encore la politique parfois peu lisible de la CDU sur les réfugiés. Sur la question de l'austérité, par exemple, la SPD n'a jamais été un véritable frein à la politique allemande, quoi qu'en dise Sigmar Gabriel. Lorsque François Hollande, tout juste élu, a demandé le soutien de la SPD sur la question du pacte budgétaire, il n'a rien pu obtenir. Il en résulte pour les électeurs un aspect peu clair, brouillon et peu lisible de la stratégie de la SPD.

Applaudir le passé

La SPD est donc un parti de cadres et d'électeurs fidèles, sans vrai ambition, vivant principalement de son passé glorieux, principalement celui des « grands chanceliers » Willy Brandt et Helmut Schmidt, récemment décédé. « C'est toujours pareil dans les Congrès de la SPD : les Sociaux-démocrates ne peuvent rien faire d'autres que d'applaudir des citations de Willy Brandt », souligne, ironique, un journaliste de la Süddeutsche Zeitung. Cette année, Gerhard Schröder a aussi été très applaudi pour son premier retour dans un congrès social-démocrate depuis 2007. Mais les applaudissements se sont faits plus discrets lorsqu'il a soutenu Sigmar Gabriel.

Sigmar Gabriel, faute de mieux

Car le président de la SPD est finalement là faute de mieux. Ce vendredi, il a été élu avec 11 points de moins que lors du dernier congrès de 2013. Le parti se cherche un leader depuis 2005 et il n'en a guère trouvé. Ses deux candidats à la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier en 2009, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères, et Peer Steinbrück, ancien ministre des Finances, ont été très décevants. Sigmar Gabriel, chef du parti, a repris le flambeau, mais il ne fait, en réalité, guère mieux. Le problème des leaders sociaux-démocrates, c'est leur difficulté à maintenir un positionnement politique « de gauche » tout en restant le meilleur allié de la CDU. Les trois leaders de la SPD étaient et sont les meilleurs amis de la chancelière et ont affiché leur amitié avec elle. Comment alors pourraient-ils être des alternatives ? Comment les électeurs pourraient prendre au sérieux leurs critiques envers Angela Merkel ?

Espace politique étroit

Dans son discours, Gerhard Schröder a proclamé qu'il était fier d'avoir ancré son parti « au centre » et de voir qu'il y est encore. Mais cet ancrage lui assure une taille réduite face à une Angela Merkel qui a conquis le centre. La SPD est, en réalité, réduit, à devenir un « stabilisateur » de la politique conservateur, comme l'a reconnu Sigmar Gabriel. C'est un parti qui sert à rééquilibrer une CDU qui a déjà été rééquilibrée par Angela Merkel. Du coup, son espace politique est des plus étroits. Sur les réfugiés, la SPD a certes été utile à la chancelière pour contenir les ambitions de fermeture des frontières de la CSU bavaroise, mais lorsque la chancelière décide de contenter sa droite, il ne peut rien faire.

« Donnant-donnant »

Sigmar Gabriel défend donc une position de « donnant-donnant » avec les Conservateurs. Ses critiques verbales de la chancelière s'accompagnent d'un appui à sa politique. Il a ainsi défendu l'engagement des troupes allemandes en Syrie, tout en promettant que si l'Allemagne devait aller plus loin, il demanderait l'avis des adhérents avant de se prononcer. Le vice-chancelier est un équilibriste, mais cet équilibre ne permet à son parti que de garder ses positions, entre 23 % et 26 % de l'électorat. Il semble incapable de faire de la SPD une vraie alternative à Angela Merkel et à la droite, malgré ses discours parfois sévères.

Jeu des coalitions

Dans le jeu politique allemand, le vrai tabou est l'alliance avec Die Linke. Si Sigmar Gabriel continue à ne pas vouloir le briser, l'initiative restera dans la main d'Angela Merkel qui pourra construire « ses » coalitions : elle pourra menacer la SPD de trouver des majorités alternatives, avec les Verts ou la FDP qui semble devoir revenir au Bundestag selon les derniers sondages. Certes, la poussée d'Alternative für Deutschland (AfD), parti eurosceptique et xénophobe, actuellement à 10 % des intentions de vote, modifie la donne et rend la « grande coalition » quasi incontournable pour Angela Merkel.

Mais cette situation risque de maintenir la SPD dans sa position actuelle : celle d'un parti de deuxième rang incapable d'incarner une alternative. Le mythe courant en France d'une social-démocratie allemande puissante grâce à son virage réformiste est décidément bien éloigné de la réalité.

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Commentaires
a écrit le 11/12/2015 à 19:58 :
Cette analyse semble dessiner de manière implicite (par analogie SPD / PS) un avenir pour les socialistes français : devenir la force d'appoint d'un grand centre-droite libéral. La différence énorme, c'est qu'en Allemagne il n'y a pas de FN, qui, par sa force d'attraction empêchera sans doute ce phénomène.
a écrit le 11/12/2015 à 17:48 :
a defaut de se trouver, ils ont demoli Merkel avec leur Flüchtlingswelle; ca a juste le merite de faire monter pegida!.......... tiens des gars qui font n'importe quoi, ce qui fait monter les extremes, ca me rappelle un autre pays!!!!!!!!!! ;-))))))))))
Réponse de le 11/12/2015 à 19:09 :
N'importe quoi, comme d'hab. Merkel n'a besoin de personne pour se démolir et démolir une partie de l'UE. Et en ce qui concerne la montée du FN, il est clair que cette chancelière a une responsabilité importante: la rigidité mène généralement à des rejets violents et souvent extrêmes.

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