"Nous ne serions pas dans cette situation s'il y avait davantage de confiance dans les échelons locaux"

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Isabelle Boudineau est la présidente de la commission sur la cohésion des territoires et le budget européen du Comité des régions.
Isabelle Boudineau est la présidente de la commission sur la cohésion des territoires et le budget européen du Comité des régions. (Crédits : DR)
INTERVIEW. Vice-présidente (PS) de la région Nouvelle-Aquitaine chargée de l'Europe et de l'International, Isabelle Boudineau, vient d'être élue présidente de la commission sur la cohésion des territoires et le budget européen au Comité des régions, l'instance qui représente les collectivités de l'Union européenne. L'élue demande au gouvernement de clarifier sa position sur la gestion des fonds européens par les conseils régionaux.

LA TRIBUNE - Vous venez d'être élue présidente de la commission sur la cohésion des territoires et le budget européen au Comité des régions, l'instance qui représente les collectivités de l'Union européenne (UE). Quelle est votre feuille de route à l'heure où le Brexit va faire perdre près de 12 milliards d'euros par an à l'UE ?

ISABELLE BOUDINEAU - Nous serons les ardents défenseurs des fonds européens consacrés à la cohésion des territoires gérés par les collectivités. Nous avons ce défi d'avoir un budget un peu en baisse alors qu'un contributeur net, le Royaume-Uni, sort de l'Union européenne, occasionnant une perte de 11 à 12 milliards d'euros par an dans le budget. Dans le même temps, le Conseil européen, la réunion des chefs d'État et de gouvernement, souhaite donner des nouvelles priorités à l'UE sans augmenter le budget. La défense commune, la sécurité aux frontières et l'accueil des réfugiés commencent à trouver leur place et témoignent de nouvelles ambitions, mais il n'y a pas de contributions à la hauteur en face.

Certains États-membres opposent, en effet, leur veto à toute augmentation de leur contribution ou restent frileux alors que l'UE n'a plus de recettes propres suffisantes. Il est aisé de dire que l'Europe n'en fait pas assez, mais c'est un bouc émissaire facile et chacun regarde ses pieds quand il est question de moyens supplémentaires.

Votre élection intervient à un moment où les États membres négocient avec la Commission européenne le déploiement des fonds européens pour la période 2021-2027 avec une baisse de 5%...

La France subira, elle aussi à son échelle, une baisse de 5%, quand les pays de l'Est connaîtront une chute de 15% à 20%. C'est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La Commission européenne considère que la France n'est pas sur la voie de la résorption de ses inégalités sociales et territoriales, alors que tous les pays de l'Est ont vu leur croissance progresser. Nous allons continuer à faire du lobbying pour l'ensemble des collectivités européennes, en faisant la démonstration que les fonds de cohésion ont une réelle utilité.

Entre 2014 et 2020, la région Nouvelle-Aquitaine bénéficie de 2,5 milliards d'euros, ce qui de la part de l'Europe témoigne aussi bien d'un effet levier qu'une attention aux territoires que n'a pas notre propre État. Les fonds européens sont même irremplaçables dans la montée en compétitivité de nos PME et permettent une intervention différenciée qui ne passe pas par la vision parisienne du CICE qui s'est appliquée indistinctement dans les grandes entreprises. Si nous l'avions décentralisé, nous n'en serions pas là aujourd'hui.

Redoutez-vous une baisse des investissements à l'échelle de votre région ?

Si cela reste de l'ordre de 5%, les dégâts seront amortis, mais l'enjeu est ailleurs. Si, en juillet dernier, nous avons décidé collectivement, régions, départements et mairies, de faire la politique de la chaise vide à la Conférence nationale des territoires sur l'Europe, ce n'est pas par plaisir, mais cette recentralisation et ce mépris sont révélateurs de l'état du pays. C'était une première alerte avant que les "Gilets jaunes" ne suivent.

Nous sommes d'ailleurs dans l'attente de savoir si ces fonds vont continuer à être gérés par les régions, comme c'est le cas depuis 2014. À l'époque, le président de la région Aquitaine Alain Rousset avait réussi à convaincre le président Hollande, en lui expliquant que nous savions mettre en équilibre une métropole comme Bordeaux et des territoires complètement délaissés où il n'y a plus d'attractivité. Nous savons panacher des fonds comme le fonds européen de développement régional (FEDER) ou le fonds social européen (FSE) car nous avons, par exemple, la compétence des lycées, de l'apprentissage et de la formation.

J'insiste : nous ne serions pas dans cette situation s'il y avait davantage de confiance dans les échelons locaux. Cela devient urgent, car nous sommes en train de préparer la génération 2021-2027. Il s'agit de passer deux ans sur le terrain avec tous les partenaires pour regarder ce qui est prioritaire, afin d'élaborer une politique ensuite validée par la Commission.

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Commentaires
a écrit le 15/01/2019 à 22:08 :
Merci de ne pas censurer les propos qui vous déplaisent.

Je remets ce commentaire en le modifiant. Les problèmes de la décentralisation sont le clientélisme et les petits arrangements entre amis. Donner de l'autonomie financière aux échelons locaux, c'est encourager ces travers car les contrôles sont insuffisants et les sanctions trop tardives et trop faibles.
Certains départements en sont la preuve par l'exemple, mais on ne peut pas donner donner nom si on veut éviter la censure.
Les exemples donnés par Asimon doivent être complétés par la propension de nos chers élus à dépenser sans compter en frais de cocktail. Une centaine de millions d'euros d'économies par an en perspective.
a écrit le 15/01/2019 à 14:13 :
Gardons bien à l'esprit que ces "fonds européens" ne sont rien d'autre que l'argent de la France qui est contributrice nette à hauteur de 13 milliards par an. Juste au cas où les européistes béats seraient amenés à penser "Que ferions nous sans l'UE"...
a écrit le 15/01/2019 à 10:17 :
Ah la sociale démocratie et son moralisme de bas étage ne servant que ses propres intérêts puisque justement le rôle de ces intermédiaires n'a été que de taire la contestation, d’absorber la colère des citoyens pour le seul profit du pouvoir central et des possédants en général.

ET donc c'est cela que regrette cette élue PS... C'est bien les gars mais on vous voit !
a écrit le 15/01/2019 à 7:43 :
36 000 communes c'est 30 000 communes de trop. Les élus locaux essaient visiblement de récupérer du pouvoir à l'occasion de la crise des Gilets Jaunes, c'était prévisible mais ce n'est pas très digne...
a écrit le 14/01/2019 à 21:37 :
Il faut modérer les propos de Mme Boudineau : les échelons locaux, c'est aussi clientélisme et petits arrangements entre amis. Pour rester dans la région Aquitaine, voir la gestion de M. Emmanuelli dans les Landes et son système féodal s'il en est.
a écrit le 14/01/2019 à 21:37 :
On n'en serait peut-être pas là si les échelons locaux n'avaient pas créé autant d'emplois bidons pour faire plaisir à tout le monde.
Et déréglé un peu plus l'économie française. Qui est bien mal gérée : les Chinois, tous communistes qu'ils soient, font beaucoup mieux.
Réponse de le 15/01/2019 à 6:59 :
Les élus locaux veulent retrouver les prérogatives des seigneurs d’antan. Péages à l'entrée des villes et taxes locales ne sont que la partie émergée de l'iceberg d'un retour à l'occultisme économique moyenâgeux.

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